les 18 films qui feront (notre) cannes

i-D est partenaire de la Quinzaine des Réalisateurs de cette 70 ème édition du festival et sera sur la croisette pour vous donner des nouvelles cannoises. Pour vous, voilà les films qui feront notre Cannes.

par Malou Briand Rautenberg
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17 Mai 2017, 10:45am

À Cannes, on fête le méta-méta-cinéma

Certes, le préfixe grec le plus intello de la langue française se traduit à l'international. Mais l'histoire l'a prouvé, le cinéma français excelle dans l'art de se regarder faire. On a même donné un nom à ce méta-cinéma : la Nouvelle Vague, le courant cinématographique d'avant-garde qui avait anticipé notre irrépressible besoin d'appuyer sur la fonction reverse de l'iPhone et de s'auto-analyser. On s'étonne donc peu, vu la cote que ses pionniers continuent d'avoir sur Instagram, que quelqu'un se soit penché sur un des maîtres en la matière et digne créateur du Mépris (ultime incarnation de la mise-en-abîme sur grand écran) : Jean-Luc Godard. Le biopic est signé Michel Hazanavicius (un habitué du genre depuis The Artist, le film qui racontait le passage du muet au parlant au cinéma, auréolé d'un Oscar). Il s'appelle Le Redoutable et revient sur la naissance du mythe Godard, incarné par Louis Garrel. La jeune Stacy Martin rejoue sa muse et compagne d'un temps, Anne Wiazemsky. En gros, c'est un film qui raconte l'histoire d'un mec qui fait des films qui parlent de films - génial, non ?

Mais le méta s'incarne aussi chez Arnaud Desplechin qui ravivait en 2014 nos souvenirs de (ma) jeunesse avec son conte éponyme. Le réalisateur ouvre les festivités cannoises en présentant son dernier film, Les Fantômes D'Ismaël. Et il file la mise-en-abîme en offrant à son acteur fétiche, Mathieu Amalric, le rôle d'un cinéaste qu'un premier amour (Marion Cotillard) vient hanter à la veille d'un tournage. Sa femme (interprétée par Charlotte Gainsbourg) le verra d'un mauvais oeil - on connaît l'adage : les histoires d'amour finissent (souvent) mal chez Desplechin.

On recrée la femme

Roger Vadim a beau l'avoir canonisé en 1956 avec le classique Et Dieu Créa la Femme, on est en 2017 et il n'est jamais trop tard pour recréer la femme sur grand écran. Chez Sofia Coppola, déjà : la réalisatrice de Virgin Suicides s'est emparée d'un épisode sombre de l'histoire américaine, la Guerre de Secession. Les Proies, remake de l'éponyme film de Don Siegel, renverse les rôles en offrant les premiers aux femmes. Coincées dans un pensionnaire ultra-strict de Virginie et au XIXème siècle, Kirsten Dunst, Elle Fanning et Nicole Kidman se déchirent l'amour d'un soldat blessé qui vient raviver quelques secrets bien gardés.

On rencontre des extraterrestres sexy

On peut tout attendre d'un homme comme John Cameron Mitchell qui a choisi, un jour d'octobre 2006, de révéler au public un film où la baise sert de matière principale au scénario et ce, malgré l'apparente candeur de son titre, The Shortbus. Surtout qu'il fasse un film sur des femmes extraterrestres (coucou Elle Fanning et Nicole Kidman) et des mecs qui galèrent (forcément) à les accoster en soirée. Faire la cour à des aliens dans le Londres des années 1970, c'est le pitch de How to talk to girls at parties. Et ça commence bien.

Et même des sorcières

Jeanne d'Arc est une icône. Chantée par les Smiths et Arcade Fire, la captive s'est retrouvée dans les bras de l'extrême-droite française qui l'agite et la proclame à tout va (elle a bouté les anglais hors de la France, hourraaaa !!!). Rien n'échappe à la réappropriation, on l'aura compris. Il fallait donc beaucoup d'audace, de courage et d'imagination pour en faire le personnage principal d'un film et l'inviter à Cannes. C'est Bruno Dumont qui s'y colle et ce n'est peut-être pas une mauvaise nouvelle. L'enfant terrible du cinéma français (auteur des sublimes P'tit Quinquin et l'Humanité) rend ses lettres de noblesse à la pucelle d'Orléans dans Jeannette, L'enfance de Jeanne d'Arc. Un récit qu'il a voulu musical et sauvage, à l'image de son casting. Histoire de redonner un peu de prestance et de beauté au mythe le plus incendiaire du récit national.

L'autre cinéaste à s'atteler aux sorcières est originaire de Zambie. Elle s'appelle Rungano Nyoni et raconte l'histoire d'une fillette accusée de sorcellerie par les membres de son village natal et jugée pour ses prétendus crimes. L'occasion au passage de révéler le talent de la très jeune Maggie Mulumbwa dans le premier rôle d'I Am Not A Witch, qui résonne comme une imprécation à laisser les femmes tranquilles.

On se met au court à défaut de se mettre au vert

L'empreinte carbone du festival de Cannes ? On repassera pour l'écologie. En revanche, la fête du cinéma est une très belle occasion de se mettre au court et de plonger en eaux troubles, le temps de quelques minutes. Chez Kristen Stewart, d'abord, puisque la jeune actrice, passée sous la caméra des réalisateurs les plus brainy de la décennie (Assayas, parmi eux, avec le merveilleux et mystique Personal Shopper) s'est mise à la réalisation. Elle signe l'énigmatique Come Swim, l'histoire d'un homme filmée comme une impression Soleil Levant.

Si on se laisse séduire par le format court, il faut aller jeter un oeil à la dernière création du couple le plus aventureux du cinéma français, j'ai nommé Jonathan Vinel et Caroline Poggi. Le duo révélait il y a quelques années un premier ovni cinématographique au titre à rallonge Tant qu'il nous reste des fusils à pompes. Il abordait pêle-mêle le suicide, l'amitié et l'amour fraternel. Aujourd'hui, Vinel et Poggi présentent un format court, After School Knife Fight. Sur fond de paysages oniriques, le public assiste à la séparation d'un groupe d'apprentis-rockeurs juvéniles et au passage douloureux de l'enfance à l'âge adulte - avec une batterie de jeunes acteurs à suivre.

On retrouvera ces hésitations à grandir chez Yann Gonzalès qui révèle après Ses Rencontres d'Après Minuit son dernier court-métrage poétique Les Iles. La jeunesse qu'il filme est en plein labyrinthe amoureux et érotique.

On s'empare des sujets qui fâchent

Le nom de Robin Campillo vous est peut-être inconnu. Et pourtant, le scénariste français a orchestré l'écriture de quelques très beaux films (Maryland d'Alice Winocour, Planétarium de Rebecca Zlotowski, et l'Atelier de Cantet, lui aussi présent à Cannes). Il signe pour cette soixante-dixième édition un troisième long-métrage en son nom et au BPM aléatoire, 120 Battements par Minutes. C'est la France des années 1990 qui retient son attention et plus particulièrement l'ascension fulgurante du sida sur le territoire hexagonal. Mais il est aussi question d'amour, d'amitié et de fraternité autour de deux militants d'Act Up qui s'épaulent et joignent leurs forces.

La jeune-garde sacrée par la sélection ACID cette année s'est laissée emporter par la fougue et la colère d'une certaine jeunesse française. Mariana Otero a posé sa caméra place de la République en mars dernier pour enregistrer les pulsations de Nuit Debout. Elle en a tiré un documentaire, L'Assemblée, ultime témoignage d'une nouvelle forme de démocratie.

On donne la parole à ceux qu'on n'entend pas...

On se souvient de Tangerine. Son esthétique hors-normes, ses personnages transgenres et son audace technique (le film était entièrement filmé à l'iPhone). Son réalisateur revient bousculer notre idée de l'American Dream avec The Florida Project. Derrière ce titre mystérieux se cache l'histoire d'une bande de kids livrés à eux-mêmes dans un motel de Disney World, banlieue trouble et pauvre des States. Sean Baker continue de s'intéresser aux laissés pour compte outre-Atlantique. Et ça nous fait le plus grand bien.

Celui qui a toujours préféré voir le monde en face pour mieux l'imprimer sur sa pellicule est à l'honneur à Cannes pour présenter son dernier documentaire 12 Jours. Après son périple en caravane dans les campagnes françaises, Raymond Depardon est parti rendre visite, caméra au poing, aux personnes hospitalisées en psychiatrie et jugées sans leur consentement. Un rappel à la réalité qui n'est jamais dénué d'humanisme, ni d'humilité.

Plus actuelle et brûlante encore, la crise des migrants aura cette année inspiré les cinéastes : Kornél Mundruczó, Hongrois, a choisi de dédier La Lune de Jupiter en compétition officielle, à l'histoire d'un jeune migrant qui découvre qu'il a le pouvoir de léviter - ou de disparaître, on ne sait pas trop.

Mais aussi à ceux qui ne veulent rien voir ni rien entendre...

Comment réagit-on « devant la douleur des autres » comme l'écrivait Susan Sontag ? Chez Michael Haneke (Le Ruban Blanc, La Pianiste, Amour...) on ne réagit pas. En tout cas, pas dans son Happy End à double tranchant. Le réalisateur palmé y dresse le portrait d'une famille bourgeoise du nord de la France (incarnée par Isabelle Huppert, Matthieu Kassovitz et l'iconique Jean-Louis Trintignant) qui refuse de regarder l'autre réalité qui se joue sous sa fenêtre : celle des migrants. Portrait noir mais malheureusement très réaliste de notre société.

... Et de ceux qui finissent par ne plus voir du tout

Le cinéma rendrait-il aveugle ? Ou peut-être est-ce 2017 qui pousse les personnages à ne plus voir. Après Still The Water et Les Délices de Tokyo, la réalisatrice japonaise revient enchanter le monde moderne à sa manière en présentant Vers La Lumière. A travers cette fable amoureuse, Naomi Kawase dissèque les lois de l'attraction physique entre une femme éprise d'écriture et un photographe dont la vue vient à manquer.

Sa bande-annonce est un électrochoc de beauté, de poésie et de bienveillance à l'égard de la jeunesse. Nouvelle venue sur la scène cinématographique française, Léa Mysius, diplômée de la Fémis, dévoile Ava, son premier long-métrage. Un conte solaire et sensuel incarné par une adolescente (interprétée par la jeune Noée Abita) qui s'apprête à devenir aveugle. Sa mère veut qu'elle passe un été inoubliable, elle, se laisse aller à la dérive en terres inconnues. Elle s'entiche d'un mystérieux chien noir, apprivoise son premier amour et se métamorphose en femme des sables - une héroïne des temps modernes, en phase avec les tumultes de notre époque.

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg
Photographie : Ava de Léa Mysius, Bac Films

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