4 documentaires sur la culture rave française (et un bonus belge)

Récits amateurs, reportages télé ou plongées hallucinées, voici cinq films immanquables pour se rappeler que la rave a aussi battu les coeurs et les neurones de ce côté de la manche.

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sept. 4 2017, 9:43am

1987. L'Angleterre tremble au rythme de l'acid house. Une petite pilule vient de faire son apparition sur le marché noir et la jeunesse, insatiable, en redemande. Encore et encore. Dans un environnement politique et social outrageusement conservateur et menaçant – pour ne pas dire désastreux – agencé par Thatcher, les nouvelles générations cherchent à se retirer du monde et trouvent une nouvelle façon de communier et d'oublier dans la fête. La culture rave est née. À cette même période, sur les rives françaises de la Manche, une autre jeunesse attend patiemment son tour, avant que trois ans plus tard, les ondes frénétiques de la culture rave lui parviennent enfin.

À la périphérie de Paris ou un peu plus loin dans les campagnes, les premières teufs s'organisent dans des hangars désaffectés, des friches ou des champs. Les disciples fraîchement nés de la culture rave adoptent l'uniforme smiley–baskets–bombers et désertent les clubs traditionnels. L'hexagone n'avait pas connu de telle déferlante depuis la sortie de scène du punk. Au grand tourment des forces de l'ordre qui croyaient enfin avoir trouvé la paix.

Trente ans après la naissance des premières raves, la mode, la musique, la jeunesse fantasment un désordre passé. Londres, Manchester, Berlin sont devenus les royaumes regrettés de la rave. La France, elle, ne semble pas participer à la légende. Et pourtant. Dans les années 1990 et plus tard, une poignée de réalisateurs, pro ou amateurs, se sont donné pour mission d'archiver et d'immortaliser la vie éphémère de la culture rave française, avant que les clubs ne reprennent leurs droits, que le mainstream vampirise cette nouvelle marge et que la foule s'essouffle. Voici donc 4 documentaires sur l'histoire de la culture rave française et un bonus belge pour parfaire vos connaissances en la matière.

Raves, Acid House, Emission « Reporters », La 5 – 1991

Ou quand le petit écran français, ébahi, regarde sa jeunesse exulter. En 1991, la 5 consacrait son émission « Reporters » à la culture rave française. Au départ d'Albion, le film remonte les maillons de l'histoire et saisit les prémisses de la rave à l'anglaise avant de s'attarder sur son importation en France. On scrute les premiers émois, l'énergie infaillible des ravers de la première heure qui tentent de définir, face caméra, un proto-mouvement. Tout est question de désir : la fête doit être horizontale, inclusive et dé-conscientisée. L'excitation générale durera-t-elle ? Rien n'est moins sûr à cette époque. La présentatrice condamne plus ou moins le mouvement à l'éphémère et pourtant, tout ne fait que commencer.

Serial Raver, Yann Richet – 1995

Dans Serial Raver, Yann Richet suit Jeff, Raff et Minh Thu à Montpellier. Nous sommes en 1995 et le réalisateur nous avertit déjà : la culture rave (et la free party qui en découle directement) connaît les premiers frémissements d'une dérive de masse. Pourtant, les protagonistes de ce documentaire semblent résolus à ne plus jamais réintégrer la société qu'on leur propose. La « vie normale » : leur supplice. Avec la techno, ils tuent le temps et l'espace. Ils cherchent un nouveau monde. Douze ans plus tard, Yann Richet réitère son approche une nouvelle fois et filme la relève de la rave, au milieu des années 2000, pour commenter son évolution, et sa récupération inévitable.

Techno Point – 1993/94

Probablement LE documentaire amateur consacré à la scène rave et techno française le plus édifiant qui soit. Dans sa chambre d'ado hyper équipée, Christian Carreira rêve de rencontrer les Djs qui le font raver depuis quelques années. Il filme alors Jerome Pakman, Laurent Garnier, Bertrand ou encore El Gringo de Bpm Records, chantant les louanges de la house garage et des sons importés de Detroit. Humble, timide et touchant à souhait, Christian Carreira documente la scène rave parisienne à son acmé, un peu avant sa redescente. Un film à voir absolument.

Free Party, en deça du bien et du mal – 2003

« On se cale devant les enceintes pour ne pas entendre le monde s'écrouler. » Devant la caméra, une jeune raveuse explique ce qui la fait tenir jusqu'au petit matin à quelques centimètres d'un mur de sons haut comme un immeuble. Au début des années 2000, le réalisateur Pascal Signolet immortalise des Teknivals, surgeons polémiques de la culture rave. Signolet confronte des témoignages d'insiders à un regard « savant » porté par des psychanalystes, historiens, médecins et critiques d'art qui relèvent tour à tour les multiples dimensions ontologiques de la rave. Et contre toute attente, loin de mener un procès à charge, les différents intervenants scrutent cette autre marge avec une certaine bienveillance.

The Sound of Belgium - 2013

La Belgique fait indéniablement partie des lieux sacrés de tout raveur/pèlerin accompli. Dans les années 1990, le pays développe une variante toute particulière du répertoire rave : la New Beat. Fine mélasse d'Acid House, de cold Wave, d'EDM et d'Italo Disco, on la considère souvent comme l'axiome de ce que deviendra par la suite la dance européenne. Les disques qui arrivaient du monde entier au port d'Anvers étaient remixés à la belge dans des boîtes comme le Boccacio. Sous des lasers fous, des groupes performaient perchés sur les podiums au-dessus d'une foule bercée au 110 BPM – un rythme un soupçon plus lent que les raves habituelles. Niveau looks pour une nouvelle rave, le smiley n'avait pas déserté mais surgissait sous du cuir, des vestes aux épaules ultra larges et des corsets en dentelles – on ne lâche pas les eighties. Un film indispensable pour saisir les disparités de la culture rave européenne.