on a tous envie de se faire tuer du regard par bonnie banane

Aujourd’hui, le rappeur et producteur suisse Varnish La Piscine sort « Le regard qui tue », véritable film audio dont vous ressortirez émerveillés – si vous survivez aux yeux de Bonnie Banane.

par Antoine Mbemba
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18 Janvier 2019, 12:20pm

Sans trop s'avancer, on peut dire que nous tenons là l'un des projets musicaux les plus originaux de 2019. Et cela ne surprendra personne qu'il soit né du cerveau de Varnish La Piscine, rappeur et producteur suisse membre de l'incontournable collectif SuperWak Clique (Di-Meh, Slimka, Makala pour ne citer qu'eux). Après un premier projet, Escape (F+R Prelude), qui démontrait déjà toute la virtuosité de son répertoire, Varnish revient avec Le regard qui tue, plus conceptuel encore. Un « film auditif », comme il l'appelle lui-même, qui tient sur ses épaules, celles d'une muse (Bonnie Banane) et d'un pote, Rico TK, rappeur suisse anglophone lui aussi membre de la SWC.

Comme tous ses potes Helvètes, Varnish n'est pas avare en alias : il s'appelle aussi Pink Flamingo, Jephté Mbisi, Fred Koriban... Pour cette nouvelle aventure il prend les traits de Sydney Franco, un inspecteur qui tombe amoureux d'une femme au regard qui tue, et qui finit par se tuer elle-même en se regardant dans un miroir. Bonnie Banane est donc cette femme, une gangster au doux nom de Gabrielle Solstice (vous l'avez ?), et Rico TK est Angel de Jesus, reporter au col du trench remonté. Si l'on en croit Varnish, le casting est tombé sous le sens : « Toutes mes idées sont arrivées quand Bonnie m’a regardé dans les yeux ! Et Rico… c’est Rico... c’était inévitable. »

« Bonnie est méga originale. Sa manière de parler, ses conseils, ses moves (elle a une danse trop louche, il faut la voir…), elle capte tout c’est abusé. C'est comme ma grande sœur. Avec Rico, on a à peu près les mêmes centres d’intérêt. On peut exploser la terre avec nos cerveaux, j’en suis sûr. » Il fallait cette convergence de talents pour créer Le regard qui tue, le tout guidé bien sûr par la créativité débridée de Varnish. « Dans ma vie en général, je n’ai pas trop de limites. Je fais constamment des sauts dans le vide sans penser à l’atterrissage. Je pense que c’est dans ces moments-là que le "vrai toi" ressort. »

Mais ne vous méprenez pas, derrière le concept il y a un disque - un excellent disque où jamais la trame ne vient limiter l'écoute. Il faut saluer l'exploit : monter un projet musicalement cohérent avec une narration précise, du propre aveu de Varnish, « c’est chaud. Tu as plein d’idées qui te viennent en tête, tu veux tout mettre mais ça devient un bordel pas possible. Tu te demandes comment tu vas t’en sortir et là POUF, Bonnie t’aide à rendre les choses plus logiques. Mais j’ai quand même gardé des trucs qu’elle trouve louche. »

« Cette histoire n’est pas une histoire, cette histoire est une expérience, » précise-t-il sur « Somewhere in Monaco… », l'introduction. Une expérience où la funk se mêle au rap, les sons West Coast discutent avec la Suisse, des discussions tranchent la musique, Makala s'invite le temps d'un morceau, Bonnie fait à peu près ce qu'elle veut de sa voix, pareil de Rico et son flow nonchalant, Varnish a l'air de s'amuser comme un gosse et nos trois héros se retrouvent le temps de l'hilarant et groovy « DAFT PUNK.. Interlude ». On y retrouve finalement toute la « famille » de Varnish : « Pharrell, mon papa. Tyler, mon grand frère. Jamiroquaï, mon oncle, Hitchcock et plein de B.O des années 60 avec des beaux accords qui touchent le fond de mon petit cœur fragile. »

Alors allez regarder Bonnie Banane dans les yeux. Ça vous tuera peut-être mais ça vaut le coup.

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