pourquoi le rap français est obsédé par le japon ?

i-D et Asics sont partis à la rencontre de la nouvelle génération du rap français, celle qui rêve de mangas, de Tonkatsu, de sabres japonais et qui a fait de la paire d'Asics son uniforme. La mythique marque de baskets japonaise fête les 30 ans de sa...

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nov. 29 2016, 9:55am

Sidi Sid (crew : Butter Bullets)
NTM

« C'est l'animation genre Toei qui m'a fait rêver quand j'étais gosse, mais surtout Akira et son esthétique de néons et de vitesse. Quand les billets d'avion sont devenus abordables, je me suis bougé et j'ai trouvé ce que je voulais là-bas. Ils ont gardé ce que l'Amérique faisait de mieux en vrai : leurs jeans parfaits, leurs friperies, leurs shops de jouets... J'aime m'y perdre, j'y vais chaque année depuis 6 ans, je suis vraiment fan de Tokyo et surtout d'un quartier qui s'appelle "Nakano Broadway". Il y a un genre de mall de 5 étages dédié aux toys d'époques genres 80/90's, tu trouves aussi de vieux magazines de cul incroyables ou encore des affiches de La Boum en Jap, c'est malade, j'y ai bu un coca chaud un jour... Tout y est fou, que ce soit les ramen au yuzu ou encore Halloween avec des gens déguisés en "Instagram"... Sinon mon avis sur le rap et le Japon c'est que les mecs y vont 3 jours pour tourner un clip de touristes ultra cliché tels des bons fans de Dragon Ball, c'est triste en vrai, ça prouve encore une fois que le rap français ne cherche pas plus loin que le bout de son nez. Par rapport aux paires d'Asics, depuis la Kayano 21, elles sont devenues les nouvelles TN, les fameuses Requins, version 2016. Elle est aussi bien portée avec un tracksuit à Châtelet que dans les défilés sur un pantalon Raf Simons, vendue chez Foot locker, Broken Arm, Colette... C'est une paire très française, un truc que le reste du monde ne comprend pas encore, ce truc vraiment Ile de France qui fait partie de "l'uniforme" de la rue de 2016 ! Je pense que c'est aussi une histoire de confort, j'ai porté énormément de Nike mais quand j'ai enfilé mon pied pour la première fois dans une Kayano 22, à Tokyo, il s'est vraiment passé un truc.»

Beny Le Brownies
Bonbon

« Y'a une question de génération : plein de mecs de mon âge se mettent à se remémorer les mangas de leur enfance. Perso j'étais à fond sur les mangas sportifs, vu que je jouais au foot, j'étais fan d'Olive et Tom, même Jeanne et Serge. Mais mon vrai lien, c'est autre chose : les sapes. Je suis Congolais, mon père était sapologue et toute mon enfance je l'ai vu s'habiller avec des trucs extraordinaires. Il adorait les grands stylistes japonais : Issey Miyake, Yohji Yamamoto... Il y a cette connexion un peu inattendue entre nos deux pays. On aime beaucoup les couleurs, même moi. Bon là je suis venu super sobre pour pas faire le fanfaron (sourire). Plusieurs fois, des artistes congolais sont partis jouer au Japon, et il y avait un public pour eux. Même dans l'état d'esprit, sur l'innovation, le design. Au Congo forcément on n'a pas trop les moyens mais en termes de créativité, ça nous rapproche beaucoup. Moi je me suis pas mal reconnu dans les goûts des Japonais, leur façon de porter les sapes.»

Beamer
Ohayô

« Moi je suis moitié Japonais moitié Français, je baigne dans ça depuis petit. J'y vais une fois par an. Ma mère nous lisait pas des comptines, plutôt des mangas ! Aujourd'hui je parle japonais. Forcément ça influence ce que je fais dans le rap. Cet été j'ai tourné un clip à Osaka, ma ville. Ce qui est bien avec les Japonais c'est que quand ils se mettent dans un délire ils vont jusqu'au bout. Pour le hip-hop, ils ont des trucs archi OG, des baggys, des t-shirts XXL, je kiffe les voir. Là-bas le rap reste assez underground, c'est pas très courant, disons que tu as la masse, les working men, et les gens un peu marginaux. Parmi eux, t'as des gens hip-hop, mais c'est vu d'un mauvais oeil. Ils disent "furyo" là-bas, ça veut dire racaille, c'est comme tout ce qui est tatouage, c'est archi mal vu. Dans mes textes, j'essaie de représenter mon côté japonais, ma ville Osaka, que je connais hyper bien. Là-bas je suis H24 en train de traîner dans la rue, chercher des nouveaux bails, des trucs posés. Je vais souvent au quartier américain de la ville, Amerikamura. Sinon en termes d'influence, pour le coup c'est classique, je suis très manga. Death Note c'est mon préféré. Dans les trucs nouveaux il y a Tokyo Ghoul qui m'a fait kiffer, assez lourd, un délire archi-sombre, loin des mangas pour enfants. Et aussi Black Lagoon, sur l'univers des mafias.»

Fvrtif (crew : BKFSHiT)
Nuit

« J'aime bien les Japonais. Dans le flow, le style, et dans... tout le reste. C'est ça qui me plaît. Je compte voyager là-bas, obligé. Niveau son, j'ai surtout écouté Kohh, mais sinon je ne connais pas trop. Après je peux lâcher des références manga dans mes textes, mais bon. J'adore Death Note, juste après One Punch Man, parce que j'ai toujours attendu qu'un mec, que ce soit dans un film ou autre, ait cette capacité de tuer en un seul coup. Sinon il y a Hajime no Ippo, aussi. Là j'ai un Kunai de Naruto autour du cou, mais je le place pas au-dessus de DBZ, pour rentrer dans ce débat. L'esthétique du Japon peut m'influencer, dans le clip Nuit, j'ai tourné dans un quartier japonais de Paris. Les néons, les grosses écritures... Et aujourd'hui j'ai découvert que je ressemblais physiquement à Mathias dans Lucile, Amour & Rock n' roll, mais c'est une coïncidence totale ! (rires).»

Zuukou Mayzie (crew : 667)
Gucci pour les putas

« Je suis pas un Otaku, mais j'aime assez la culture japonaise, les animés, mais aussi le son. Nujabes, j'ai franchement pas mal écouté ça dans ma life et c'était cool. J'ai une petite fascination pour les sabres japonais grâce à Hattori Hanzo, le forgeron de génie de Beatrix dans Kill Bill Volume 1. J'apprécie la sape japonaise, j'aimais bien Bape, mais maintenant c'est plus du tout mon truc, pareil pour Comme Des Garçons. Je continue de respecter la qualité quand même. Niveau artistique j'ai suivi pas mal le Studio Ghibli, Miyazaki a un univers génial. J'aimerais y aller prochainement, histoire de connecter un peu avec les Japonais, voir s'il y a des trucs à faire. Ah j'allais oublier : Teriyaki Boyz ! À l'ancienne de ouf, j'écoutais à l'époque où Kanye était pas encore cinglé. Ils avaient fait du bon son ensemble, ce groupe était fort. J'aime bien Nigo quand même... même s'il a créé une marque que je mettais avant et qui maintenant est portée par tout le monde, ça a un peu tué le truc. Y'a plus vraiment de mérite à porter du Bape.»

Cheu-B (crew : XV Barbar)
UCHIWA Freestyle

«Je kifferais connaître le Japon. Leur culture m'intrigue : les couleurs, le style, même l'architecture, ils font rien comme personne, c'est un autre concept. J'aime bien leur délire, l'importance du respect, le calme. Pour moi, t'arrives au Japon, tu es sur une terre "de paix", presque. Mais j'aime bien le style des yakuzas aussi. Tout en noir, chemise... C'est chaud de devoir se couper un doigt à chaque connerie, mais c'est un choix, normalement quand t'es dans ce truc, c'est tout pour le gang, t'as pas droit à l'erreur ! Ils te forcent pas à les rejoindre, c'est toi qui l'as voulu. En vrai les Asics, je me rappelle, l'année dernière, si t'avais pas ta petite paire, ça allait pas. Tu pouvais même sortir le petit ensemble survet (même rose) assorti à la paire, ça passait. Plein de gens l'avaient. À part ça, mon rapport avec la culture japonaise ? C'est que je suis un jeune Uchiwa, t'as capté ? Itachi, Sasuke, c'est tout. Ces personnages, ce sont mes frérots. Déjà j'aime bien tout ce qui est manga, mais eux, ils sont dans leur monde, seuls… Même dans l'Akatsuki, ils sont toujours seuls. One Piece, cool, mais je me prends pas pour Luffy. C'est une vraie matrice les mangas, une source d'inspiration. Je crois franchement que presque tous les rappeurs français ont fait référence à un manga au moins une fois.»

Asics Gel fête ses 30 ans ici.

Credits


Texte : Yérim Sar
Photographie : Léo d'Oriano
Remerciements à Makido et O'Sushi Avenue Jean Jaurès, Paris 19