Douceur, sensualité et (fausse) fourrure : un défilé Saint Laurent tout en séduction

Les silhouettes créées par Anthony Vaccarello pour la collection AW22 de la marque mettaient le désir et la tendresse à l’ordre du jour.

par Osman Ahmed
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02 Mars 2022, 5:38pm

Préférez-vous porter de la fourrure ou vous promener tout·e nu·e ? Rassurez-vous, cette question-piège n’est plus d’actualité chez Saint Laurent, puisque la marque a annoncé l’année dernière ne plus utiliser de fourrure animale. Et sa collection AW22, créée par Anthony Vaccarello, contient sans doute de quoi sublimer les lignes de votre corps, quel qu’il soit, puisque chacun·e devrait y trouver son compte, depuis les robes longues et fluides coupées en biais jusqu’aux somptueuses pelisses en fausse fourrure — et si vous voulez séduire en restant nu·e sous votre manteau, d’énormes et élégants cocons sont là pour vous y aider. C’était ainsi que se manifestait toute la tension déployée par cette collection remarquable, entre désir et tendresse : de petites robes très épurées, inspirées de coupes datant d’il y a un peu moins d’un siècle, s’augmentaient de généreux empiècements duveteux et des revers si larges qu’ils faisaient ressortir le visage comme un portrait de Van Dick tout droit sorti du xviie siècle.

La sensualité — plutôt qu’une sexualité débridée affichant sa nudité — était donc à l’ordre du jour. Ou de la nuit, si l’on peut dire, tant la collection était empreinte d’un thème nocturne. Ainsi les tenues recouvraient-elles les corps, laissant une large place à l’imagination — à l’exception notable de quelques décolletés plongeants —, et les épais manteaux cachaient tout sauf le visage peu maquillé des mannequins qui s’y blotissaient sans rien perdre de leur pouvoir de séduction. De manière évidente pour tout le monde, cette collection jouait sur quelque chose de plus doux et de plus généreux que les précédentes, au-delà des innombrables textures poilues ou duveteuses qui figuraient dans ce défilé parisien. On remarquait des coupes plus longues, des matières visiblement plus malléables, des talons moins hauts — donnant aux mannequins cette assurance mêlée de cool qu’affectionne Anthony et qui leur permet de survoler sans peine le catwalk. Confort, facilité, souplesse, aisance… autant de mots qu’on n’associe pas si souvent aux vêtements Saint Laurent, et qui venaient pourtant à la bouche cette saison — sans pour autant faire oublier leur dimension d’opulence avérée : on en a toujours pour son argent chez la maison française. En d’autres termes, c’était une version sans complexes d’un certain âge d’Or de la mode, ces années 1980 et 1990 où la richesse et le luxe étaient des raisons d’être fier·ère plutôt que honteux·se, et où il semblait falloir porter un lourd manteau de fourrure — caution sartoriale entre toutes — pour se risquer à héler un taxi new-yorkais.

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Justement, ces fourrures (ou plutôt ces fausses fourrures) omniprésentes étaient fabriquées par des artisans d’exception travaillant habituellement d’authentiques peaux, raison pour laquelle elles étaient bien plus belles que les alternatives peu soignées qu’on voit si souvent défiler. La plupart réussissaient aussi à éviter cet éclat artificiel qui caractérise les matières synthétiques, et parvenaient à répliquer l’ondulation souple et les teintes profondes qui rendent la fourrure si sensuelle, d’autant plus lorsqu’elle est portée avec la confiance naturelle des femmes qui peuvent se l’offrir et l’arborer. Par exemple en jetant sa pelisse sur une seule épaule, ou en la laissant traîner au sol sans gêne. Le genre de femme qui pourrait vous lancer son verre au visage, vous gifler avec mépris si vous lui avez manqué de respect, et pour finir vous voler votre époux·se. Une femme absolument fascinante, n’est-ce pas ?

Dans les notes du livret, Anthony soulignait s’être inspiré de la période Art déco, revenant aux œuvres, meubles et décors qu’Yves Saint-Laurent collectionnait avec passion. Le défilé en lui-même n’en faisait pas étalage, et les références restaient subtiles et discrètes, comme dans le décor composé de moquette crème et de miroirs disposés perpendiculairement, ou dans les rares accessoires — en particulier ces bracelets style Nancy Cunard en résine, en bois ou en or, portés en accumulations dépareillées. Un hommage direct à Yves se sentait dans les roses aux pétales de métal brillant ou de soie délicate, accrochées au corsage de robes et au revers de manteaux. Et cette subtilité dénotait une certaine confiance en soi de la part d’Anthony Vaccarello. Plus besoin de crier sur les toits qu’il s’agit de vêtements Saint Laurent à grand renfort de citations grandiloquentes. En revanche, il sait nous le chuchoter à l’oreille avec intelligence, tout au long du défilé, et l’on ne peut s’y tromper. D’ailleurs, même s’il est bien le directeur artistique de la maison, le créateur sait pertinemment que ce sont les femmes qui portent le pantalon chez Saint Laurent.

Et elle le portent bien ! Car le défilé s’achevait dans un beau trio de smokings iconiques, des costumes aux lignes ici un peu relâchées, et aux épaules flirtant avec la manche pagode. Étant donné que le défilé était principalement composé de robes et de manteaux, ces tenues plus formelles rappelèrent à toutes et tous qu’iels assistaient bien à un spectacle signé Saint Laurent, sans doute la maison de mode la plus importante du xxe siècle. Si le concept derrière la collection était relativement simple, c’est peut-être aussi parce qu’Yves Saint-Laurent a tout fait dans sa carrière, ou presque. Mais pour Anthony Vaccarello, c’est l’occasion d’explorer le répertoire du maître — défi virtuose aux genres et aux catégories —, de le magnifier et d’y ajouter dans de nombreuses collections à venir.

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Credits


All images courtesy Saint Laurent

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