entre raï et trap marocaine, découvrez « caviar », le nouveau clip d'issam (qui porte bien son nom)

Le rappeur le plus singulier de la scène trap marocaine sort aujourd'hui « Caviar », deuxième clip d'un projet d'album entre rappeurs marocains et européens piloté par le collectif NAAR.

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14 septembre 2018, 10:57am

La trap marocaine ne se présente plus : elle a réussi à s'imposer à nos oreilles depuis maintenant quelques mois avec une efficacité remarquable. En plus du talent fou des artistes qui la représentent et des développements technologiques du pays qui ont permis cet essor à l'international, une autre machine est à la manoeuvre, celle du collectif NAAR lancé par Mohamed Sqalli et Ilyes Griyeb. Une plateforme dont le but semble petit à petit prendre une vie bien concrète : exporter la trap marocaine et ses artistes dans le monde entier. Un concret qui passe notamment par un projet d'album de collaborations entre rappeurs marocains et européens, SAFAR, dont le premier extrait, « Money Call » enflammait l'internet en février dernier.

Aujourd'hui sort le deuxième extrait de SAFAR, « Caviar », du rappeur Issam, dont le clip est une fois de plus magnifiquement réalisé par Ilyes Griyeb. À mi-chemin entre la trap et le raï (grâce à un sample de la légende du genre Cheb Hasni), « Caviar » est une plainte touchante, une poésie sur l'absence, l'amour, le voyage. Un morceau qui résonne tristement avec la réalité : après le tournage du clip, Issam était supposé jouer à Paris pour une soirée organisée par NAAR et l'Institut du Monde Arabe, et participer à l'émission radio d'i-D consacrée à la trap marocaine, sur Rinse France. Malheureusement, son visa é été refusé, sans justification, par le Consulat de France à Casablanca, comme celui de milliers de Marocains de son âge chaque année.

Enfant d'internet nourri à Young Thug, Issam fait office d'original au sein de la trap marocaine : un innovateur qui n'hésite pas à donner au son qu'il produit et aux clips (qu'il réalise pour la plupart) une esthétique léchée qui le démarque. Une chose est sûre : il faudra plus qu'un refus de visa pour empêcher sa musique de dépasser les frontières. En attendant de le voir en concert, nous lui avons posé quelques questions par mail.

Est-ce que tu peux me parler un peu de ton parcours, de ce qui t’as mené à la musique ?
J'ai beaucoup écouté de musique sur Soundcloud. Un peu tous les styles mais pas de rap. Un jour, j’ai récupéré une playlist de rap, dans laquelle il y avait des morceaux de Young Thug. Je me suis beaucoup intéressé à ce mec, j’ai tout regardé sur Youtube. J'ai été choqué par sa musique, son style, sa vision. En parallèle, je travaillais dans une galerie d’art, qui avait un grand local où on a pu installer un studio avec un ami qui y travaillait aussi. C'est là que j'ai enregistré mes premiers morceaux.

Comment tu expliques la popularité grandissante de la scène rap marocaine ces derniers mois ?
Déjà, parce que l’accès à internet s’est développé rapidement ces dernières années au Maroc. Les jeunes ont plus facilement accès à Youtube et aux réseaux sociaux, en particulier Instagram qui permet un partage plus facile. La deuxième raison, c’est l’évolution vers la trap, qui permet une plus grande variété et qui ne nécessite pas de grands moyens de production.

On te présente comme un « original » au sein de cette scène-là. Qu’est-ce qui fait ta différence selon toi ?
Je cherche vraiment à ce que mes morceaux comprennent une dimension d'innovation. Je ne veux pas servir la même chose que les autres. Et je pense que la meilleure manière de faire preuve d'originalité quand on est marocain, c'est de puiser dans notre héritage musical, qui est assez unique. C'est ce qui m'a amené à faire un son avec des instrus inspirés de la musique gnawa ou qui incluent des samples de Cheb Hasni.

Je lis que tu réalises tes clips pour la plupart, qu’est-ce qui te plaît dans l’imagerie d’Ilyes Griyeb, qui t’a fait lui donner les manettes pour le clip de « Caviar » ?
Ilyes fait partie des gens que je respecte énormément dans le domaine de la photographie et de la réalisation. Il a une touche particulière. Quand on a tourné Caviar, il s’arrêtait à des endroits qui ne payaient pas de mine et qui se révélaient très intéressants. D’habitude, je réalise mes propres clips avec mon ami Essadik Asli parce que j’ai peur de ne pas être à l’aise devant l’objectif de quelqu’un d’autre. Mais je me suis vraiment senti à l’aise en travaillant avec Ilyes.

Tu parles de Cheb Hasni dans le morceau et tu y développe un thème qui lui est cher. Quelle place occupe le raï et ses thématiques dans ton son à toi ?
J'écoute beaucoup de raï depuis mon enfance. C'est la raison pour laquelle cette musique fait remonter facilement beaucoup de mes souvenirs d'enfance. Caviar raconte l'histoire d'un type qui habite à l'étranger et qui travaille, seul et isolé. Un zoufri (mot en darija pour "ouvrier") qui ne connaît personne dans le pays où il a immigré et qui une fois dans sa chambre, se rappelle toutes sortes de souvenirs. C'est une mise en abîme autour du thème de l'exil, très présent dans la musique raï.

Est-ce que tu peux me raconter un peu ce triste épisode du visa refusé sans raison particulière ?
Je devais faire un concert en France dans le cadre d'une soirée organisée par NAAR et l'Institut du Monde Arabe. Mais je n’ai pas pu partir parce que les autorités ont estimé que j'appartenais à une catégorie de population qui représentait trop de risques. Mais sur le moment, je n'étais pas surpris. On subit ce genre d'injustices régulièrement, mais ça ne nous atteint pas.

Est-ce que tu restes malgré tout optimiste pour la suite – notamment grâce au rôle que peut jouer NAAR – et l’expansion de la scène rap marocaine au-delà des frontières ?
Le développement a déjà commencé. Il y a de plus en plus de collaborations qui se font actuellement. Je suis très heureux de faire partie du projet NAAR et je souscris complètement à son objectif d’exporter le rap marocain à l’étranger.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?
Je voudrais que ma carrière continue de se développer, en particulier à l’international, où je sais que je serai mieux compris qu'au Maroc. Je voudrais avoir la possibilité de faire des concerts. Et surtout ne pas avoir avoir de problèmes pour me déplacer.

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