une leçon d'amour avec araki

Le photographe japonais s'empare du Musée Guimet jusqu'en juin. Une rétrospective qui retrace plus de 40 ans de clichés intimistes, extatiques et sulfureux.

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14 avril 2016, 2:05pm

''L'érotisme se lit dans le visage d'une femme''. Araki, 75 ans, a passé sa vie à capturer le désir - d'une nuit, d'une prostituée ou de Yoko, l'amour de sa vie. Le photographe japonais n'a jamais cessé de transgresser les lois qui régissent son pays d'origine. Après 40 ans de sexe, d'amour, de polaroïds et de fanzines, le musée Guimet lui consacre une immense rétrospective - l'occasion de prendre une petite leçon d'amour avec le premier et dernier amoureux de la photographie.

© Nobuyoshi Araki / Courtesy Taka Ishii Gallery

1. Aime les femmes 
Il a transformé les femmes en tout - en objets, de désir ou de répulsion. Il les a pendues, d'après les rites ancestraux du bondage japonais, le Kinbaku. Il leur a fait l'amour et les a immortalisées sur des tirages qui transpirent le désir, encore palpable. Trash mais pas que. Araki sait aussi faire des métaphores : ses séries consacrées aux fleurs en témoignent. Moins directes que ses vues agrandies de sexes féminins, ces natures à demi-mortes laissent libre cours à l'imagination : on peut y voir l'origine du monde comme l'ikebana, l'art traditionnel de la composition florale - Araki aura presque réussi à nous faire croire à l'innocence des fleurs.

© Nobuyoshi Araki/Photo : Thierry Ollivier/Courtesy Taka Ishii Gallery

2. N'aie pas peur de la mort

"Le sexe et la mort sont inséparables." C'est Araki qui l'a dit. Ou Georges Bataille, on ne sait plus très bien. Ce qu'on en retient, c'est que la photographie, avec lui, est synonyme de pulsion - sexuelle ou morbide. Ses photos se tordent et convulsent, comme dans un élan d'amour. Amour qu'Araki dédie à sa femme, Yoko, morte d'un cancer de l'utérus en 1990. À ses frais 20 ans plus tôt, le photographe publiait Voyage Sentimental, un ouvrage autoficitonnel qui documentait son voyage de noces. Après la mort de Yoko, Araki réunit dans un seul et même livre ce voyage et Voyage d'hiver, une élégie où l'amour et la mort dialoguent. Probablement le plus bel hommage rendu à une femme. 

© Nobuyoshi Araki/Photo : Thierry Ollivier/Courtesy Taka Ishii Gallery

3. Fais croquer

En 50 ans, Araki a publié plus de 450 livres, certains sous forme de fanzines - Erotos, publié en 1993, rassemblait des photocopies de ses clichés les plus intimes et les plus crus - quand d'autres ressemblent à des dictionnaires (chez Taschen, l'ouvrage Araki pèse plus de 15 kilos). En datant, publiant et exhibant chacune de ses frasques sexuelles, sous forme de polas DIY, Araki a poussé le principe d'extimité à son paroxysme. Avant tout le monde et mieux que n'importe quel selfie.

© Nobuyoshi Araki/Courtesy Taka Ishii Gallery

4. Stay punk

Depuis des années, le photographe utilise comme signature la graphie Arākī, comme une évocation subtile au mot anākī (anarchie en japonais). Sulfureux, il s'est fait connaître au Japon dans les années 1970 en collaborant pour des revues locales SM. Entre 1988 et 1993, la loi japonaise en a assez de ses poils pubiens et s'est mise à censurer quelques-unes de ses photos les plus osées et sa côte n'a fait que monter : sa force est d'avoir levé tous les tabous d'une société où règnent en maitre l'art du non-dit. En 2016, le photographe égraine les bars de Tokyo. Enfin, surtout le sien qu'il a ouvert à Shinjuku. De ce qu'on sait, Araki y chante des chansons d'amour en buvant des bières. Il aime toujours autant les filles, même s'il avoue moins coucher avec elles au fur et à mesure que le temps passe. Sinon, il insulte les journalistes de Vice parce qu'ils posent des questions "de merde". Voilà.

collection privée, New York © Nobuyoshi Araki/eyesencia

5. Aime-toi
Araki a pris plein de photos des femmes. Mais il aimait aussi se prendre en selfie - en autoportrait, ça fait plus chic. Lunettes teintées, t-shirt à son effigie : ici, (avec ses cornes diaboliques) et là aussi accompagné de son dinosaure en plastique. La seule conclusion qu'on en tire est la suivante : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. 

 © Nobuyoshi Arak

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