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      culture Malou Briand Rautenberg 11 juillet 2017

      ​5 bonnes raisons d’aller aux rencontres d’arles

      Chaque année, Les Rencontres d’Arles confrontent, exposent et révèlent des centaines de photographes jeunes ou confirmés, amateurs ou revendiqués, radicaux et pompiers. i-D a sélectionné parmi les milliers d’images et les centaines d’expositions qui forment le « on » et le « off » du festival, ses coups de coeur.

      Réviser ses classiques

      Joel Meyerowitz, Couple au manteau camel sur Street Steam, New York, 1975. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de la Howard Greenberg Gallery.

      Joel Meyerowitz, «Early Works», Salle Henri-Comte, Arles

      Avec le pionnier de la pellicule couleur, Joel Meyerowitz. Armé d'un Pentax que Robert Frank lui avait offert, le jeune photographe natif du Bronx a arpenté et capturé l'effervescence lumineuse des rues new-yorkaises dès les années 1960. L'exposition qui lui est consacrée « Early Works » réunit une soixantaine de ses tirages vintage et documente son fulgurant passage du noir et blanc à la couleur. Une excellente manière de se remémorer l'influence qu'a exercée l'auteur de Cape Light sur ses contemporains. L'ouvrage, devenu culte, aurait inspiré à Wim Wenders l'esthétique de son chef-d'oeuvre Paris Texas et convaincu Eggleston de délaisser le noir et blanc pour la couleur. Rien que ça.

      Annie Leibovitz, photographies de la série "driving"

      « Annie Leibovitz : les premières années 1970-1983 » , La Grande Halle, Arles

      3000 photographies, dix salles, 1000 mètres carrés : c'est le parcours du combattant qui attend les fans d'Annie Leibovitz à Arles. La fondation Luma vient d'acquérir la quasi-totalité des clichés de la photographe américaine célébrée pour ses portraits chic et glam' de la jet-set hollywoodienne. Oui, mais pas seulement : la rétrospective « Annie Leibovitz : les premières années 1970-1983 » revient sur les débuts de la photographe chez Rolling Stone magazine. À cette époque, Leibovitz shoote au noir et blanc et suit à la hâte et dans l'excès les Stones (le groupe, cette fois) en tournée. Parmi les milliers de tirages d'époque, nos yeux s'arrêtent sur le portrait de Mick Jagger ivre et à terre en backstage d'un concert; sur l'image iconique de Yoko Ono et John Lennon s'enlaçant tendrement un jour de décembre 1980, quelques heures avant la mort prématurée du chanteur des Beatles. On reconnaît Warhol derrière ses lunettes noires ou encore l'imposant Helmut Newton, Aretha Franklin et Nina Simone, Jane Fonda et Salvador Dali. Avec Annie Leibovitz, c'est la frénésie d'une époque marquée par la mort de Kennedy et l'ascension fulgurante des contre-cultures qui s'épingle aux murs de la Grande Halle.

      Rattraper son bac histoire

      Sina Shiri, Silent side, Neishabour, Iran, septembre 2015. Avec l'aimable autorisation de l'artiste. 

      « Iran année 38 », Eglise Sainte-Anne, Arles, jusqu'au 27 Août

      Iran année 38. Que signifie cette date, qui donne son nom à l'exposition d'envergure qui rassemble 66 jeunes photographes iraniens à Arles ? Le « commencement », assurent les commissaires Anahita Ghabaian Etehadieh, fondatrice de la Silk Road Gallery à Téhéran et Newsha Tavakolian, photographe. Car c'est en 1979 il y a 38 ans exactement, que naît la République Islamique. Année charnière qui marque un tournant socio-politique majeur dans l'histoire du pays et la chute concomitante du shah d'Iran.

      Erwin Wurm, One Minute Sculptures, 1997-1998. Avec l'aimable autorisation de l'Adagp, Paris. 

      « Le spectre du surréalisme », Les ateliers, Artles, jusqu'au 24 septembre

      Invoquer les fantômes : voici le pitch, résumé à l'extrême, de l'exposition « Le spectre du surréalisme » orchestrée par Karolina Ziebinska-Lewandowska. La conservatrice au Cabinet de la photographie du Centre Pompidou a fait ressurgir des bas-fonds des collections du musée les pépites des maîtres de l'absurde. Parmi eux Man Ray, Magritte, Brassaï ou Dora Maar. Elle a choisi de les confronter aux oeuvres d'artistes et photographes contemporains, adeptes du 30 millième degré - le duo suisse Fischli & Weiss, dont la manie consiste à mettre en scène une variété infinie d'objets du quotidien pour les tourner au ridicule ou la jeune artiste tchèque Eva Kotátková dont les installations bordéliques reflètent notre irrépressible besoin de toujours tout dramatiser. Le surréalisme semble plus vivant que jamais et continue à hanter les consciences des jeunes générations.

      Anonyme, Colombian Street Photograph (Photographie de rue en Colombie), années 1980. Libre de droits*. 

      La vache et l'orchidée, Croisière, Arles, jusqu'au 24 septembre

      La photographie vernaculaire est partout : sur nos feeds Instagram et nos albums de famille, dans le ventre des caméras de surveillance et les albums souvenirs des touristes en goguette. La photographie vernaculaire c'est tout ça et peut-être plus encore. Timothy Prus, commissaire de la maison d'édition indépendante Archive of Modern Conflict, en a rassemblé des centaines au sein de l'exposition « La vache et l'orchidée », dédiée à la photo amateur colombienne. Un corpus prolifique où se jouxtent photos de famille, portraits pris sur le vif ou en studio improvisé, tirages vintage et contemporains. Ensemble, ils racontent une autre histoire de la Colombie et du même coup, de la photographie - jouissive et décalée, aux mains de tous.

      S'offrir un shot de contre-cultures

      Sicile, vers 1959 - Estate Karlheinz Weinberger, courtesy galerie Esther Woerdehoff Paris, 2017.

      « Swiss Rebels », Karlheinz Weinberger, le Magasin électrique, Arles, jusqu'au 24 septembre.

      À ceux qui pensaient faire rimer Suisse et rectitude, un petit précis de marginalité helvète s'impose : il nous est donné par François Cheval et Audrey Hoareau, commissaires de l'exposition « Swiss Rebels ». C'est au parcours hors normes de Karlheinz Weinberger, photographe zurichois amateur, magasinier chez Siemens et homosexuel affirmé que le duo consacre cette exposition. Ce sont les ouvriers suisses qui attirent en tout premier lieu le regard de ce photographe autodidacte : Weinberger les immortalise au travail, le torse nu, les muscles saillants et la sueur au front. L'esthétique homoérotique qui émane de cette série de portraits va parcourir sa carrière et le guider dans ses rencontres. Il collabore à la revue gay ultra-confidentielle Le Cercle et signe ses séries sous le pseudo Jim. Dès les années 1960, il s'immisce dans un groupe de jeunes marginaux surnommés les Halbstarke (soit les demi-durs, une référence moqueuse à leur style rock'n'roll). Ils portent des jeans et, faute d'avoir trouvé leur taille (à l'époque à Zurich, un seul et unique magasin vend la fameuse toile et la jeunesse se l'arrache), se confectionnent des ceinturons à l'effigie de leurs héros - Elvis Presley et James Dean. Weinberger trouve ça génial et braque son objectif sur l'entrejambe de ses jeunes modèles masculins, aux braguettes assorties de patchs, épingles et fers à cheval. Le photographe a suivi les hommes en marge du système jusqu'à son dernier souffle : « En 2006, alors qu'il est en fauteuil roulant, Weinberger se rend dans les rassemblements de jeunesse et cherche à tout prix à les photographier, » affirme Audrey Hoareau. L'autodidacte disparaît la même année, laissant derrière lui une oeuvre d'envergure qui continue de hanter les artistes et la mode de notre siècle, de John Waters aux publicités Versace signées Steven Meisel.

      Crédits : Yann Morvan

      « Les Blousons Noirs », Yan Morvan, Restaurant le franc-bourgeois, 4 place du forum, Arles

      De l'autre côté de la frontière, en 1975 et à Paris, c'est à Yan Morvan qu'on doit d'avoir posé ses yeux sur un des gangs les plus éphémères et explosifs de l'histoire des contre-cultures françaises : les blousons noirs. Dans le sillon de Danny Lyon, photographe auteur de la série Bike Riders, Yan Morvan s'éprend d'une tribu qui ne jure que par le rock, le cuir, la vitesse et la bagarre. Il dresse à travers sa série «Les blousons noirs», le portrait d'une jeunesse française sacrifiée, qui à défaut de s'inscrire dans la norme a trouvé son salut dans la marge.

      Repenser les frontières 

      Centre de détention de Zaouia, 2014. Avec l'aimable autorisation de Samuel Gratacap / galerie Les filles du calvaire

      « Fifty Fifty», Samuel Gratacap, Commanderie Sainte-Luce, Arles, jusqu'au 27 Août :

      Ultime ironie du 21ème siècle : à l'heure de la mondialisation, jamais les frontières ne nous sont apparues si poreuses et du même coup, si infranchissables. C'est l'ambivalence à laquelle une certaine frange de photographes a choisi de se frotter en braquant son objectif à la lisière entre deux mondes. Pour illustrer cet entre-deux, le photographe français Samuel Gratacap a choisi d'intituler son exposition «Fifty Fifty». Un parcours plus sensoriel que visuel qui s'attache à suivre les migrants qui embarquent sur des bateaux de fortune à Zouara, ville portuaire libyenne dans l'espoir de rejoindre l'Italie : « ceux qui vivent le fifty-fifty : la mort ou la vie », écrit Gratacap en guise d'introduction. Mêlant photos prises à l'argentique ou au numérique, polaroids, portraits frontaux ou groupés, témoignages écrits, audios et installations, l'oeuvre politique de Samuel Gratacap oscille entre art et journalisme. Surtout, son travail de recherche entrepris sur la côte libyenne dès 2007 nous pousse à repenser notre définition des frontières en photographie. 

      Philippe Dudouit, Oubari, Sud Libye, juin 2015. Véhicule d'une milice Touareg libyenne. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de la East Wing gallery.

      « The Dynamic of Dust », Philippe Dudouit, Atelier de la Mécanique, Arles, jusqu'au 24 septembre :

      L'approche du photographe suisse Philippe Dudouit est en ce point similaire : prises aux Sahel, ses images tirées de la série «The Dynamic of Dust» capturent les populations autochtones d'une zone sous haute tension. Pour l'un comme l'autre, le médium photographique n'est plus une fin mais un instrument, au service d'une enquête journalistique engagée.

      Se remémorer l'adage « l'union fait la force »

      Affiche de l'exposition Collaborate !

      « Collaborate ! » Rue de la Roquette : exposition sur banderolles du 1 juillet au 31 août :

      « Collaborate ! ». À lui seul le titre de l'exposition collective impulsée par Foam (l'organisme néerlandais dédié à la photographie contemporaine) témoigne d'un désir et d'un moteur de création communs à toute une génération : collaborer. Cette injonction à créer à plusieurs s'est déclinée sous de multiples formes. D'abord dans les projets réalisés en binôme par un étudiant de l'ECAL et un étudiant de la KABK, mêlant sans mal les médiums et les formats pour redéfinir les contours de la photographie. Puis dans l'installation interactive de Matthias Oostrik qui métamorphose les spectateurs en acteurs, et dans le travail du couple Cristina De Middel et Kalev Erickson qui a choisi de donner un second souffle à de vieux polaroïds chinés dans une brocante et de les confronter aux siens, pris aux mêmes endroits des années plus tard. Un dialogue visuel entre passé et présent, présence et absence matérialisé dans l'exposition « Jungle Check ».

      Alejandro Marote, Sans titre, série A, 2012. Avec l'aimable autorisation de l'artiste. 

      « Blank Paper, Histoire du présent immédiat », Ground Zero jusqu'au 24 septembre :

      Collaborer est un jeu, autant qu'une nécessité : c'est en tout cas la devise de la jeune garde photographique madrilène qui répond à l'obscur patronyme de Blank Paper. Créé par d'anciens étudiants de l'école Arte 10 au début des années 2000 le collectif espagnol, fondé sur les notions de partage et d'échange de compétences, a muté en école alternative : élèves et professeurs y créent à l'unisson avec pour seul point commun, l'ambition de décloisonner les genres et d'immortaliser une époque éperdue d'instantané. « Blank Paper, Histoire du présent Immédiat » réunit les travaux d'une petite dizaine d'entre eux sous l'oeil aguerri de Joan Fontcuberta, photographe catalan et commissaire de l'exposition.

      Crédits

      Texte : Malou Briand Rautenberg

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      Tags:culture, photographie, art, rencontres d'arles

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