Comment soutenir travailleurs et travailleuses du sexe pendant la pandémie de coronavirus

Comme d’autres emplois précaires, les travailleurs et travailleuses du sexe sont fortement touchés par l’épidémie.

par Sophie Wilson
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08 Avril 2020, 10:54am

Image via Instagram

La mise en confinement du monde et le ralentissement économique affectent les revenus de centaines de millions de salariés et indépendants. Même si de nombreux gouvernements promettent des milliards pour soutenir l'économie face à la crise et préserver l'emploi, beaucoup d’auto-entrepreneurs et de contrats précaires ne savent pas quand tombera leur prochain salaire. Les travailleurs du sexe sont naturellement extrêmement pénalisés par la situation, et ce même si les situations sont très disparates selon les métiers, comme le soulignent ces témoignages de camgirls françaises.

Avec le peu de protection juridique pour les travailleurs du sexe qui souffrent d’annulations massives à cause du confinement, beaucoup se tournent vers le contenu en ligne, profitant d'options comme les live cam ou du sexe en ligne. Mais celles ou ceux qui dépendent de rencontres physiques, comme les stripteaseuses ou les escorts, voient leur revenus plus que compromis. La travailleuse du sexe basée à Montréal Krissy Phoenix déclare qu’elle aura du mal à passer au digital, n’étant pas férue de technologie. « J'ai déjà du mal à diffuser mes annonces donc je risque de lutter avec les live show sur caméra», dit-elle.

Hallelujah Annie, basée à White Rock au Canada souligne que les piratages d’OnlyFans et d’autres sites du même genre sont une source d’angoisse pour beaucoup et un frein à la création d’un véritable réseau en ligne. « J’ai essayé le digital, mais après le piratage d’OnlyFans j’ai retiré tout mon contenu et fermé mon compte, » dit-elle. « J’ai des enfants et je n’étais pas prête à gérer ce genre de situation. »

Des sites comme OnlyFans et ManyVids doivent aussi faire face à la concurrence de sites de streaming gratuits comme PornHub qui ont offert aux utilisateurs confinés des accès gratuits aux contenus premiums. De telles offres sont tentantes, surtout si vos propres revenus ont été affectés par la pandémie, mais – si vous le pouvez – n'hésitez pas à supporter des cam girls, performeuses et réalisatrices indépendantes, surtout dans ces temps difficiles. Quelles sont les initiatives qui sont prises en ce sens à travers le monde ?

« L'argent est nécessaire pour avoir un environnement sûr, des conditions de travail équitables et pour protéger les droits humains et légaux des acteurs et actrices», explique la réalisatrice Erika Lust. Erika a fermé ses bureaux basés à Barcelone et reporté les tournages de mars et avril quand l’Espagne a déclaré l’état d’urgence il y a deux semaines. « Il faut garder à l’esprit que le travail du sexe est un vrai travail », ajoute-t-elle. « Les travailleurs du sexe à travers le monde sont pour la plupart indépendants et n’ont pas de revenus fixes. Il est important, maintenant plus que jamais, de les soutenir, si vous le pouvez, en faisant des dons à des associations qui collectent des fonds pour eux, en s’abonnant à leurs chaînes personnelles et en payant le porno que vous regardez. »

Avec le confinement, Erika a enregistré une augmentation de 30% de ses vues en ligne. Mais il y a aussi de mauvais côtés. Alice Little, une travailleuse du sexe et influenceuse basée au Nevada a perdu toutes ses réservations en personne jusqu’à la fin du mois à cause de la pandémie, et essaie de compenser son apport en ligne. « Je crée du contenu via Patreon où j’ai des photos exclusives juste pour mes abonnés, » dit-elle. « C’est une activité que j’intensifie. Les gens veulent être divertis, il y a de plus en plus d’intérêt pour mes comptes Patreon et Youtube. J’enregistre un nombre record de téléspectateurs. »

Nous sommes tellement habitués à accéder à du contenu gratuitement qu’il peut être facile d’oublier qu’il y a quelqu’un de l’autre côté qui travaille pour le produire, et tout travail mérite salaire. Payer pour un abonnement à OnlyFans, aller directement sur les sites web des travailleurs du sexe ou payer pour voir des vidéos porno produits par des petits studios indépendants sont de bonnes manières de soutenir l'industrie dans sa diversité. Pour ceux qui ont maintenu leurs revenus durant la quarantaine – mais qui ne veulent pas payer ou ne regardent pas de porno – il y a toujours la possibilité de faire des dons à des fonds de soutien. Au Royaume-Uni, le collectif SWARM a mis en place un fond pour les travailleurs et travailleuses du sexe du pays. Les dons, qui peuvent être faits en contactant @sexworkhive sur Twitter ou directement via contact@swarmcollective.org, sont d'un montant fixe fixe de 200£ par personne, et bien que les bénéficiaires doivent être des travailleurs du sexe, le collectif ne leur demande par de justifier leur situation financière. « Nous ne voulons pas reproduire la violence, le doute et la honte que peut induire les mécanismes d'allocation sociale, » explique un de ses membres.

« Sans sécurité financière ni protection sociale, les travailleurs du sexe sont parmi les plus durement touchés par le COVID-19», explique Lydia Caradonna, membre de SWARM. « Nous sommes particulièrement vulnérables dans une crise mondiale comme une pandémie parce que nous n'avons pas droit aux indemnités sociales. »

Il y a également d'autres moyens d'aider les individus plus directement, sous la forme de dons PayPal ou de chèques-cadeaux pour de la nourriture et d'autres produits essentiels. « Toute forme de générosité est toujours bienvenue, même si c’est 20 en plus, » déclare Nikki Chris, basée à Los Angeles. « 20% en plus peuvent payer de la nourriture, une facture, de la nourriture pour chien, de la lessive, des boissons énergisantes. Je pense que les gens oublient que nous sommes humains, que nous avons des factures à payer et qu’on doit manger. Certaines d’entre nous ont des « whish lists » sur Amazon et la plupart ont des comptes sur Paypal sur nos sites webs. Toute aide est précieuse.»

Au sein même de la communauté des travailleurs du sexe, les gens s’entraident, que ce soit en créant des syndicats ou plus simplement en faisant des courses. Beaucoup sont créatifs avec le type de contenus, proposant des lettres d’amour, des dates Skype et du marketing d’influenceurs sur Instagram et Youtube. La travailleuse du sexe, devenue entrepreneur, Lydia Dupra (AKA The Heaux Mentor) en sait beaucoup sur le transfert créatif et monétisable des compétences. « Nous avons de fortes capacités d'adaptation et je pense que cela a beaucoup à voir avec le nombre de compétences que les travailleurs du sexe possèdent réellement en dehors de leur activité proprement liée au sexe », dit-elle. « Ce que je recommande, c'est de lister et analyser les compétences que vous avez déjà acquises. Les travailleurs du sexe sont vraiment bons en marketing et en service client. Le sexe n'est finalement le dernier maillon de la chaîne d'activité d'un professionnel du sexe. »

Si vos propres revenus ont été affectés par la pandémie, vous ne pouvez peut-être pas réaliser de dons ou payer pour du contenu. Mais vous pouvez toujours être un soutien des travailleuses du sexe en partageant des liens et ressources pour que d’autres puissent donner. Casser les préjugés autour du travail du sexe et faire campagne pour la dépénalisation peuvent être d'autres moyens de s'assurer que toutes ces personnes survivent à la crise et souvent à l'avenir davantage protégés. Vous pourrez continuer à faire des dons, à vous exprimer et à faire campagne une fois que nous serons sortis de la pandémie, dans quelques mois ou semaines. Les travailleurs du sexe sont actuellement touchés par la distanciation sociale, mais il est probable que beaucoup continueront à éprouver des difficultés financières dans les mois qui suivront la fin de la pandémie, car les revenus de leurs clients seront également affectés.

Bien que les temps soient difficiles pour tous, il est aussi possible de se rassembler et de montrer son soutien et sa solidarité entre les différents professions. Comme le dit Alice Little: « Il est important que les gens se soutiennent pendant cette période. Il faut garder à l'esprit que beaucoup de gens souffrent. Ce n’est pas une situation propre à. Nous devons penser au-delà ».

Cet article fut initialement publié sur i-D UK.

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