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la mode parisienne serait-elle devenue prude ?

Parade virginale chez Balenciaga, Dior et ses lignes éthérées, Loewe et ses sièges enveloppés dans du film alimentaire : de quoi a peur la mode française ? Certainement pas du blanc.

par Anders Christian Madsen
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03 Octobre 2015, 10:00am

Kanye West et Virgil Abloh doivent être heureux : le blanc clinique à la Margiela qu'ils affectionnent tant était de tous les événements. Une obsession globale pour une pureté sublime mais impossible, le ton était donné. Au défilé Off-White de Virgil Abloh mercredi, tout - des murs au bancs - était blanc clinique, comme une grande partie de sa collection d'ailleurs. Chez Margiela, comme d'habitude, les attachés de presse nous ont accueillis en blouse immaculées. Chez Dior, sous l'immense dôme tapissé de lilas, une pureté presque glaciale (malgré les fleurs) émanait du décor. Clinique ? Pas vraiment. Cette obsession pour le blanc exprimait le nécessaire retour à un idéal de pureté. Utopique donc. 

Christian Dior spring/summer 16

Chez Dior, les dentelles victoriennes badinaient avec les lignes plus masculines du tailoring. La tension entre l'innocence des gentilles jeunes filles bien élevées et la sexualité sous-jacente suggérée par toutes les références religieuses. Même si à Paris, personne ne refoule vraiment ses désirs, la pureté de Raf Simons - si blanche, si éthérée donc si transparente - n'était finalement pas si innocente. 

Christian Dior spring/summer 16

En guise d'adieux, Alexander Wang pour Balenciaga a imaginé une parade en lingerie. Un chant du cygne plutôt joyeux finalement. "Je voulais jouer avec le romantisme et la sensualité, m'amuser là où l'on ne m'attend pas, et essayer de faire quelque chose de différent. Balenciaga est une maison d'innovation prescriptrice. Mais j'ai essayé de me concentrer sur l'aspect très simple et humble du vêtement, comme le lin, le coton, le satin et la soie. Et de leur donner un twist couture. Des froufrous, de la dentelle, des plumes. On voulait de la pureté!" Le lieu du défilé ressemblait à une sorte de bain public romain mais, à écouter la bande-son du défilé hyper californienne (le final a eu lieu sur California Love, de Tupac), on avait plutôt l'impression d'être dans un spa à San Francisco (la ville natale de Wang). "J'ai passé ici trois années extraordinaires. Je suis très reconnaissant de cette opportunité, a expliqué Wang gaiment backstage. Je suis prêt à tourner la page, et je suis très excité."

Balenciaga spring/summer 16

À Loewe, c'est comme si les deux derniers jours de défilés étaient résumés en une seule collection; cette atmosphère presque glaçante qui nous suit depuis Margiela. Des éléments plastiques et métalliques superposés sur les vêtements - souvent blancs, souvent argentés. Du plastique que l'on retrouvait aussi bien sur un pantalon que sur les sièges recouverts de film alimentaire - une fenêtre depuis laquelle admirer les dessous. Du logo, des imprimés à profusion - Jonathan Anderson n'avait probablement pas la pureté en tête quand il a construit sa collection pour Loewe, mais l'atmosphère globalement lisse, soignée et très maîtrisée de cette saison parisienne était bien là. 

Loewe spring/summer 16

Credits


Texte Anders Christian Madsen
Photographie Jason Lloyd Evans

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printemps été 2016