La Gen Z est-elle trop sage ?

Désintéressé.e par le sexe ? Ennuyé.e par les nuitées tardives ? Mieux à chiller à la maison ? La Gen Z ouvre-t-elle une nouvelle voie à contresens d’un centenaire Sex, Drugs & Rock'N'roll ?

par Camille Laurens
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29 Juillet 2022, 2:58pm

Et si l’an 2000 avait réellement fait passer un cap aux mentalités des nouvelles générations. Les kids du millénaire se sont imprégnés de nouvelles valeurs, combats qui ne matchent pas avec certains modes de vie, le tout supplanté par des bouleversements tels que la crise climatique, la Covid, la guerre… Si les ados de Larry Clark prônaient la défonce comme refus du schéma traditionnel, les nouveaux revendiquent un mode de vie sain, presque mal-sain ?   

Hélène Romano, psychothérapeute décrit “ Avoir été biberonné aux écrans a donné lieu à une génération d’orphe-liens, dont les seuls référents sont les réseaux. Si les parents avaient la charge d’expliquer, de rassurer, de transmettre les interdits et l'éducation, aujourd’hui les médias s’en chargent. Les enfants sont amenés à se rassurer eux-même, et sont en réalité extrêmement “insecure” : 6 heures seul sur son téléphone c’est un un rapport à la réalité biaisée, virtuel, avec un refus de s’attacher. On switch, on next, on like. Le rapport à l’autre est en crise, que se soit dans la sociabilité ou l’avenir. Cette génération est en crise, d’autant qu’elle porte des responsabilités qui les pousse même à refuser d’avoir des enfants, à faire l’amour, à sortir, bref à kiffer ! Après le Z de cette génération, il y a peu d’autres lettres… ” 

Une césure profonde et autant de facteurs qui creusent un écart entre les boomers et les vingtenaires dont les préoccupations diffèrent radicalement :  “Après avoir vécu presque deux ans enfermés à la maison, mes centres d'intérêt ont clairement changé. J’ai développé d’autres relations avec les réseaux sociaux et j’avoue que l’intimité et le contact me mettent mal à l'aise. Je rentre plus facilement en connexion via le virtuel. Le sexe est loin d’être dans mes pensées, tout comme les rencontres. Je suis mieux seule.” Lucie, 18 ans, sort tout juste du lycée, est loin d’envier la vie estudiantine classique. 

Plus encore, cette génération trouve satisfaction dans une forme d’isolement et d’autonomie qui la pousse à développer d’autres routines. Plus anxieux, beaucoup avouent ne plus trouver aucun plaisir dans les sorties, déambulations nocturnes et autres virées éthyliques. Mélange entre refus de surconsommer et nouvelle forme d’engagement, la Gen Z coupe les ponts avec certains passages, le mythe de l’adulescent s’estompe :  “J’ai perdu pas mal de potes, parce lorsque je décline une sortie, ils le prennent mal, alors que moi j’ai juste aucune envie de me prendre une quille. Je préfère largement me poser dans un parc que de me déglinguer dans un club. Ce genre de spot m'angoisse, est anxiogène, il y a trop de monde. Avant le Covid ? Je n’avais pas ce rapport à la foule, cette peur de l’ultra-stimulation qui me fait maintenant paniquer …” confesse Mathieu, journaliste de 21 ans.

Loin d’être un cas isolé, beaucoup revendiquent un avant/après Covid qui a fait basculer la société. Si on poussait les jeunes à se socialiser, échanger, aller en cours, faire des activités extra-scolaires, les confinements ont bannis ces comportements. Reprendre ces habitudes est moins évident qu’il n’y paraît. Plus angoissée, stressée, déprimée, la Gen Z se tourne vers des engagements qui donnent sens à leur quotidien : activiste green, militante, les nouvelles formes de rencontre se cristalliseraient-elles autour de causes fortes ? 

C’est un fait. Principalement touchées par les différentes crises, les Gen Z ont grandi avec un sentiment de culpabilité et un sens du devoir plus important que la normale. 

L’action directe s’est substituée à l’insouciance de la jeunesse, beaucoup d’entre eux sont déjà avertis, vegans, et surtout présents sur les différents fronts. Mais si cette nouvelle pourrait être positive, c’est aussi une réaction anxieuse à un climat étouffant “le rapport à l’écologie, à la planète, à l’avenir et leur militantisme est le fruit d’un non-choix. On les pressionne : c’est soit ça, soit “la mort” ! Il faut dé-responsabiliser les jeunes et recréer du lien hors Insta, Tik Tok avec des activités simples, des moments d’écoute et de partage. Bref, revenir au réel” souligne Hélène. 

Trop sage, la génération Z souffre-t-elle d’une remise en question profonde qui la pousse à lancer un cri d’alerte par ces comportements ? Si une bonne bière en terrasse n’est pas un signe de bien-être; c’est un premier pas vers l’ancien monde, celui hors confinement. Si un coup d’un soir n’est pas forcément viable, il donne encore de l’importance à autrui, il nous tarde que ce climat prenne un bon coup de fraîcheur, comme nos thermomètres d’ailleurs.  

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