à marrakech, un (autre) musée célèbre yves saint laurent

Le 19 octobre ouvre un musée consacré au créateur, un dernier hommage de Pierre Bergé à son compagnon et au Maroc.

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oct. 19 2017, 12:08pm

« Lorsqu'Yves Saint Laurent découvrit Marrakech en 1966, ce fut un tel choc qu'il décida tout de suite d'y acheter une maison et d'y revenir régulièrement. Il est donc parfaitement naturel, cinquante ans après, d'y construire un musée consacré à son œuvre qui doit tant à ce pays. » déclarait quelques temps avant sa mort Pierre Bergé, celui qui fut de longues années le compagnon du couturier, résumant ainsi parfaitement la raison d'être de ce musée, mais surtout sa sincérité et son humilité. Situé juste à côté des jardins Majorelle, avec ses 4000 mètres carrés et sa déco toute en rondeurs et angles droits, sa façade en dentelles de briques qui évoque le tissage, ses murs en béton bouchardé, ses vitraux colorés et sa gamme chromatique de roses et d'ocres, le bâtiment qui a nécessité trois ans de travaux et 15 millions d'euros est une réussite par sa manière tout en subtilité de s'incruster dans l'architecture de la ville tout en mariant l'architecture américaine des années 30 et les influences marocaines. Une bulle de sérénité au cœur de Marrakech l'agitée, qui tout en discrétion rend hommage au Maroc, le pays que Saint Laurent aimait tant et dont la découverte a permis au créateur de libérer son goût pour les couleurs mais aussi une certaine extravagance, alors qu'il avait fait du noir son symbole.

Le musée lui même, selon les recommandations de Pierre Bergé, est un lieu multiple, un lieu de vie plutôt qu'un mausolée, un espace de taille humaine où se succèdent un auditorium de 150 places tout de bois vêtu, sur la scène duquel traîne un immense piano, et où tourne un documentaire qui résume 40 années de création scandée par la voix off de Catherine Deneuve. Un foyer où photos, dessins et affiches attestent des rapports plus qu'étroits entretenus tout au long de sa carrière par le couturier avec le théâtre, le music-hall et le cinéma, d'une salle d'expositions temporaires qui rend hommage au peintre Majorelle qui partageait avec Saint Laurent le même amour du Maroc (et à qui succèdera un focus sur le travail du couturier marocain Noureddine Ami et ses robes sculpture). Une galerie photo qui chaque année célèbrera un photographe avec en guise de première mise en bouche André Rau et une série mode de 1992 de Catherine Deneuve en goguette, en plein période « Indochine », dans les lieux préférés de Yves à Marrakech. D'une bibliothèque (plus de 6000 ouvrages) au premier étage ouverte sur rendez-vous, d'un café-terrasse, d'une librairie et évidemment de la pièce de résistance. Soit l'expo permanente où sur 400 mètres carrés plongés dans le noir défile une scénographie en forme de best of des créations du couturier scandant les thèmes cher à YSL (le « Masculin-Féminin », « le Noir », « l'Afrique et le Maroc », « les voyages imaginaires », « les jardins », « l'art »), de la robe Mondrian devenue iconique qui nous accueille dès l'entrée à la cape Bougainvilliers, pendant que sur les murs sont projetés des portraits du maître par Jean-Loup Sieff, des extraits de défilés, des citations qui éclairent le processus créatif d'YSL (« J'ai toujours été un voyageur immobile ce qui a permis à mon imagination de se développer ») et que résonne la voix grave et traînante de Saint Laurent répondant au questionnaire de Proust. En sortant du musée, où tout n'est que luxe, calme et volupté, par le jardin remplis de cactées, saisi par la chaleur extérieure, on ne peut s'empêcher de penser que Pierre Bergé a donné vie à une des choses qui lui tenaient le plus à cœur, une sorte d'annexe du musée Yves Saint Laurent de Paris qui vient d'ouvrir mais en version intime, posé dans la ville où le couple a vécu ses plus belles années et où YSL venait se ressourcer quinze jours pour dessiner ses croquis avant chaque collection. Un cocon de vie consacré à l'amour, celui de deux hommes qui l'un sans l'autre ne seraient pas devenus ce qu'ils sont, ce qui dans un pays toujours rétrograde sur l'homosexualité, ressemble à un dernier pied de nez de celui, Pierre Bergé, qui fut toute sa vie durant un farouche militant homosexuel.

Musée YVES SAINT LAURENT Marrakech
Ouvert tous les jours de 11h à 18h.
Tarif : touristes 100 DH - Citoyens marocains et résidents étrangers au Maroc : 60 DH