à los angeles avec les skateurs, acteurs et musiciens de la nouvelle génération

Dexter Navy a photographié les jeunes de LA qui s'ouvrent les portes d'Hollywood sans effort, séduisent des artistes comme Frank Ocean et Kendrick Lamar et qui, ensemble, racontent un monde meilleur.

Cet article a été initialement publié dans le n°349 d'i-D, The Acting Up Issue, Automne 2017

Fig Abner
« Venice Beach est en pleine phase de gentrification, pris d'assaut par les baristas. J'imagine que c'était inévitable. Après tout, le quartier est riche en histoire, en culture, et il est collé à l'océan. Il n'allait pas s'en tirer plus longtemps. L'embêtant, c'est qu'il est de plus en plus difficile d'y casquer un loyer ou d'y contracter un prêt. Les prix sont malheureusement annexés sur l'évolution de la population locale, de plus en plus blanche. Ce qui me rend triste, parce que je me rends compte que mes enfants ne connaîtront jamais le Venice Beach que nous avons connu, mes amis et moi. » Fig Abner semble désespérée quand elle évoque les transformations et le dessein de son quartier, mais il n'en reste pas moins le socle de sa création artistique. L'an prochain, Fig sera à l'affiche du premier film de Jonah Hill, Mid-90s, mais jouer la comédie n'est pas son seul talent, loin s'en faut. La musique prend au moins autant de place. Même si la jeune fille en est encore aux premiers pas de la longue carrière qu'on lui souhaite, elle est déjà prête à mettre sa plateforme – en ligne et hors ligne – au service du changement. « J'ai utilisé les réseaux sociaux pour aborder des sujets brûlants et importants, comme l'appropriation culturelle, le racisme institutionnel, la pauvreté. Mais généralement je maintiens mon cyber-activisme au minimum, parce que je pense qu'il est plus important d'agir que de se plaindre sur Instagram depuis sa couette. » Texte : Hattie Collins

GAZI GHOST
Pas de panique, ce GHOST-là n'a rien d'effrayant. Il collabore fréquemment avec A.CHAL, et partage la même vibe que le chanteur et producteur péruvien. Ensemble, les deux potes forment le collectif « Gazi », la base de tout un état d'esprit, de la diffusion d'une vision du monde inclusive et englobante. Une base qui, jusqu'ici, lui a permis de s'essayer aux fringues (@ropagaz), de développer toute une esthétique GAZI (@cityofgaz) et de pondre une campagne pour GUESS Originals x A$AP Rocky. Avec tout ça sur la planche, on lui a demandé ce qu'il lui restait à changer sur cette planète. « Aujourd'hui, tout tourne autour de l'argent et du pouvoir. J'aimerais retirer ces deux choses de l'équation. » Texte : Matthew Whitehouse

Steve Lacy
À 18 ans, Steve Lacy n'a pas besoin de grand chose : un iPhone 7, un iRig, un micro, une pincée de funk, une touche de jazz et il est paré. En mixant subtilement les nouvelles technologies du son et un savoir-faire plus old school, Steve Lacy s'est déjà écrit un CV impressionnant. Une carrière qui commence sur Soundcloud avec les 13 minutes de Steve Lacy's Demo, qui le font ensuite produire le spectral PRIDE pour Kendrick Lamar, rejoindre en 2014 The Internet pour leur troisième album, Ego Death, et jouer son rôle dans la nomination aux Grammy du collectif de Los Angeles. À 14 ans, il intégrait le groupe de jazz de son école, aujourd'hui, il en est (presque) à recevoir les récompenses les plus prestigieuses de la musique. Steve Lacy s'ouvre toutes les voies sans effort, laissant derrière lui des sons pleins d'une âme qui ne font ressortir en nous que de la joie. On a plus qu'à en profiter, observer, écouter, et se demander jusqu'où un tel talent peut encore aller. Texte : Hattie Collins

Vince Staples
Vincent Jamal Staples n'a jamais trop su ce qu'il voulait faire, ni qui il voulait être. En grandissant à Long Beach en Californie, il a pensé un moment faire du basket, sans trop pousser. Mais s'imaginer rappeur professionnel avec deux albums acclamés par la critique au compteur ? Il n'y a jamais pensé deux secondes. « J'avais d'autres choses à penser à l'époque. Trop de choses pour mon âge. » Aujourd'hui, à 24 ans, Vince est ravi de ce qu'il est devenu et encore plus heureux de son dernier né, l'album Big Fish Theory, sur lequel ont collaboré Kendrick Lamar, Ty Dolla $ign et A$AP Rocky, et qui nous a fait une jolie percée dans le top 20 du Billboard en juin dernier. « Je pense que je m'en sors pas mal en ce moment. Ça pourrait franchement être pire. Je ne pourrais pas rêver mieux, mais j'essaye de rester fidèle à moi-même. » Pour Vince, ça veut dire rester « un mec normal », tout en répondant aux attentes soulevées par « la création musicale, la création artistique, peu importe comment tu appelles ça. » De notre côté, on a l'impression qu'il les enjambe avec une aisance presque insolente, ces attentes. « Au final, ça reste des chansons, tout ça. Ce n'est pas une question de vie ou de mort, tu vois ? Penser comme ça, ça enlève pas mal de poids de mes épaules. Peu importe ce qu'il arrive, tu seras probablement en vie demain. Alors fuck it, je vais juste faire de la musique. » Texte : Matthew Whitehouse

Kali Uchis
Elevée entre la Colombie et la Virginie, Kali Uchis commence à faire de la musique dans sa chambre à 19 ans, déménage à Los Angeles à 21 ans et se prépare aujourd'hui à sortir son premier album, à 23 ans. « Tout le monde a L.A. essaye de faire quelque chose, de devenir quelqu'un… parfois tu as juste envie de parler à des gens normaux, posés, sans arrière-pensées, raconte-elle de sa nouvelle ville. Je suis venue de nulle part, sans connaître personne. Personne dans ma famille n'a fait de la musique ou quoi que ce soit d'artistique. » Sa sonorité à elle : un morceau de hip-hop old school assaisonné d'élans pop portoricains. Par le passé, la jeune fille s'est payé des collaborations quatre étoiles : Snoop, Vince Staples et Tyler, The Creator (elle apparaît aussi sur le nouvel album du rappeur, Flower Boy). Et son prochain LP promet une collection éclectique d'artistes et d'icônes, de Bootsy Collins à Damon Albarn, en passant par Thundercat, Tame Impala, Stave Lacy et Jorja Smith. Avec la dernière, elle sortait récemment le premier single de l'album, Tyrant, une chanson d'amour post-apocalyptique qui s'intègre dans un album sur « les façons que l'on a de gérer les difficultés de la vie, de trouver l'amour, de perdre l'amour. Un peu tout, quoi. » La musique de Kali, c'est un peu son journal intime, en adéquation avec la personnalité de la jeune femme : honnête, enchanteur et très, très drôle. « J'aime à penser qu'un jour, Quentin Tarantino utilisera ma musique dans un de ses films, s'amuse-t-elle. S'il faisait un remake de Scarface par exemple ! » Et là-dessus, nous, on fait vœu de ne plus dormir tant que son rêve ne sera pas devenu réalité. Texte : Frankie Dunn

Liana Perlich
Alicia Keys, les petits chiens, prendre des selfies et sa meilleure amie Ama Elsesser : voilà les choses préférées de Liana. La jeune femme se nourrit des anges qui l'entourent et qui sont tous très attentifs et actifs dans la lutte contre les inégalités. Cernée par une culture qui mesure le taux d'endorphine au nombre de likes, Liana sait qu'il est important de rester authentique, et ancré dans le réel. « J'aimerais que les gens s'intéressent plus à ce qu'il se passe autour d'eux qu'à ce qu'il se passe sur leurs téléphones, assure-t-elle. Je pense qu'on doit se motiver les uns les autres, en utilisant des mots qui viennent du cœur. Je pense que les gens arrivent à voir la différence entre un discours sincère, d'une personne qui veut vraiment changer les choses via les réseaux sociaux et un discours qui ne cherche que le buzz. » On ne saurait être plus d'accord. Text : Frankie Dunn

Evan Clark
La première fois que ce fana de voitures nous a touchés au cœur, c'est quand son pote Frank Ocean nous l'a découvert dans son fanzine très convoité de 400 pages, Boys Don't Cry. Evan, c'est le mec qui a réparé l'iconique BMW d'Ocean. Un mécanicien et féru de vitesse dont on a d'ailleurs pu entendre la voix dans l'album Blonde, à la fin de Futura Free, aux côtés de Sage Elsesser, Nakel Smith et Brahim Iriri. Autant vous dire que les fans de Frank Ocean ont à l'époque décortiqué la publication et l'album pour identifier tous leurs contributeurs et en arriver à notre fou du volant. Ironique, finalement, puisque c'est d'internet qu'Evan s'inquiète le plus. Parmi ses lignes de conduite : « Moins d'internet, plus de pic-niques », et peut-être que le monde serait plus beau. Il faudrait aussi que les gens prennent conscience que « les femmes sont des superhéros. » Amen. Malgré son succès en ligne, Clark reste assez discret sur Instagram. Le succès l'intéresse peu, rien n'est plus important que ses, et de « prendre soin des gens qui m'entourent. » Texte : Hattie Collins

Ama Elsesser
Basée à Los Angeles, Ama est mannequin, artiste, activiste et accro à Instagram, où elle exerce une présence assez agréable, comme un esprit apaisé et apaisant, comme un pote à la plume acérée qui nous écrirait de temps en temps des lettres pleines de bons conseils, pile quand on en a besoin. Des lettres plein de sens, de modernité et d'esprit : « Instagram et internet, c'est comme une ex-copine. Tu continues à lui donner de tes nouvelles pour qu'elle te livre les siennes. Tu ne peux rien attendre d'autre d'elle que de faux compliments. » Même si elle prête une attention précise et inquiète à la pression sociale, elle trouve de l'espoir dans la nourriture, la famille, les enfants et le cannabis. Et elle rêve de rassembler un jour des gens de toutes les races, de tous les milieux sociaux pour effacer les préjugés. On sera là. Texte : Frankie Dunn

Olan Prenatt
Olan Prenatt a grandi sur Speedway, à Venice, ce qui ne l'a pas empêché de tourner le dos à l'océan pour lui préférer le skate à une époque où la planche était encore plus grande que lui. Le cheveu blond et les yeux bleus, Olan passe bonne partie de ses journées à traîner avec son groupe de pote, Illegal Civilization, à user ses Jordan sur Stoner Park ou à penser ses propres vêtements. Il compte Vetements et Mr. Completely dans ses marques de cœur, et le skateur Braydon Szafranski dans ses icônes de style. Tout ce qu'il arrive de bon à ses amis donne de l'espoir à Olan, qui forme avec eux une nouvelle vague de skateurs qui considèrent leur carrière comme des marches individuelles vers un succès collectif. « Je veux insuffler du changement, mais je ne veux pas sacrifier ma plateforme pour ça. Donc je dois commencer par être le changement que je veux voir. C'est ce que je vais continuer à faire, à ma manière. » Texte : Matthew Whitehouse

Credits


Photographie Dexter Navy

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