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ce que la mode doit à bowie (et de l'art d'être anglais)

David Bowie s'est éteint le troisième jour des défilés londoniens. Une coïncidence malheureuse qui vient cependant rappeler l'immense influence du chanteur sur la mode.

par Anders Christian Madsen
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11 Janvier 2016, 11:00am

jason lloyd evans

David Bowie est indiscutablement la plus grande icône britannique. Il suffit de se pencher sur ses perpétuelles métamorphoses scéniques et vestimentaires pour comprendre ce que la mode anglaise doit à Bowie, et vice-versa. D'instinct, ses personnages ont nourri et abreuvé l'histoire et l'évolution de la mode masculine outre-Manche - des années 1960 à aujourd'hui. La collection de Sarah Burton pour Alexander McQueen lors du troisième jour de la fashion week homme londonienne a rendu ses lettres de noblesse aux temps victoriens ''piliers de la garde-robe masculine contemporaine''. Majestueuses, ses silhouettes vénéneuses aux imprimés floraux flirtaient avec un élan plus martial et militaire. Le hussard brodé sur le torse des corps androgynes célébrait quant à lui une nouvelle masculinité. 

Alexander McQueen

''C'est la garde-robe d'un vagabond et d'un collectionneur. L'idée nous vient de Charles Darwin, de sa notion du voyage, de son amour de la découverte et de la autres - de sa manière de collectionner les trésors'' narrait Burton en backstage. Presse unanime : ce défilé était l'un des plus beaux de toute l'histoire d'Alexander McQueen et un hommage sublime rendu à cette pate très british qui a façonné l'ADN de la maison. 

Moschino

Chez Moschino, Jeremy Scott s'est entiché d'une église pour y dévoiler sa nouvelle collection, à Mayfair, dans le coeur de Londres. Il a dédié son défilé au couple artistique autrichien Gilbert and Georges, dont la croix religieuse est devenue le motif phare de la collection Moschino. ''Ils m'ont dit, prenez-la et faites-en ce que vous voulez'' a assuré Scott quelques minutes après son show, né sous le signe de l'opulence. L'approche antiélitiste de Gilbert et Georges n'est pas survenue par hasard : elle est née d'un esprit moderne et résolument tourné vers le futur, à l'image de l'Angleterre des années 1970.

Ce n'est pas non plus un hasard si James Long a choisi de dédier sa collection aux ''héros londoniens et aux gens des rues qui m'ont inspiré.'' Le créateur n'aurait pas pu le retranscrire plus justement que dans ses silhouettes évanescentes, florales et bariolées - comme un hommage à cette excentricité toute londonienne qui a fait la ville. Terre-à-terre, la vision Long s'est construite aux antipodes d'un système et d'un milieu surchargé et en éternelle demande de renouveau. 

James Long

Entre Loewe et J.W. Anderson, le créateur prend le temps de revenir sur ses racines londoniennes. Anderson avouait backstage que sa collection s'inspirait des ''vampires modernes'' et des sous-cultures que ce mythe a pérennisé, jusque dans Londres. Comme un miroir discret à la perpétuelle réinvention de la mode londonienne, ses silhouettes vampiriques ont emprunté leur charme à plus d'un genre. Hyper-texturisée, soyeuse et nonchalamment sensuelle, la collection éclectique d'Anderson aurait pu vivre dans les rayons du marché de Camden. Et si Anderson est bien irlandais, son audace est éminemment anglaise. 

J.W Anderson

Margaret Howell et Pringle of Scotland se sont épris du charme désuet des étudiants en lettres - le marronnier des héros de la littérature anglaise. Les délicats pulls signés Howell nous ramenaient dans le Cambridge des années 1920 tandis que Nicosia disait de ses gentleman adolescents qu'ils auraient pu errer dans les halls de l'école d'art de Glasgow, ambiance début du siècle dernier. Son inspiration ? Un portrait de Lucien Freud dans son atelier. Mais la collection Pringle ne s'est pas arrêtée à la littérature : un sursaut de tartan nous a fait revivre subrepticement la décennie révolutionnaire et expérimentale avec pour parangon l'unique David Bowie. Alors que se termine cette fashion week homme à Londres et que les festivités se prolongeront à Florence, Milan et Paris, on ne peut que célébrer la mort d'un homme et l'immortalité de l'art d'être anglais. 

Margaret Howell

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Texte Anders Christian Madsen

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