5 raisons qui font de telfar la marque la plus anti-mode de 2017

Fraîchement lauréat du CFDA/Vogue Fashion Fund, Telfar Clemens s'impose comme le créateur incontournable de l'année en mêlant designs épurés et justice sociale.

par Christelle Oyiri
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21 Novembre 2017, 12:31pm

Fondée en 2002, la marque éponyme se revendique comme « unisexe, universelle, horizontale et démocratique ». Le paradigme est audacieux : des designs tellement simples qu'ils en deviennent conceptuels. Mais derrière ce léger cynisme se révèle un duo de visionnaires composé par Telfar Clemens et Babak Radboy (artiste subversif et co-fondateur de Shanzhai Biennale). De sa collaboration pour la chaîne de fast-food White Castle à sa contribution à la réforme du système judiciaire à New York, Telfar pense la mode comme un cheval de Troie depuis plus de 15 ans. Comment Telfar est passée du statut de secret le mieux gardé de la mode avant-gardiste new-yorkaise à celui de marque irrévérencieuse adoubée par l'Amérique corporate ?

Telfar se fiche du luxe

À l'ère de la grande folie du streetwear de luxe, Telfar se tient à l'écart du mouvement et trace son propre sillon : « L'idée de mixer la haute couture et la street culture, ce n'est pas mon truc. Ça ne m'intéresse pas vraiment. Si tu enlèves la mode de l'équation tout à coup ça devient plus transgressif. » Malgré le fait qu'on retrouve ses créations chez Opening Ceremony ou encore Oak, pas de références pointues à l'horizon, les créations de Telfar s'inspirent de choses aussi simples que le corps et quotidien : « Le NY Magazine nous a demandé nos références mais on n’a pas de posts TUMBLR, de photos, d'expositions vers lesquelles les diriger. On créé des matières en s'inspirant de l'énergie des gens qu'on croise dans la rue. »

Telfar propose de véritables vêtements unisexes

Loin d'une conception fallacieuse du vêtement unisexe, Telfar fait partie de la grande révolution du « great gender blur » c'est-à-dire de l'érosion des conventions « féminines » et « masculines » au sein de la mode. Comme Public School, Hood By Air ou encore Gypsy Sport, Telfar s'impose comme une marque neutre en termes de genre certes, mais jamais mécaniquement. Il ne s’agit pas de simplement faire porter des vêtements de femmes à des hommes et vice versa. Minimaliste, Telfar explore le denim, le cuir, les jambières et les polos à manches uniques en alliant mode et fonctionnalité : « Si quelque chose est beau sur toi, il faut le porter et puis c'est tout. Peu importe si la ligne est féminine ou masculine. C'est quelque chose que j'ai toujours intégré dans mon style vestimentaire personnel. »

Telfar s'associe avec le géant du fast-food White Castle

Un partenariat entre la plus ancienne chaîne de fast-food et une marque avant-gardiste plébiscitée par les clubs kids de New York, ça s'annonce comme la rencontre du troisième type. Et pourtant ce mariage burlesque a donné lieu à une série de happenings et de projets riches. Alors que tout le monde se bouscule dans les clubs guindés de la ville pour célébrer la fashion week, l'afterparty Telfar de la collection printemps-été 2016 a eu lieu au White Castle du quartier Hell's Kitchen à Manhattan (un petit clin d'oeil au très controversé Michael Alig et sa rave illégale au MacDonald de Times Square). Cette collaboration n'est pas simplement transactionnelle, elle donne naissance à la collection « LeFrak » qui n'est autre que le nouvel uniforme des employés de White Castle. À travers cette collection, Telfar rend hommage à LeFrak City, le quartier chaud du Queens où Telfar Clemens a grandi après avoir fui la guerre civile au Libéria et où il vit encore actuellement. Là-bas, un White Castle un peu miteux a fait office de sanctuaire pour le jeune Clemens. « En arrivant aux Etats-Unis, descendre chez White Castle c'était un petit moment de réconfort. Leurs burgers ne sont vraiment pas chers et c'est une entreprise familiale. C'est le seul fast-food ouvert à 4h du matin sur Queens Boulevard. Après avoir fait la fête ou bosser toute la nuit une descente chez White Castle s'impose. C'est un point de rendez-vous. » Un récit qui fait parfaitement écho à la vision du designer : « Je conçois la mode comme horizontale. Je veux que les gens qui viennent chez White Castle aient envie de porter les mêmes vêtements que ceux qui les servent. »

Telfar contribue (vraiment) à la justice sociale

Loin de faire de la justice sociale un gimmick mercantile, Telfar a choisi d'agir sur le terrain. La marque reverse 100% des bénéfices générés par la collection « LeFrak » à l'association Robert F. Kennedy Human Rights Liberty and Justice fund qui lutte pour que les détenus mineurs de Rikers Island puissent avoir un avocat décent, un procès équitable et une chance de sortir sous caution. Rappelons que le centre pénitentiaire de Rikers Island qui compte environ 14 000 détenus dont de nombreux mineurs, pour la plupart en préventive, souffre d'une « culture enracinée et endémique de la violence ». Les brutalités commises par les gardiens contre les adolescents sont de mise, régulièrement dénoncées par des rapports officiels en 2015 et 2016. L'histoire tragique de Khalief Browder en témoigne. Emprisonné à tort à 16 ans et maltraité pendant trois ans, le jeune natif du Bronx s'est suicidé en Juin 2015 devenant la figure emblématique des violences carcérales.

Telfar a les ambassadeurs les plus cools

C'est au bras de Selah Marley (petite fille de Bob Marley et fille de Lauryn Hill) que débarque Telfar Clemens à la prestigieuse cérémonie du CFDA. Il a également conçu les costumes de scène de Solange et son orchestre pour sa performance stellaire et interactive au musée Guggenheim. Des teintes ocre et terre qui subliment la beauté de la femme noire et métissée, c'est ce que Telfar illustre aussi. On compte parmi ses ambassadrices les chanteuses Kelsey Lu, Kelela mais aussi la productrice et DJ Fatima Al Qadiri.

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