Image extraite de la série « Lash Vegas » de Federico Berardi 

voici les 10 finalistes photo du festival de hyères

Pour sa 34ème édition, le jury du prix photographie du festival de Hyères, présidé par le photographe Craig McDean, a sélectionné 10 finalistes. On fait les présentations.

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31 janvier 2019, 11:44am

Image extraite de la série « Lash Vegas » de Federico Berardi 

Hubert Crabieres, France

CRABIERES Hubert Hyères

Hubert Crabières travaille à Argenteuil, et développe depuis 2013 une unique série, « La Pesanteur et la Grâce » - un titre emprunté à celui d’un recueil de pensées de Simone Weil, figure d’inspiration du photographe. Cet artiste entretient avec l’image et ses sujets, un dialogue particulier : « Mes photographies se situent toujours entre leur potentielle autonomie et leur inscription dans un ensemble qui redéfinit leur place », explique t-il. Une place mouvante que permet la mise en scène, notion chère à Hubert Crabières et base de chacune de ses photos. S'il devait correspondre à une figure de style, son travail se rapprocherait de la synecdoque : la mise en scène d’une seule image permettant de révéler toutes les autres.


Kerry J Dean , Royaume Uni

Dean Kerry Hyères

Diplômée du London College of Printing et toujours installée à Londres, Kerry J Dean découvre la Mongolie en 2005, un pays dont elle tombe immédiatement sous le charme. Elle y revient à plusieurs reprises et se met à documenter la vie d’éleveurs nomades dans le désert de Gobi. Désormais tournée vers la photographie de mode, elle continue de participer à des projets soulignant la nécessité d'une prise de conscience sociale et environnementale de l’industrie. Ses sensibles clichés noir et blanc marqueront d’ailleurs le projet i-Sustain, initié par i-D en 2011, explorant les relations entre mode et développement durable.


Tommy Kha , Chine - États-Unis

KHA Tommy

Tommy Kha embrassé par des inconnus dans la rue, statique comme un robot ; Tommy Kha dépossedé de son visage ; Tommy Kha aux côtés de sa mère qui ne sait toujours pas qu’il est homosexuel. Ce photographe d’origine chinoise et vietnamienne a grandi à Memphis, dans le Sud des Etats-Unis. Un environnement homophobe et raciste dont il propose des clichés, actuellement exposés à la Nouvelle-Orléans et à Charleston. Mais c’est sa singulière réflexion sur l’identité et ses complexités qui a interpellé le jury du festival de Hyères. « Mon corps est le lieu de récits contradictoires », dit-il. Tommy Kha n’a de cesse de se mettre en scène. Autoportraits ou création de fac-similés, voilà son visage reconstitué par les pièces d’un puzzle, matérialisé sous la forme d’un masque. Un masque apposé sur le visage d’un autre dont le corps deviendrait le sien. « Je est un autre », écrivait Rimbaud - une assertion qui sied on ne peut mieux au travail de Tommy Kha.


Hilla Kurki, Finlande

KURKI Hilla Hyères

La finlandaise Hilla Kurki est née en 1985, vit et travaille à Helsinki. Marquée par la mort de sa sœur, disparue à l’âge de 28 ans, elle crée la série « Of Loss and Lightness ». Des clichés qui la montrent nue – tout près de légères robes noires. « Je ne l’ai pas seulement perdue, elle, je me suis perdue moi. (…) En utilisant mon corps et les robes de ma sœur, j’examine la relation entre souvenirs et matérialités. Les objets peuvent-ils nourrir des émotions ? », se questionne t-elle. On ignore si le visage qui apparaît sur cette photographie (ci-dessus) datée de 2014 est celui de sa sœur. Reste un portrait à même de dire la sensibilité d’une artiste qui a trouvé dans son chagrin « un tremplin vers un nouveau devenir ». Elle poursuit aujourd’hui un travail alliant corps et textiles, présenté en novembre dernier à Paris Photo dans le parcours Elles sur la représentation des femmes dans la photographie.


Vincent Levrat , Suisse

LEVRAT Vincent

« Outburst » signifie « explosion ». C’est le nom du dernier projet du jeune photographe Vincent Levrat dîplomé il y a peu de l’École cantonale d'art de Lausanne. Parti d’un simple constat – « les terrains vagues sont des espaces de liberté » – il s’est engagé dans une immersion de plusieurs jours et nuits au milieu de nulle part. « J’ai décidé d’expérimenter la vie sur un terrain vague, de faire de cet endroit mon propre royaume, mon propre studio - un espace des possibles. » Loin de la technologie s’impose un mode d’existence simple, artisanal, propice à l’observation et à l’inventivité. Et puisque même quand il n’y a rien, il y a tout de même quelque chose, Vincent Levrat rassemble autour de lui pierres, morceaux de bois, de toile, pneus, avec lesquels il construit des sculptures mais aussi un fauteuil ou une fausse télé. Au travers de ces clichés, le terrain vague se transforme en terrain de jeu.


Alice Mann, Afrique du Sud

MANN Alice Hyères

Si la jeune photographe de 27 ans vit à Londres, elle n'a jamais rompu son lien à Cape Town, capitale sud-africaine dont elle est originaire. Son travail se fonde autour d'une importante recherche documentaire, abordant les subcultures, la féminité, la notion d’autonomie et l’appartenance socio-culturelle lisible à travers le vêtement. Remarquée par le New Yorker et The Guardian, sa magnifique série « Drummies » rassemble les portraits de petites filles, membres d’équipes de « tambour-majorettes » issues des communautés les plus marginalisées d’Afrique du Sud. Sport autrefois populaire, cette activité exigeante reste pour ces fillettes et leur famille, le moyen de rester fières et combatives, entre nostalgie et engagement. Une confiance vitale « dans les communautés où les opportunités pour les jeunes femmes sont souvent extrêmement limitées », explique Alice Mann.

Andrew Nuding , Irlande

NUDING Andrew

Les clichés de la série « There’s a Life in it Yet » de l’irlandais Andrew Nuding pourraient composer une sorte d’herbier de la mode. Motifs floraux, couleurs champêtres accompagnent les corps et les créations dans une atmosphère rafraîchissante et sensuelle. Oubliez les aplats froids qui composent les fonds de la plupart des photographies de mode. Celui qui a travaillé pour le magazine Dazed dès ses 19 ans, puis pour Jalouse, collabore aujourd’hui avec la talentueuse créatrice Simone Rocha. Arbres fruitiers et herbes folles mettent en valeur les tenues portées par des mannequins chaussées de bottes en caoutchouc ou de sandales fleuries, parfois une pelle à la main. Une beauté légère qui fait du bien aux yeux.


Jean-Vincent Simonet , France

SIMONET Jean Vincent Hyères

« Détruire les images, mixer les techniques, briser les conventions établies de la photographie, voilà ce qui m'intéresse. D'ailleurs, je me considère plus comme un peintre digital. » S'il fallait classer Jean-Vincent Simonet dans une catégorie d'artistes, il appartiendrait à ceux qui donnent un coup pied dans la fourmilière. iAperçu aux Rencontres d’Arles en 2016 et 2017, exposé en Europe, de Milan à Amsterdam, à l’Atelier néerlandais à Paris, il nous revient avec « In Bloom » et des photographies lavées aux produits chimiques, dans un élan toujours instinctif. Inspiré par un séjour à Tokyo et Osaka en septembre 2016, il a souhaité retrouver cette « métamorphose des formes que la ville, vivante, a prises pendant la nuit ». Une série où leurs couleurs fondent, où corps et décors, nature et artifice, poses et émotions se mêlent dans une « poétique de l’ excès », base des recherches du photographe fantasque, qui ouvre les portes d'une tout autre réalité.

Elsa & Johanna , France

Elsa Johanna Hyères

Difficile de passer à côté du jeune duo artistique composé par Elsa Parra et Johanna Benaïnous. Depuis leur rencontre, en 2014 sur les bancs de la School of Visual Arts de New York, ces deux esprits éclairés n’ont plus arrêté de créer. Après la série « A couple of them », elles poursuivent « Beyond the Shadows », une série initiée l’année dernière prolongeant leur vision singulière de l’autoportrait qui n’en est jamais un. Un travail de mise en scène et d’expérience de création qui permet à Elsa et Johanna d’incarner ce qu’il y a de plus vrai chez leurs personnages. « Au delà des ombres », la lumière à la chaleur rétro, les regards traversés par l'ennui, et peut-être aussi la conscience d'un ailleurs où s’échapper. Leurs personnages, une fois de plus, c’est nous, ou un des ces autres que l’on croise. Une invitation à repenser les identités et les appartenances sociales.

Federico Berardi, Suisse - Italie

BERARDI Federico Hyères

Dense, mystérieuse, d’un autre temps, la série « Lash Vegas » de Federico Berardi rassemble près de 1000 photographies de photographies – des clichés personnels réalisés par des soldats britanniques sur une zone de conflit en Afghanistan. Pendant plusieurs années, Federico Berardi a rencontré ces soldats réunis par la British Army à la station de ski de Verbier (Suisse) à leur retour du front, le temps de quelques semaines. À travers les photographies que ces hommes ont bien voulu lui montrer, Berardi fige leur rapport à la représentation de soi, à la virilité et à cet ailleurs désertique synonyme de guerre. En recouvrant les images d’un film noir, Federico Berardi confère à ces images une dimension claustrophobique saisissante.