bonne nouvelle ! les anglais sont toujours aussi punk

De Londres à Liverpool en passant par Margate, le photographe Owen Harvey a sillonné le pays et immortalisé les punks et Mods de 2016 – parce que oui, ils existent encore.

par Giulia Mutti
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20 Avril 2016, 5:15pm

Les réseaux sociaux ont rendu tous les trucs les plus improbables du monde accessible. Pourtant, les contre-cultures existent et résistent encore. La gentrification à l'œuvre les rend d'autant plus marginales. Photogéniques, hédonistes, anti-conformistes, les Mods et les skinheads ne meurent jamais.

Le photographe londonien Owen Harvey, un genre de Derek Ridgers de la génération Z, s'est donné pour mission de documenter les contre-cultures en 2016 : il est parti à Londres, Brighton, Blackpool, Liverpool, Margate. Si ses séries de jour et de nuit, Mods UK et Skins répondent à deux esthétiques bien définies, elles présentent toutes les deux la face cachée d'une Angleterre complètement déjantée. Pour célébrer le lancement de son exposition à la galerie Warrington ce mois-ci, on a discuté avec Owen des contre-cultures, de ses inspirations et de l'avenir de l'Angleterre. 

Qu'est-ce qui t'a poussé à t'intéresser à ces contre-cultures ?
Ça s'est fait très naturellement. Avant je jouais dans un groupe, et la musique fait partie intégrante des contre-cultures. J'ai toujours été fasciné par les skinheads et les Mods, parce qu'ils ont un vrai style hyper reconnaissable - en termes vestimentaires, musicaux... l'idée d'appartenance en tant qu'être humain à une communauté m'a toujours intrigué.

Comment as-tu rencontré les modèles qui sont sur tes photos ?
Je connaissais un mec à l'école qui était bien ancré dans la scène Mod et j'ai pensé que le recontacter serait une bonne idée. La première fois que je me suis retrouvé à une soirée Mod, j'ai halluciné. C'était une expérience incroyable, surtout venant d'un outsider comme moi. Les gens dansent, vraiment, jusqu'à 6 heures du mat' minimum. 

Pour les skinheads, ça s'est fait différemment. On m'avait demandé de photographier un skinhead à un événement Fred Perry. J'ai passé la première journée à boire et à m'intéresser à son groupe de potes. Aujourd'hui, ce sont tous des amis à moi. L'inspiration n'a cessé de monter au fur et à mesure que je photographiais des skinheads dans les rues. Ils ont tellement d'énergie que je me suis senti attiré, comme un aimant. L'énergie, c'est vraiment contagieux, que ce soit dans la danse, le style, ou la mentalité.

Les skinheads ont une réputation plutôt sulfureuse voire mauvaise. Quel est ton avis sur la question ?
De mon côté, je n'ai jamais rencontré de problème en les photographiant. Je dirais même qu'ils ont été plus gentils, ouverts et bienveillants que la plupart des gens que je croise en soirée. Parfois, les gens tiennent des discours complètement incohérents et infondés sur les mecs qui sont sur mes photos et puis quand ils apprennent à connaître l'histoire de ce mouvement, son héritage, ils changent d'avis très vite. 

Qu'est-ce qui t'intéresse le plus, quand tu prends le portrait de quelqu'un ?
Leur appartenance à un mouvement se lit sur leur visage. J'espère que mes portraits reflètent cet héritage auquel ils tiennent.

Tes portraits des skinheads sont très intimistes...
J'ai passé pas mal de temps avec eux, le weekend, dans leur appart... c'est peut-être pour ça que mes images reflètent cette intimité. C'est instinctif, je n'ai pas réfléchi. Ça doit être de l'ordre de l'inconscient.

Où as-tu rencontré tes meilleurs modèles ?
Je dirais Londres, Brighton, Blackpool, Liverpool... Et plein d'autres villes en fait. Les Mods les plus intéressants sont souvent à Londres. La scène skinhead est plus éparpillée donc c'est difficile à dire. 

Quel message souhaites-tu délivrer à ceux qui vont voir tes photos ?
J'espère que mes images permettront à ceux qui ne connaissent pas ces contre-cultures de les appréhender au mieux. J'ai l'impression que toutes les contre-cultures méritent d'être documentées avant leur disparition. Je n'ai pas l'intention de délivrer un message particulièrement politique, il est juste bienveillant. 

owen-harvey.com

Credits


Texte : Giulia Mutti
Photographie : Owen Harvey

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