punk, mafia et avant-gardes : naples en 1980

À Naples, dans le tumulte politique qui a frappé l’Italie des années 1980, le club punk Diamond Dogs est devenu le point de ralliement d'une jeunesse rebelle, créative et avant-gardiste. Le photographe Toty Ruggieri a passé trois ans à immortaliser le...

par Mattia Ruffolo
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11 Mai 2017, 2:20pm

De 1984 à 1987, Toty Ruggieri, alors étudiant aux Beaux Arts de Naples, a passé ses nuits de débauche à photographier son lieu de prédilection, le club punk Diamond Dogs. Une décennie très intense pour l'Italie du Sud : les années de plombs touchaient à leur fin, tandis qu'une large partie de la jeunesse trouvait refuge dans la consommation d'héroïne mettant à mal toute une génération d'activistes (comme il fut le cas peu de temps avant aux État-Unis avec l'arrivée du crack et l'addiction qu'il générait). C'est au milieu de ce tumulte que des « tribus urbaines » comme les paninari, les néo-romantiques, les métalleux et les post-punk ont connu leur avènement. Alors que Naples faisait face à l'urgence sociale et à une catastrophe structurelle sans précédent, des artistes, musiciens et écrivains se sont lancés dans une révolution culturelle à petite échelle. De cette révolution est né un nouveau clan, les « Sauvages Napolitains », comme les appelaient les médias de l'époque. Une jeunesse immortalisée par Toty Ruggieri entre les murs du Diamond Dogs.

À Cavone San Gennaro, dans le quartier de Rione Sanità, une porte en fer rouillée donnait accès à un escalier escarpé et reliait le monde du Diamond Dogs au reste de la ville. Dans le fond du club on trouvait une cabine de camion transformée en salle de contrôle dans laquelle des réalisateurs amateurs et des acteurs imaginaient le futur et se ruaient tous les soirs pour laisser libre cours à leurs élans avant-gardistes, transgressifs et politiques. La plus grande salle du Diamond Dogs, dont les murs étaient couverts de graffitis, étaient celle qui accueillait les concerts, les expérimentations théâtrales et les performances. Le lien étroit à la non-binarité notamment initiée par David Bowie était un des éléments essentiels à la culture du club, le reflet d'une nouvelle génération assoiffée de changement et érigeant de nouveaux modes d'expression.

Le style vestimentaire, l'imagerie et l'attitude de ces tribus napolitaines était très similaires aux contre-cultures punk qui s'étaient répandues en Europe à la même époque - mais l'histoire du Diamond Dogs est unique, tout comme les évènements socio-politiques qui ont frappé Naples dans les années 1980. L'instabilité économique et la versatilité politique italienne ont attiré l'attention des artistes avant-gardistes de l'époque qui, intrigués par l'explosion culturelle napolitaine, ont souhaité se nourrir de l'énergie qui animait la ville. Jannis Kounellis, Joseph Beuys, Hermann Nitsch, Peter Kubelka ou Andy Warhol, tous sont venus à Naples pour découvrir cette scène et le Diamond Dogs était un passage obligatoire dans la découverte de cette explosion de créativité expérimentale. Heureusement, Toty Ruggieri était là pour immortaliser toute cette époque. 

Credits


Texte Mattia Ruffolo
Photographie Toty Ruggieri

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