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pourquoi nous serons toujours fans (et fous) de britney spears

Alors qu'elle s'apprête à sortir son 10ème album, retour sur les fondations du mythe Spears et son immortalité.

par Nick Levine
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08 Août 2016, 10:40am

Après que Kim Kardashian a révélé la conversation entre son mari Kanye West et Taylor Swift sur Snapchat, la toile a dû revoir son jugement sur la pop star la plus écoutée (et détestée) du globe. Coincidence ou pas, la pop star la plus cotée de la génération d'avant, j'ai nommé Britney Spears, sortait son nouveau single, Make Me... alors que le hashtag #KimExposesTaylor commençait sa fulgurante ascension sur Twitter. Il est clair qu'en plein de points, Taylor Swift et Britney Spears n'ont rien de commun. En tant que pop stars, comme en tant que personnes. Mais la relation qu'on entretient avec la dernière, bien que conformiste, est complètement décomplexée. Personne n'a vraiment besoin d'analyser le pourquoi du comment de son amour pour Britney Spears. Elle en a toujours laissé certains indifférents. Elle en a dégouté plus d'un. Mais en vrai, la plupart de ses fans de la décennie dernière alors qu'ils n'étaient (comme moi) que des enfants, ont continué à suivre ses frasques adolescentes, à tout lui pardonner pour célébrer, adultes, la venue de son nouvel album comme le messie. On espère encore et irréductiblement que son prochain single nous fasse oublier Toxic ou I'm a Slave 4 U.

Notre relation à Britney Spears a démarré de façon on ne peut plus saine. Lorsqu'elle a sorti son tout premier single ...Baby One More Time en 1998, Zuckenberg n'avait même pas encore idée de ce qu'il allait faire de sa vie, probablement. Alors oui, on pouvait toujours s'attarder sur quelques photos de Britney face à notre Windows 98 mais ça durait rarement plus d'une heure (le temps que la connexion se fasse et qu'on décide qu'aller taper un foot avec les copains avait plus de valeur que le web, comme on l'appelait à l'époque). Le concept du 'flux de news en direct' nous était encore inconnu et c'était tant mieux en un sens, parce que du coup, Britney Spears était à nos yeux une sorte de déesse intouchable, le genre à se laisser regarder sur Top of the Pops ou MTV; point. Bref, une star dont l'emploi du temps n'était déterminé ni par Snapchat ni par Instagram.

Alors vous me direz que depuis, Britney s'est adaptée et façonnée un double sur toile, comme toute célébrité qui se respecte. Vous avez raison. Aujourd'hui, la star peut se targuer de réunir plus de 46 millions de followers sur Twitter et 11 millions sur Instagram. Mais ça n'a jamais fait d'elle une star ni la raison pour laquelle ses fans lui vouent un amour éternel. Personne ne cherche à ce que Brit soit pleine d'esprit ni judicieuse sur les réseaux sociaux, on s'en fout. Quand elle poste un basic meme du genre "La vie serait plus simple si on portait plus de tutus" ça nous comble, parce que c'est Britney dans toute sa splendeur et sa candeur. Et c'est pour ça qu'on l'aime. Quand en 2007, elle a sombré dans la dépression avant de se raser la tête, on a cru qu'on l'avait perdue. C'était probablement le truc le plus dur à voir pour ceux qui l'avaient encensé enfants, c'était une petite mort. Mais Britney n'a pas bronché. Dix ans plus tard, on la voit se pavaner dans ses clips comme à ses débuts, fidèle à elle-même, pleine d'outrance et de confiance. Son pétage de plomb médiatisé fait aujourd'hui partie intégrante de son personnage légendaire. Maintenant, on peut tous boire un café dans une tasse sur laquelle est écrit : "Si Britney Spears a survécu à 2007, tu peux survivre à cette journée". Avant 2007, Britney avait l'air d'une gentille petite fille, tout droit sortie de sa Louisiane natale. Son pétage de cable lui aura servi à bosser encore plus dur, à se surpasser pour offrir à ses fans des performances pop spectaculaires toujours plus singulières. Les gens pouvaient bien la traiter de cypher, mais parce qu'elle était moins cynique et coincée que les autres, Brit était du genre à se ramener au VMA de 2001 avec un serpent enroulé autour du cou. Après 2007, elle a carrément gagné en assurance et en respect, celui qu'on accorde à tous ceux qu'on considère comme des rescapés de guerre. Le fait qu'elle ait sorti, durant cette brève période, son plus visionnaire (et meilleur) album, Blackout, n'a fait qu'ajouter un peu de splendeur au mythe du Saint Espears.

Cette affection particulière dont les fans de Britney sont atteints depuis 2007 ne veut pas dire qu'on ne peut pas lui jeter la pierre de temps à temps et reconnaître qu'elle déconne sévère. Comme lorsqu'elle a rejoint le casting de la version américaine de The X Factoren 2012 et que le public l'a vue, à mille reprises avant qu'elle ne jette l'éponge, jeter des regards perdus à la caméra. On ne peut pas nier non plus qu'elle aurait pu se taire au lieu de traiter ses fans gays de "petites meufs" dans une interview de 2013 Pride Source. Il aurait suffi qu'une pop star du nom de Taylor, Miley ou Justin ait fait cet amalgame pour que la toile s'enflamme. Etonnament, Britney s'en est sortie indemne - personne ou presque ne se souvient de cette bourde médiatique survenue il y a 3 ans maintenant. On lui pardonne tout.

On ne va pas se mentir : Britney n'a clairement jamais été cool. Mais tout le monde l'aime. Sky Ferreira et Tinashe sont fans. Lady Gaga l'a publiquement proclamée "performeuse la plus provocatrice de ma génération "; Charli XCXl l'a remerciée dans son album Sucker pour lui avoir "donné envie de faire de la musique". Britney n'a pas la voix de Christina Aguilera ni la plume de Justin Timberlake. Mais au cours de sa carrière, elle a fait plus de hits que les deux réunis. Il faut aussi saluer Britney pour avoir changé notre conception de Las Vegas avec son concert Piece of Me. Avant sa venue, les artistes se rendaient à Las Vegas pour se tailler une retraite au casino. Aujourd'hui, le Planet Hollywood Resort & Casino est un passage obligé pour toute pop star respectable. Pas étonnant que Mariah Carey et J Lo aient suivi ses pas.

Le truc avec Britney, c'est que son parcours est le miroir de celui que ses fans ont entrepris. Elle nous révélait : "Je ne suis pas si innocente que ça," alors qu'à cette même époque, la plupart d'entre nous commençait à se dire exactement la même chose. Nous avons grandi et muri avec elle, pétage de cable compris. Une décennie plus tard, Britney est parvenue à recoller les morceaux d'un puzzle qu'on n'oserait même pas refiler à sa pire ennemie. En ce moment, elle s'éclate à publier des photos très assumées de son corps dénudé sur Instagram. Pourquoi ? Parce qu'elle est heureuse d'être là, sur terre, physiquement et émotionnellement. La semaine dernière, elle nous révélait que la sortie de son album était pour bientôt. Comme ça fait maintenant 18 ans qu'elle chante, danse et nous enchante, on finit par la connaître. Du coup, on attendra patiemment son retour et quand elle sera prête, on espérera encore et encore, inlassablement, qu'elle nous surprenne plus qu'avec un I'm a Slave 4 U ou un Toxic.

Credits


Texte : Nick Levine

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