diane sagnier, le soleil pop de camp claude

La chanteuse, photographe et nouvelle protégée ASOS prend la pose pour i-D.

par Antoine Mbemba
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15 Novembre 2016, 10:30am

Vous souvenez-vous des colonies de vacances de votre adolescence ? Juste parfaitement ensoleillées, avec la dose précise de potes déchaînés et l'éclat d'une amourette enivrante. Le cadre parfait ; la montagne, la mer, la campagne ? L'étranger ? On a presque tous une tranche d'enfance lorsqu'on se plonge dans les souvenirs de ces moments de bonheur simple. Enfantins, instinctifs. Ces moments d'été qui nous faisaient tout oublier de septembre à juin. Ceux qui nous permettaient de tenir le coup dans le blizzard de février. Le groupe Camp Claude est à l'image de ces colonies de vacances. Du moins, il provoque le même effet - à la fois chaud et nostalgique. Formé par Diane Sagnier et ses compères de Tristesse Contemporaine, le britannique Mike Giffts et le suédois Leo Hellden, Camp Claude ravive nos joyeux souvenirs à coup de pop rock mélancolique. En avril dernier sortait le premier album du groupe, Swimming Lessons, et Diane venait déposer son énergie rock au creux du talent des deux alchimistes d'expérience. Un baptême, un bond dans l'eau, la tête la première, pour cette photographe qui apprend à nager dans la musique avec une facilité déconcertante, confirmée par un EP tout neuf sorti à la Toussaint. Cette année, Diane a intégré le programme ASOS Supports Talent qui accompagne 8 artistes du monde entier dans leur ascension créative. i-D a rencontré la chanteuse pour parler du passé et du futur de sa musique. Et de soleil bien sûr. 

Est-ce que tu peux me parler de tes premiers éveils musicaux ?
C'est d'abord les albums de mes parents, les Beatles, Bruce Springsteen, Elvis... Et on allait souvent voir mon oncle dans le Sud, il avait plein d'instruments, c'est comme ça que je suis tombée amoureuse de la guitare. Je m'y suis mise assez tôt. J'avais un petit groupe quand j'étais au lycée, et la musique a été assez importante pour moi, ça m'a permis d'être moi-même. J'avais un peu de mal socialement parlant, même si j'étais bien entourée, les gens n'étaient pas très compréhensifs avec moi. Et quand j'ai commencé mon groupe, ils m'ont compris ! J'ai pu m'exprimer et montrer qui j'étais. Je me suis lancée dans la photo après mon bac, je suis entrée aux Gobelins. J'avais écrit quelques morceaux folks. Quand je suis sortie de l'école on m'a proposé quelques petits concerts. J'avais embarqué un pote pour jouer avec moi, mais je n'étais pas en train de poursuivre ce projet-là d'une quelconque manière. Le projet c'était de jouer des morceaux que j'avais écrits un hiver, quand je me faisais chier, que j'étais rentrée chez mes parents. Je n'avais pas d'ambition particulière.

Comment tu as rencontré Mike et Leo de Tristesse Contemporaine ?
Je faisais des clips pour Mike et Leo, pour Tristesse Contemporaine. Et j'ai passé pas mal de temps avec Mike, à faire du montage un peu créatif, à filmer des trucs en plus à la maison. Il a vu la guitare sur mon mur, et en cherchant sur internet il a trouvé des vieilles vidéos où je chantais des chansons folks. Ils ont voulu me faire chanter quelques sons à eux, en studio, voir si ça m'allait. Ça ne marchait pas forcément, donc on a bossé ensemble, on s'est mis à composer et on a écrit un son qui est sur l'album le jour même. Donc c'est parti assez vite.

Tu dis que le nom Camp Claude vient de cette idée d'une colonie de vacances, d'un esprit un peu estival auquel on pense avec nostalgie pendant toute l'année. Si Camp Claude était une vraie colonie, elle ressemblerait à quoi ?
Ce serait un gros festival en bord de mer ! Après on a chacun notre vision de cet endroit un peu magique, qui nous fait vibrer, dans lequel on a envie de retourner. Je pense que c'est un peu à tout le monde d'imaginer son propre truc. Moi, toute petite j'ai commencé à vivre en ville, puis j'ai emménagé dans les Alpes. C'est des paysages magiques. C'était assez intense, au niveau esthétique. Il y avait aussi un truc super glauque, tous les bâtiments étaient en béton, assez ternes. Il y avait vraiment un beau contraste. Après j'ai déménagé dans le sud de la France. Pas loin d'Aix-en-Provence, mais la partie vers l'étang de Berre, qui est vachement industrialisée aussi. Tu as le temps et la beauté du sud de la France, les restes de quelques collines. Maintenant tout est très construit, il n'y a presque plus de collines dans le coin où j'ai grandi quand j'étais ado. J'ai vraiment eu l'impression de baigner dans des mondes emplis de dualité, entre naturel et industriel. Nature et homme destructeur. Donc je vois ce contraste-là dans le paysage du camp de Camp Claude.

Tu ne trouves pas que Camp Claude est le penchant pop rock de Tristesse contemporaine ? Un exutoire un peu plus solaire pour Mike et Leo ?
Bon déjà, comme tout le monde, je les trouvais tous les deux super forts sur Tristesse Contemporaine. Je leur faisais vachement confiance, j'étais sûr que ça allait être bien. Après, le côté rock, je l'ai vachement ramené. Au début la tendance était plutôt dream pop, plus planante. Puis on a appris à se connaître avec le temps, les concerts. Moi j'ai toujours écouté du rock, j'en écoute encore, principalement. Sur scène, j'avais du mal à m'exprimer dans des balades dream pop. Pendant les 3 ans qu'on a passés à faire l'album, la prod a énormément évolué. Quand ils m'ont rencontrée, je pense qu'ils ont senti mon énergie, ils m'ont captée assez vite. Donc je pense qu'il y avait un truc qu'ils voulaient exprimer avec moi. Retrouver un côté un peu solaire, oui.

Et forcément, avec un Britannique et un Suédois, le côté solaire ne peut que venir de la chanteuse du sud de la France.
(Rires) Grave ! Ils viennent vraiment d'endroits très gris !

Tu as fait et tu continues à faire de la photo ; ça fait quel effet de passer de derrière à devant l'objectif ?
C'est hyper bizarre ! De moins en moins, je m'habitue, mais c'était vraiment très étrange au début. Je ne suis pas forcément super coquette. Je m'en foutais de plein de choses, mais c'est un métier, d'être sur scène, de "performer". C'est un truc qui s'apprend. Quand j'étais au lycée, j'adorais faire des concerts, donc j'avais quand même très envie de le faire. Je n'y ai pas trop réfléchi. Le premier live qu'on nous a proposé c'était pour Les Inrocks Lab, on n'était pas prêts ! On avait juste des morceaux sur SoundCloud. Du coup j'ai tout bossé avec mon petit frère au tam-tam, et moi à la guitare acoustique. Et sur ce premier live, il y avait plein de pros, donc on a été super jugés, très vite et assez vite. C'est tout bête mais je ne savais pas comment me tenir au début ! J'ai fait une session ou deux avec un coach scénique. C'était top, il m'a vraiment appris des choses, que tu peux apprendre quand tu fais du théâtre, etc.

On a fini par te donner les conseils que tu donnais aux gens que tu photographiais ?
Ouais, grave. Je n'imaginais pas forcément très bien mon corps dans l'espace, je ne voyais pas ce que ça donnait. Mais moi je ne donnais pas de conseil pour la scène ! Quand je shoote je fais en sorte que les gens en face de moi soient le plus naturels possibles. Sur scène on te demande d'être naturelle mais efficace. Il y a un travail de présence très gros à faire, parce qu'on me voit en 360, et que l'ambiance de la soirée en dépend !

Il y a des choses de ta photo qui nourrissent ta musique, et inversement ?
C'est juste l'inspiration. Voir des choses, entendre des choses, ça fait un "mic-mac" dans ton cerveau et ça te permet d'être inspiré, d'une chose à l'autre. Ça m'est arrivé defaire des burn-out en faisant de la photo tout le temps. Il y a des processus qui peuvent être trop redondants. Maintenant je peux passer d'un truc à l'autre, d'une sensibilité à une autre, et à chaque fois j'ai comme un rafraîchissement. Ça permet de chasser la lassitude.

Dans certaines interviews, tu évoquais le machisme ordinaire du monde de la musique...
C'est un univers très masculin. Je trouve ça incroyable qu'il y ait encore des festivals et des concerts au thème spécial femmes. Pour inviter des femmes, pour remonter le seuil de présence dans la programmation des festivals, des salles. C'est fou, surtout en musique où tout le monde est censé être hyper ouvert d'esprit, cultivé, sensible... Après je dis ça, ce n'est pas tout le monde ! Je suis quand même entourée de garçons et d'hommes qui font en sorte que ça se passe bien. Mais quand je parlais de machisme ordinaire c'était pour parler de ce milieu très masculin, ou quand t'es une fille tu peux vite être la groupie. Maintenant c'est un truc que je ne ressens plus, mais au début oui, vachement. On essaye vite de te mettre une étiquette quand t'es une fille.

Depuis "Swimming Lessons", tu as l'impression d'avoir appris à nager, ou est-ce qu'on ne sait jamais vraiment nager ?
C'est vrai qu'il y a toujours cette vision du vieux sage qui dit qu'il n'a jamais tout appris. Et puis "Swimming Lessons" ça évoque aussi le passage à l'âge adulte. On est déjà des adultes, mais on n'a pas trop envie de l'être. Il y a plein de choses qui ne sont pas forcément à leur place, on ne se sent pas forcément à sa place. Cet album c'était la découverte d'un monde, la musique, que je pensais connaître mais que je ne connaissais pas tant que ça. Comme des cours de natation, oui. Mais ça peut s'appliquer à plein de choses, au début d'une relation amoureuse, au passage de l'adolescent à l'adulte qui sait ce qu'il veut, qui a compris des choses - ou pas. Je pense juste que je suis en train de grandir.

C'est quoi la suite de Camp Claude ?
Ma prochaine étape ça va être de continuer à composer le prochain album. Et on a pas mal de concerts programmés pour la fin de l'année. On a l'Eurosonic en janvier, ça va être génial. C'est un festival aux Pays-Bas. J'étais allé faire un reportage vidéo et photo là-bas, c'était vraiment génial. Cette petite ville est superbe. J'espère qu'on sera bookés sur plus de festivals l'an prochain. Moi je vais pas tarder à bosser sur un nouveau clip, pour garder le rythme... Same old, same old !

Grâce à ASOS Supports Talent, Diane Sagnier va concrétiser son rêve en réalisant le clip du dernier titre de son EP, inspiré de ses racines américaines, sous forme d'un road-trip qui la verra traverser les paysages les plus fous des Etats-Unis jusqu'à Roswell, pour explorer à sa manière la fameuse conspiration extra-terrestre. Elle raconte son projet dans une vidéo :

Credits


Texte : Antoine Mbemba
Photographie : Amira Fritz
Assistante photo : Corinna Shulte
Styliste : Linda Engelhardt
Maquillage et coiffure : Arzu Kuecuek chez Phoenix. Produits Chanel.

Tous les vêtements : ASOS

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