le guide i-D des contre-cultures musicales

Du glam aux émos, des métalleux aux vogueurs, il est temps de saluer toutes les scènes qui ont façonné et redéfini le paysage musical européen, et bien au-delà.

par Matthew Whitehouse
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07 Décembre 2016, 1:40pm

Quand l'androgynie sonnait le glam
En 1971, la styliste Chelita Secunda convainquait le chanteur du groupe T-Rex, Marc Bolan, de troquer son look jean/ t-shirt pour un style fourrure et paillettes. Un esprit fun qui manquait à la pop depuis la séparation des Beatles l'année précédente. Il est important de se rappeler du contexte social et politique de l'époque : seulement 4 ans avant ça, l'homosexualité était encore considérée comme un crime. Qu'à cela ne tienne, Marc Bolan décidait de suivre les conseils de la styliste et s'assumait en paillettes. Le Glam était né.

Le jour où le baggy est devenu cool
Le 23 novembre 1989 à 7h30 du matin, The Stones Roses et les Happy Mondays font leur entrée dans Top of the Pops, et la ville de Manchester retrouve la fougue qu'elle avait perdue avec la séparation des Smiths. Sur un passage télé d'une durée totale de 5 minutes et 41 secondes, dix mecs du nord de l'Angleterre en baggy (et une Kirsty McColl en denim) transforment Manchester en « Madchester », la joie en extase et font de la coupe au bol un passage obligé. Alléluia.

La précision des Mods
Aspiration, défiance, sens inné du style, démarche millimétrée, la version raccourcie des Modernist se déplace en vespa et arbore des cols à jabot. On n'a pas fait plus atemporel et chic, en termes de contre-culture vestimentaire, depuis les années 1950.

La fulgurance de l'électroclash
La new NEW wave vous dit quelque chose ? L'électroclash est survenu en 2001 et s'est empressé de réveiller la nuit londonienne avec les beats déchainés de Tiga, Fischerspooner et Felix da Housecat. Comme tous les mouvements de la jeunesse, ou presque, l'électroclash s'est vite essoufflé. La longévité n'a jamais été son but - en témoignent les paroles du pionnier du genre, Marc Bolan : « L'idée d'être immortel ne m'excite pas. Mais l'idée d'être une idole pendant 4 ans, si. »

L'éternel Heavy Metal
Le mouvement de jeunesse le plus endurant de tous. Celui qui, 30 ans après son apogée commerciale, parvient encore à charmer comme aucun autre genre les adeptes du volume au max. Constant, inébranlable, et non sans humour, pour les fans, le heavy metal se vit d'une immersion totale, exclusive, séparée du reste. En gros, on est metal, on vit metal d'une telle manière qu'il nous est impossible d'être un autre genre musical.

Quand l'Indie dégaine sa mode
Quand Hedi Slimane créé sa collection slim pour Dior Homme en 2003, il présente une silhouette qu'il a photographiée pendant les deux années précédentes dans des clubs londoniens tels que la Rythm Factory ou la George Tavern. L'été dernier, les skinny jeans se baladaient encore au sommet du cool, et les concerts des White Stripes, des Kings of Leon, des Yeah Yeah Yeahs ou de The Hives étaient inondés de la version très anglaise de l'uniforme assurée par Pete Doherty : fedora, bottines et regard vitreux de gueule de bois.

Dans la Jungle...
Au début des années 1990, si le reste du pays se déchaînait en raves hardcore, Londres bougeait au rythme de la jungle. Au Rage, une soirée hebdomadaire au club Heaven, Fabio et Grooverider se chargeaient des beats (des 160 par minute), et la foule se chargeait des dégaines : le jean taille haute, des t-shirts de designers et des bombers avec leurs raves, albums ou stations de radio pirates préférés brodés sur le dos.

Kings Road, berceau du punk
Le Chelsea Drugstore, Granny Takes A Trip, Stop the Shop, Flip, SEX… S'il existe une rue en Grande-Bretagne qui peut réclamer le titre de berceau de la contre-culture, c'est bien celle-ci. Et même si elle est aujourd'hui noyée sous la gentrification (et qu'elle a eu l'honneur - discutable - d'accueillir le premier Starbucks du pays…), il est encore possible d'y trouver des échos de cet ancien esprit.

Les goths, les vrais (pré-Rihanna)
Plus de trente ans avant que Rihanna nous abreuve de ses #ghettogoth, la scène goth se résumait principalement à un mouvement provincial dont le pub de Leeds The Faversham était le centre névralgique. C'est à cet endroit que les Sisters of Mercy traînaient au début des années 1980, avant de déménager à l'Xclusiv de Batley, une petite ville ouvrière pourtant pas réputée pour ses folles nuits de contre-culture.

La poésie des Nouveaux Romantiques
Adam Ant a beau être le premier à s'être dessiné une ligne blanche sur le nez en hommage aux Amérindiens et à s'être entiché d'une veste de pirate, c'est à notre Princess Julia - chouchoute et contributrice i-D - qu'on doit de s'être penchée avec ferveur sur le mouvement méconnu des New Romantics. Flamboyants, fiers et indomptables, les nouveaux romantiques avaient pour figure de proue le grand Steve Strange; un homme à qui le punk a inspiré de très grandes choses. Et un sens inégalé du glamour.

Psyché psycho
À cause d'une ascension fulgurante des taux de chômage touchant comme on le sait, particulièrement la jeunesse, Liverpool s'est transformé dans les années 1980, en grosse pilule de LSD. L'avènement des groupes comme The Teardrop Explodes, Echo and the Bunnymen, Walkingseeds, Spaceman 3 et Mr Ray's Wig World se sont empressés de tester les effets de cette drogue hallucinatoire sur leur musique - donnant naissance à des beats acides comme un lendemain de fête. Le mouvement psychédélique et l'histoire de la ville sont inextricables et le festival of Psychedelia local qui accueille chaque année plus de 4000 personnes en est la plus belle preuve.

L'héritage des Skinheads
Les skins sont ces fans de reggae de la classe ouvrière dont le bombers, les bottes Dr Martens et les coupes de cheveux ont composé un des styles de rue les plus reconnaissables de tous les temps. Leur règne, directement nourri de l'énergie punk, a été aussi court que leurs cheveux et leur dégaine ultra-macho a été plus tard revisitée par les acteurs de la scène gay londonienne.

Sapés comme l'UK Garage
Des mecs en scooter. Une silhouette fine. Versace, Versace, Versace. Et d'un coup, la tenue soignée est redevenue à la mode. Chemise imprimée et jean Moschino ; mocassins Patrick Cox et pantalon chino ; l'objectif était toujours le même : s'habiller pour impressionner et se déchainer sur le dancefloor. S'habiller beau pour oublier les difficultés de la vie.

Trouver sa tribu
Le collectif Spiral Tribe a passé l'année 1991 à voyager partout à travers l'Angleterre pour organiser des raves illégales et forcément cool. Issus de la sous-culture hippie, elle-même impulsée par la scène acid house florissante, les gars rasés à blanc étaient sous haute tension. Et pour cause, les flics scrutaient leurs moindres faits et gestes. Mark Harrison, le fondateur du collectif, racontait ainsi à i-D : « Il y a toujours des gens qui se plaignent et ils s'en plaignent beaucoup trop fort. Mais jusqu'à preuve du contraire, le but des festivals libres est de jouer de la musique non-stop. Nous, on veut juste jouer de la musique pour les gens. Si quelqu'un débarque et demande de baisser le son, je le ferai pas. T'as qu'à le faire tout seul. Si t'as une voix, t'as qu'à hurler. Nous, notre mantra c'est « Make some fucking noise »

Les premières heures du voguing
La réputation artistique de Liverpool, ville le plus à l'Est des Etats-Unis, n'est plus à faire. Tout a commencé avec un disque de blues rapporté par les marins dans les années 1960. Ce désir irrépressible de bouger n'a pas cessé et dans les années 1980, la scène voguing s'est empressée de rassembler la communauté noire et gay locale autour d'une chorégraphie stylisée, originaire d'Harlem. On raconte même que les Houses locales The Curzon et Jody's, continuaient la fête, à la nuit tombée, dans les cimetières du coin.

Les sourires sous ecstasy
Même si l'on sait maintenant qu'une dealeuse nommée Cindy Ecstasy a refilé au Marc Almond de Soft Cell un pills en 1981, il a tout de même fallu attendre qu'un DJ du nom de Danny Rampling revienne d'Ibiza en 1987 pour que la MDMA commence réellement à transformer l'expérience du club. Rampling lançait la même année ses soirées Shoom (dont le flyer lisait : « the happy happy happy happy happy Shoom club » et était décoré des smileys jaunes désormais iconiques), et s'était mis en tête de balayer les notions du cool qui tenaient bon depuis les années 1960, pour les remplacer par des néons, des salopettes, des bandanas et un sens nouveau de la solidarité.

Réhabiliter les emos
Avant 2008, avant les marches de l'opéra Bastille et avant la formation de Tokyo Hotel, l'Emotional hardcore était un genre dérivé du mouvement punk hardcore dont on compte quelques figures de proue. Parmi eux, Rite of Spring. Undergorund et ultra-sensible, l'emo est vite devenu une cible marketing dont la jeunesse en mal d'idéal, s'est entichée. Mélancolie quand tu nous tiens.

Faire confiance à la Génération Z
Comme aujourd'hui une certaine jeunesse semble plus intéressée par la construction d'une personnalité en ligne plutôt qu'IRL, reste à voir quelle forme prendra le prochain mouvement de masse. Est-ce que l'idée même de contre-culture est datée ? Génération Z, le futur est entre tes mains.

Credits


Photo : Goldie par Wolfgang Tillmans pour The Drugs Issue, No. 128, May 1994

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