police, sécurité, bavures : comment se positionnent les candidats à la présidentielle ?

Théo, Adama, Liu Shaoyao... À l'heure où une partie des français se lève pour dénoncer les violences policières, que proposent les cinq candidats en peloton de tête des élections présidentielles ?

par Antoine Mbemba et Micha Barban Dangerfield
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30 Mars 2017, 10:05am

Ces dernières mois, et après d'innombrables bavures, la police est devenue l'un des axes majeurs de cette nouvelle campagne électorale. Et si l'on pensait que les discours sécuritaires étaient réservés à la droite, la gauche se doit désormais, elle aussi, de prendre position sur la question. Chez Fillon et Le Pen, il est primordial de renforcer les moyens matériels de la police (armes, équipements, budgets). À gauche, l'ensemble des candidats prônent une approche qualitative, une amélioration des relations entre forces de l'ordre et population ainsi que le retour à une police de proximité. Dans cette nouvelle course à la présidence, les candidats saisissent la question policière à bras-le-corps. La preuve par 5.

Aidé par la tension du terrorisme et l'appui sans contexte de statistiques policières toujours plus alarmantes, le candidat François Fillon fait honneur à la tradition de son camp. Et si lui refuse personnellement et catégoriquement de répondre aux questions des enquêteurs sur ses propres affaires judiciaires, il aime pourtant vanter les mérites de notre police et en déplorer le manque d'effectifs. Une subtilité qui méritait d'être soulignée. Car pour François Fillon, comme pour beaucoup d'autres candidats, la première des libertés, en France, c'est bien la sécurité. C'est en tout cas ainsi qu'il le plaide, dans son programme.

On y lit donc que « La première des libertés est le droit à la sécurité et à la tranquillité. Pourtant le terrorisme toujours menaçant, la délinquance qui continue d'empoisonner la vie des Français, les casseurs, la fatigue et le ras-le-bol des forces de l'ordre et des magistrats, tous ces éléments démontrent que la sécurité des Français est de moins en moins assurée. Le constat est accablant : 600 000 crimes et délits chaque année dans les années 1960, autour de 3 millions aujourd'hui. » Pour ce qui est de la police, le diagnostic est simple et sans appel : des policiers et gendarmes plus nombreux, et surtout plus armés. François Fillon propose « un total de 10 000 agents supplémentaires au service de notre sécurité », partagés entre le terrain et l'administration. Il soutient aussi de redonner du pouvoir au local, aux mairies et leurs employés, en poursuivant « l'armement de la police municipale » et en lui donnant « les moyens de procéder à des contrôles d'identité et de dresser des procès-verbaux dans d'autres domaines que la seule circulation pour faire respecter la tranquillité publique et doubler les subventions de l'État pour l'achat de caméras de vidéo-protection, notamment par les communes rurales. »

Le constat de François Fillon s'appuie sur une réalité : les agressions envers les policiers existent, et ces femmes et hommes font un métier difficile. Mais les causes de ces tensions ne sont jamais évoquées, ni le fait que certains pans entiers de la population française affirment avoir peur de la police, l'entité censée les protéger. Pour lui, la réponse est la dissuasion, l'intimidation institutionnelle : plus de monde, d'armes et de pouvoir calmera les ardeurs. Tolérance zéro, Monsieur Fillon.

La tolérance zéro, c'est un mot que l'on retrouve bien fort de la bouche de l'autre candidate qui se trouve convoquée par des juges actuellement. Le programme sécuritaire de Marine Le Pen et François Fillon partent du même constat, et donnent les mêmes remèdes. Ne reste de la nuance que dans les chiffres. La candidate du Front National propose, elle, la création de 15 000 postes de policiers et gendarmes (qui dit mieux ?) et qu'on les recentre sur leur mission de sécurité publique, « en les libérant des tâches indues et administratives » et qu'ils soient les instruments majeurs d'une mise en place d'un « plan de désarmement des banlieues concernées et de reprise en main par l'État des zones de non-droit. » Une France sûre est une France où l'ordre républicain et l'État de droit s'appliquent partout. Et pour tous.

Sur l'affaire Théo, en février dernier, après qu'un rassemblement de soutien au jeune homme ne dégénère à Bobigny, la candidate frontiste s'exprimait au micro du Grand Rendez-vous d'Europe 1/i-Télé/Les échos. Droite dans sa tolérance zéro, elle y déclarait : « Par principe, je soutiens la police, sauf démonstration par la justice [...] que des actes en violation de la loi aient pu être commis ». Avant de poursuivre : « Nous dansons sur un volcan depuis des années. Aucune leçon n'a été tirée depuis 2005 […] Un certain nombre de voyous et même un nombre certain de voyous cherche chaque excuse possible pour déverser leur haine de la France, leur haine de l'État de droit, leur haine de la police, en brisant, en cassant, en attaquant les forces de l'ordre. » Comme chez Fillon, le spectre de l'analyse qui entoure les enjeux policiers en France ne s'arrête chez Le Pen qu'à une bande de voyous à arrêter par tous les moyens possibles. La candidate frontiste ne semble pas vouloir perdre son temps à analyser les raisons de la colère ainsi que les racines de la misère qui ronge certains paysages prompts aux débordements. Aucune corrélation ne semble à faire sur la misère sociale des paysages prompts à ces débordements. Et si haine de la police il y a, elle est à battre dans l'œuf. Soigner sans diagnostic. Telle est la leçon apprise par Marine Le Pen au lendemain des émeutes de 2005.

À gauche le débat ne relève pas tellement de la surenchère mais plus d'une réflexion sur les moyens d'amélioration des relations entre police et population. Aux grands maux, les bons remèdes : la gauche regarde dans son rétro, observe son histoire et pointe le moment de rupture engagé par Sarkozy en 2003 lorsqu'il supprimait la police de proximité. Pour l'ensemble des candidats de gauche, la police de proximité doit renaître de ses cendres. Réincarnation, résurrection ou réinvention : le retour de la police de proximité pour certains des candidats intervient comme l'opportunité de se l'approprier.

La partie du programme de Jean-Luc Mélenchon consacrée à la police commence par rappeler cela. « La République a besoin d'une police ; d'une police républicaine, agissant pour protéger les libertés individuelles et collectives. La politique de sécurité doit être refondée en lien avec la population, par l'intégration des conscrits, loin des coups de menton et du deux poids deux mesures. » Une politique de sécurité qui se joue dans les deux camps, en somme. Celui de ceux qui l'appliquent, et celui de ceux qui se doivent de la respecter. En concert et dans le respect.

Pêle-mêle ; Mélenchon propose une refonte de la politique de sûreté publique qui s'articule autour d'un triptyque « prévention, dissuasion, sanction » ; sortir de la politique du chiffre ; restaurer la police de proximité ; abroger l'incroyable surplus de lois sécuritaires qui se sontamassé au cours des mandats successifs ; démanteler la BAC ; et « intégrer au service public certaines fonctions de sécurité aujourd'hui privatisées. » Jean-Luc Mélenchon s'extrait de la politique de chiffre et de l'embauche policière, et prône une amélioration qualitative de la police et gendarmerie. D'une part (et comme Marine Le Pen entre autres) en libérant les policiers de l'administratif, en ramenant leurs effectifs à ceux de 2007, en doublant ceux de la police technique et scientifique, en augmentant la durée de formation des élèves gardiens de la paix, en rénovant les infrastructures policières et donnant plus de moyens aux corps de sécurité en général.

Le candidat de la France Insoumise, s'il est comme tous les candidats, promoteur d'une police efficace, pose des règles visant à rapprocher tous les policiers de l'exemplarité qui leur est obligatoire, et le plus souvent de mise. Il pose la responsabilité des deux côtés en supportant une interdiction « des Taser et Flash-Ball […] pour favoriser la désescalade des affrontements. » Et il sort également les problématiques policières du trop simple et caricatural carcan de la banlieue. En campagne présidentielle, on aimerait presque à nous faire croire que la police n'exerce en France que dans le 93, et que son action n'appuierait que sur les mêmes sphères. Un fantasme qui fait écho à une réalité, à laquelle Mélenchon répond qu'il veut en « finir avec la police et la justice à deux vitesses en augmentant nettement les effectifs de la police en charge de la délinquance en col blanc. » Après tout, peut-être que si nos politiques étaient un peu plus au contact de la police, ils en saisiraient mieux tous les enjeux.

Emmanuel Macron articule également ses discours autour de la notion d'exemplarité mais seulement en "off". Si le terme n'est pas évoqué dans son programme, il est néanmoins fort présent dans ses interventions sur les réseaux sociaux. Ainsi, il est possible de lire sur la page Facebook du candidat une longue tirade intervenue au lendemain de l'affaire Théo : « L'autorité des forces de l'ordre se conquiert par l'exemplarité. Car les policiers et les gendarmes ne représentent pas seulement l'État : ils sont l'État. Leur uniforme les oblige : plus qu'aucun autre fonctionnaire, ils doivent être irréprochables. Personne ne prétend que cela est simple. Mais la République est à ce prix. Les violences policières qui ont eu cours il y a deux jours à Aulnay-sous-Bois nous rappellent à cette exigence absolue. » Macron rappelle ici quelque chose de primordial : la police ne peut être envisagée autrement que comme une extension directe de l'État. Elle en détient le monopole de la violence physique et il est absolument essentiel que l'État sache la remanier, la réorienter ou la punir si elle en venait à déborder de ses prérogatives.

Pour le candidat du parti En Marche, la définition du chapitre de son programme destiné à la police a été l'occasion de réaffirmer la volonté de se positionner du côté gauche-centre (un peu gauche surtout centre, un coup de vent et hop on vrille à droite). Il se place du coup du côté des partisans de la remise en place d'une police de proximité. Mais attention, nuance : Macron souhaite rebaptiser ce corps de l'État« Police de Sécurité Quotidienne ». On n'est pas bien sûrs de la différence avec la police de proximité mais notons l'effort de distinction ici mené par le candidat à la présidentielle. Pour ça, Macron souhaite renforcer les moyens humains et financiers de la police et recruter 10 000 fonctionnaires dans la police et la gendarmerie. Par contre, le candidat souhaite parallèlement encourager une société de vigilance. Il clamait dès lors au Mans en octobre : « La société de vigilance, c'est la société qui assume que l'État n'est plus l'unique acteur de la sécurité. Chacune et chacun a le rôle à jouer pour identifier la menace. En complémentarité du travail de nos forces de l'ordre, nous devons tous nous former pour apprendre à réagir, prendre nos précautions ». Un transfert du monopole de la violence qui devrait selon faciliter le travail de la police mais qui pourrait bien également pousser à une concurrence des violences.

Au Parti Socialiste, on ne dévie pas trop. L'avènement de Benoit Hamon frisait le crime de lèse-majesté. Mais Hamon a pris le parti de réancrer son parti dans son histoire (à gauche) et redresser sa posture, sa dignité. Il s'agit donc pour lui de réincarner les principes fondamentaux du PS. Bien entendu, le candidat se place du côté des défenseurs de la police de proximité dont il déplore la disparition. Pour lui, les exactions de la police relèvent d'un manque d'exemplarité et sont également le signe d'un dysfonctionnement structurel. Il faudra donc renforcer les effectifs de police, assurer une prime pour les forces de l'ordre en zones très difficile. D'un autre côté, le candidat au parti socialiste met un point d'honneur à vouloir entraver les contrôles abusifs. Il se dit dès lors « favorable à la pratique d'un récépissé lors de tout contrôle d'identité » et souhaite doter les policiers d'une caméra portative lors des patrouilles. Ici, Hamon insiste sur l'irréprochabilité et la déontologie des forces de l'ordre, mises à mal ces derniers temps. Mais Hamon n'est pas du genre à casser la police sans pointer la gravité de sa déliquescence et le manque de moyens dont elle est victime : il a rappelé à plusieurs reprises que l'état moral de la police française est à déplorer et propose la création de 5000 postes. Son but est double, au-delà de l'exemplarité inconditionnelle de la police, il faut avant tout retrouver la confiance des populations et donner à la police « une fonction sociale de premier plan » pour « mettre fin au cercle vicieux : distance, méfiance, discriminations te violence. » Benoit Hamon est plutôt du genre « cercle vertueux » et veut se positionner comme un potentiel président défendant un État juste - envers sa population, par et pour ses institutions.

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Texte : Antoine Mbemba et Micha Barban-Dangerfield

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