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natas3000, le skateur préféré du nouveau rap français

À tout juste 20 ans, Thomas Gouillon inscrit le rap dans une nouvelle dimension en réunissant les influences les plus contradictoires au sein des clips qu'il réalise. Di-Meh, Summum Klan, Luni Sacks : bienvenue dans le rap du futur, schizophrène et...

par Malou Briand Rautenberg
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19 Avril 2016, 4:30pm

"Ma découverte du rap, je la dois au skate." Rien qu'avec cette phrase et du haut de ses 20 ans, Thomas intrigue. À l'image de Natas3000, nom qu'il emprunte pour signer ses vidéos, le mec est un peu dans le futur. Depuis 2 ans, il réalise les clips de dizaines de crews de rappeurs français, bien décidés, malgré leur âge, à s'imposer dans le paysage musical actuel. Nous, on a découvert ses vidéos en fouillant sur YouTube. Un pote de ma petite sœur m'a filé son vrai nom, Thomas Gouillon. Mais peu importe, tout le monde l'appelle "Natas".

Depuis tout petit, Natas arpente les skateparks d'Annecy, sa ville natale, caméra VHS en main, pour immortaliser ses journées passées à rider avec sa bande de copains. "Au début, la vidéo, c'était un truc de potes. Et très vite, on s'est tous intéressés à d'autres univers que le skate : la photo, la musique, la vidéo…" Ensemble, ils lancent le collectif Cinquième Terrasse, produisent des vidéos, organisent des contests, collaborent dans le fanzine du skateshop local, ABS, avec une seule ambition inspirée du travail de Fred Mortagne, photographe et vidéaste que Thomas n'hésite pas à citer : étendre la pratique du skate à l'art, au sens le plus large qui soit. Peu de temps après, Natas rencontre Beny le Brownies et Luni Sacks, deux copains habitués des skateparks qui commencent sérieusement à rimer : "C'est eux qui m'ont convaincus de me lancer dans le clip".

Depuis, Natas3000 trimballe sa caméra et son esthétique dans le paysage du rap français émergent : Di-Meh, Summumklan, Le Club… Chacun de ses clips est filmé à la VHS. Son grain, célèbre dans la culture skate s'infiltre dans le rap et renoue avec l'esthétique initiée par le gang de Kourtrajmé, qui façonnait l'identité de Mafia K1 Fry au début des naughties. 

Sauf que chez Natas3000, la violence se passe de grands discours, elle est uniquement visuelle : fish-eye, soubresauts, caméra au poing, tout sert la sensibilité d'un rap toujours plus ancré dans la réalité quotidienne. Sans distance ni message à faire passer, sinon celui de la rue. "Je filme à l'instinct, sans calcul ni mot d'ordre. C'est une question de feeling. On fait de brefs repérages avec les rappeurs, on croise des spots qui nous parlent, et puis on y va." Normal que ses clips transpirent la légèreté et l'insouciance des années 1980. Son esthétique est à l'image des crews de rap qui se montent en ce moment : DIY, éclectiques, touche à tout. Pour Thomas, les imaginaires de la culture skate et du rap n'ont rien de contradictoires. Ils sont même de plus en plus proches : "Même dans le vestimentaire, le style des rappeurs a beaucoup changé ces dernières années : ils sont beaucoup plus influencés par l'esthétique du skate. Les univers se côtoient et dialoguent entre eux, c'est beaucoup moins fermé et exclusif qu'avant." La preuve, les rappeurs que Thomas filme n'ont plus rien des gangsters solo dans leur tour d'ivoire : silhouettes stylisées, punchlines trash et acérées, Di-MehBeny le BrowniesLe Club, le crew de Summum Klan, trainent en bande et sillonnent les rues d'un Paris désert, éclairé au néon, à quelques centimètres de la caméra.

Cette absence de distance entre les rappeurs et lui ne l'empêche pas de prendre du recul sur son parcours et de voir encore plus loin : "J'espère pouvoir partir et voir ce qu'il se passe ailleurs. Pour l'instant, le rap reste très parisien et c'est dommage. Sur Lyon, les mecs commencent doucement à se faire connaître. Mon pote, Luni Sacks, va devenir très puissant, par exemple."

Des projets ? Thomas en a plein : cette semaine, il est à Paris pour réaliser le dernier clip des Tontons Flingueurs, un crew de Paris Nord qui l'a contacté spontanément sur Facebook. "À la fin du mois, je reviens pour tourner le nouveau clip du Club. Ils ont fait plus de 100 000 vues sur leur premier clip." Un rêve ? "Continuer à réaliser plein de clips. Dans le futur, j'aimerais bien avoir le style de Wes Anderson. Faire des clips avec son esthétique, ce serait fou. Mais je me laisse un peu de temps pour parvenir à tout ça." On ne s'en fait pas trop pour lui : un mec de 20 ans qui emprunte aux univers les plus opposés pour en faire un truc beau a forcément tout compris au rap en 2016 - et donc à son époque. 

@Natas3000

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg

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