pheromone hotbox : l'intimité des femmes photographiée par une femme

Amanda Charchian photographie des femmes nues en pleine nature depuis trois ans et a beaucoup de choses à dire sur la féminité contemporaine. Rencontre.

par Lula Ososki
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15 Décembre 2015, 6:05pm

Pour Amanda Charchian, la photographie est bien plus qu'une image encadrée - c'est un processus de prise de confiance. La photographe basée à Los Angeles réunit des femmes et les immortalise dans leur plus simple intimité : nues, en plein air, entourées de paysages à couper le souffle. C'est son tout récent projet Pheromone Hotbox qui exprime le mieux sa réflexion autour de la féminité moderne. Nous avons discuté avec l'artiste des relations entre femmes, de l'idéologie post-féministe et de phéromones.

Pourquoi ce projet ?
J'ai commencé en 2012. Je me suis retrouvée à photographier sans relâche deux jeunes femmes avec qui je voyageais - toutes les deux artistes - comme si chaque partie de leur corps était un mystère à l'image. C'est là que j'ai commencé à analyser le fait que les femmes contiennent souvent leur désir et séparent la sexualité de leur créativité. La confiance en soi est primordiale. A mes yeux, mon identité découle de ma production artistique. Les deux sont intimement liés. 

Quelle était ton idée derrière Pheromone Hotbox ?
En creusant dans cette tension que je ressentais chez les femmes, j'ai commencé à vouloir les photographier dans un lieu sauvage, loin de leur quotidien. Pour les femmes, la production artistique et la sexualité sont inextricablement liées - même si c'est parfois inconscient. C'est ce que j'appelle "The Pheromone Hotbox", un endroit où nos phéromones s'activent et interagissent (de manière non sexuelle) avec le lieu dans lequel on est pour parvenir à générer de la créativité. J'ai passé trois ans à sillonner le monde pour photographier les artistes femmes partout où j'allais. 

Quelles sont tes relations avec tes modèles ?
C'est toujours avant de photographier quelqu'un, quand tous deviennent timides, s'aperçoivent qu'ils sont nus, qu'ils se préparent, réagissent à la vue d'un appareil que je vois vraiment qui ils sont. C'est un instant où leur personnalité entière se dévoile à moi. C'est un vrai processus qui tisse des liens très forts entre modèle et photographe. C'est la vraie intimité. Mais la photo n'est pas une fin en soi, c'est plus une excuse que je me donne pour vivre ce genre d'expériences très fortes.

Qu'est-ce qui t'inspire ?
La possibilité de l'inconnu, l'humour qu'on peut trouver partout, l'absurdité de la vie, l'équilibre parfait de la nature.

Tu vois une différence entre le voyeurisme et la représentation du corps ?
Si une femme prend la photo d'une autre femme, pour moi le message est clair : il n'y a pas de rapport dominé-dominant ici. 

Tu rapprocherais tes photos de l'idéologie post-féministe ?
Gloria Steinem, grande féministe, a dit récemment  "La haine généralise. L'amour singularise ." Le post-féminisme encourage les femmes à définir par elles-mêmes leur propre féminité. L'oppression vient quand on colle des étiquettes aux choses et qu'on définit des rôles pour chaque genre. 

Qu'as-tu appris sur la féminité à travers ton projet ?
J'apprends encore de cette expérience aujourd'hui. J'ai l'impression que mon rapport avec les femmes a changé, que les liens que je tisse avec elles sont étonnamment et spontanément plus forts. Quand je shootais pour de la mode à Londres il y a quelques semaines, je travaillais avec une mannequin qui a l'habitude d'être shootée exclusivement par des hommes, un peu blasés. J'ai réussi à amener une énergie que j'ai gagné pendant mon projet Pheromone Hotbox. Elle était beaucoup plus heureuse d'être là du coup et les images que j'en retiré sont uniques. J'ai compris qu'il faut être en confiance totale et à 100% présente pour libérer la puissance créatrice qui est tapie en nous. Après, tout est plus beau. 

amandacharchian.com

Pheromone Hotbox est disponible ici.

Credits


Texte : Lula Ososki
Photographie : Amanda Charchian

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