j'ai photographié des skateurs (presque) nus

Tout juste diplômée et ancienne assistante de Ryan McGinley, la photographe Grace Ahlbom explore l'ambivalence du genre et de la sexualité à travers les portraits intimistes d'ados.

par Alice Newell-Hanson
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22 Mars 2016, 3:50pm

Elle a grandi dans le Comté de Marin, en Californie. Grace Ahlbom est photographe et elle a passé son adolescence à immortaliser ses copains qui ridaient en BMX et trainaient dans les skateparks. Sa dernière série, Dig in Your Heels, Stick to Your Guns, se concentre sur l'adolescence, son insouciance et son ennui, parfois. Grace photographie des garçons qui prennent la pose avec nonchalance, en jogging et ecchymoses sous l'oeil. Alors qu'elle présentait sa première exposition de fin d'études à l'institut Pratt (elle vient d'en sortir diplômée), i-D a rencontré la photographe. "Je voulais parler de mon adolescence à moi". Adolescence qu'elle a passée dans les banlieues américaines, où l'ennui et les journées à ne rien faire ne se comptaient plus. "Ado, je n'ai jamais appartenu à un groupe. J'étais toujours en dehors, j'observais beaucoup."

Quelles sont les qualités des garçons que tu as shootés qui te touchent le plus ?
Chaque garçon que j'ai photographié a sa propre histoire, sa spécificité. Le copain qui m'a aidé à bosser la lumière m'a dit : ''T'as un vrai truc avec les mecs." Ça m'a fait sourire parce qu'en réalité, les garçons ne m'attirent pas du tout sexuellement. Et même sans cette attirance, je me suis quand même tournée vers un certain type de garçon. Mais j'aime les mecs un peu fous, insouciants, rêveurs et créatifs. C'est ce qui doit se ressentir dans ma série. 

Ils sont tous tes copains ?
Certains se connaissent, certains sont des amis. Mais la plupart sont des mecs que j'ai rencontrés en soirée, dans les couloirs de l'école et que j'ai stalkés des heures sur Facebook. Je leur ai tous envoyé un message en privé en leur disant "Hey, ton attitude est cool. Ça te dirait que je te prenne en photo ?" Après il fallait que je leur explique ce que je voulais faire d'eux. C'est un projet un peu dur à communiquer comme ça, parce qu'au premier abord, on pourrait croire que je me sers d'eux... Finalement, je me suis dit qu'un photographe ne pouvait pas penser en ces termes. Eux ont accepté, c'était à moi de gérer le reste. Et ça s'est bien passé. 

Comment es-tu parvenue à trouver ton style, ton esthétique dans l'image ? 
Je suis hyper anxieuse et pleine de tocs. Quand j'étais ado, je me fichais pas mal des photos. J'étais trop prise par tous mes tocs, comme celui de me laver les mains. Et puis un jour je me suis réveillée et j'ai choisi de déplacer cette anxiété et ce perfectionnisme dans mes images. Toute l'énergie que je déployais dans des petits gestes absurdes, j'ai tenté de la réinjecter dans mon travail et mes photos. Elles ont un côté très précis, léché. C'est mon truc, je serai toujours maniaque.

Qu'est-ce que ce trait de caractère apporte à tes photos ?
Je me suis passionnée très jeune pour la photo documentaire. C'est ce qui m'a poussée à toujours faire voir les choses telles qu'elles sont. Sans trucage. J'essaie de faire en sorte qu'elles soient toujours au plus près de la réalité. D'un autre côté, le fait que je choisisse de les rendre si clean les rapprochent de l'esthétique léchée des pubs. On dirait presque que ces garçons sont les objets de mon désir à moi, en tant que photographe et en tant que femme. C'est cette complexité dans le regard qui nourrit mon travail. 

Quel message veux-tu faire passer, à travers ce livre ?
Je veux que le spectateur se confronte à ses propres a priori sur le genre, à son désir, quel que soit son sexe ou son orientation sexuelle, face à ces portraits. 

graceahlbom.com

Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Photographie : Grace Ahlbom

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