pourquoi jeremy underground est l'un des meilleurs djs de france

Grand collectionneur de vinyles, créateur du label My Love Is Underground et faiseur de joie, Jeremy Underground sort sa seconde compilation 100% vinyles. i-D s'est entretenu avec ce mélomane dévoué.

par Gabriel Szatan
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29 Février 2016, 10:40am

courtesy jeremy underground

Jeremy Fichon a eu une année bien chargée. Alors que son label My Love Is Underground fêtait ses 5 ans, lui sillonnait les routes du monde en tournée et s'est vu propulsé dans le top 50 des meilleurs Dj de l'année sélectionnés par Resident Advisor. Une ascension méritée qui place 2016 sous de très beaux auspices pour le Dj français. Son succès, il le doit à quelque chose de très simple : un amour pur et une passion inaltérable pour la musique. Perché derrière ses platines, Jeremy est imperturbable tandis qu'il bidouille des dizaines de boutons à la seconde. Un entichement qui lui vaut l'injuste réputation d'être un tantinet renfrogné mais en fait, Jeremy est méticuleux. Ce qui le rend heureux ? Jouer pour les audiophiles et assurer un déchainement à chaque set - un engagement qui fait de lui l'un des meilleurs Djs de sa génération.

En faisant le bilan de cette année passée, comment vois-tu l'avenir ?
Hyper bien ! Un des tournants majeurs de cette dernière année a été mon passage à la Boiler Room de Paris. Beaucoup de gens se sont intéressés à mon travail après ça. Ça a été une expérience très riche et je sens vraiment qu'il y a un avant et un après Boiler Room. Je mixe de plus en plus et de mieux en mieux, j'avance et c'est super. Je joue dans de grandes villes, dans de grands festivals, je fais des b2b avec de supers artistes comme Hunee and San Soda, Danilo (Motor City Drum Ensemble) et plein d'autres. Voilà, je suis super heureux.

Et lorsque tu joues dans de plus petites villes, ça se passe comment ?
Je me donne autant lorsque je joue dans de petites villes qu'à Paris ou Londres. Je me mets la pression de la même façon, je fais mes soundchecks partout où je vais. Il n'y a pas de différence dans la façon dont j'envisage mes sets. Le public a toujours autant d'importance même dans les salles les plus petites, les moins connues. Je joue comme si personne dans le public ne me connaît et tente de donner le meilleur de moi-même.

J'ai vu une vidéo incroyable sur ton Instagram où l'on voit 20 personnes en plein délire autour de tes platines…
Oui tu fais référence à une soirée en Lituanie ! C'était un groupe d'étudiants français, ils ont mis le feu à la boîte, je ne m'y attendais pas du tout. Une des meilleures soirées de l'année. En plus c'était à Vilnius ! Pas nécessairement la ville de la teuf, tu vois.

Quel est le revers de la médaille ? Je veux dire, t'arrive-t-il maintenant de décliner certaines opportunités pour préserver ta patte et garder le contrôle de ta musique ? 
J'ai réalisé quelque chose d'important : j'ai toujours mis un point d'honneur à ne jouer que des vinyles depuis 6 ans mais maintenant que je tourne pas mal en festivals, je me rends compte qu'il en existe peu avec des matos adaptés aux vinyles. Même dans les plus grands festivals, il est rare que les sets soient conçus pour ça. Donc parfois, quand je joue en festival, ça ne fonctionne pas. J'ai longuement hésité mais j'essaie de m'adapter et de passer petit à petit à l'USB au cas où. Je viens toujours avec mes vinyles et si je vois que le set n'est pas adapté pour ça, je le fais en USB - je me prépare au pire. Parce qu'en fait, quand quelqu'un se paie un billet pour un festival et que le son grésille ou crache, c'est le Dj qui porte le chapeau. Et c'est un truc qui m'affecte. Si ça ne tenait qu'à moi, je jouerais uniquement dans des clubs comme le Robert-Johson ou le Rex qui ont des sound-systems incroyables. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas me permettre de refuser des dates ni de gros festivals. Et même si c'est une idée qui m'a toujours rebuté, je m'adapte et tente de mixer en USB quand il le faut.

Tu es connu pour être un grand situationniste. Comment prépares-tu tes sets ?
Je ne fais pas partie des Dj qui arrivent à jouer un vinyle juste après l'avoir acheté. Il faut d'abord que je l'écoute chez moi, que je le comprenne, que je cerne à quel moment de la soirée je peux le passer, etc. Donc je planifie les choses. Parfois tu prévois d'enchainer deux morceaux et tu es sur que le public va réagir. Mais parfois tu te plantes et tu tues l'atmosphère. Et puis je suis un grand fana de musique. Vraiment. Parfois j'ai juste envie d'arrêter de mixer quelques minutes pour passer de l'autre côté des platines et me défouler. C'est un truc qui me traverse depuis toujours : je joue de la musique parce que je veux écouter cette musique et parce que je l'adore. Ça me donne toujours envie de danser à fond. La musique est faite pour nous rendre heureux, pour se marrer, pour lâcher prise. Les Djs devraient un peu plus se laisser aller derrière leurs platines.

Que fais-tu habituellement à la fin d'un set ?
Peu de gens le savent mais j'ai arrêté les drogues, l'alcool, la malbouffe et je cours le marathon, ce qui fait probablement de moi le Dj le plus en forme au monde ! Après avoir fait la fête comme un fou, mon corps a tout simplement dit stop. J'en ai profité quelques années mais j'ai trop joué avec mon cerveau. Et je ne m'ennuie pas du tout : si la musique et le public sont en phase, je m'éclate. Les after-parties, c'est plus trop mon truc. Ce que je préfère c'est  prendre un gros petit-dej et aller me coucher ! 

Jouons à un jeu. Imaginons que tu tombes un jour sur un vinyle incroyable, un vieux trésor. Il est en piteux état et tu sais que tu ne pourras jamais le restaurer à 100%. Tu le joues, tu le fais represser ou tu laisses tomber ?
Hmmm. C'est un truc qui a priori n'arrivera jamais puisqu'on a aujourd'hui mis la main sur tout ce qui a été fait en musique. Mais imaginons que ça arrive un jour, je pense que je le ferais restaurer. Une large partie de ma collection de vinyles est injouable mais il y a des soirs où je ne pas m'empêcher dans passer certains même si le son est merdique !

Quels sont les Djs qui ont retenu ton attention ces derniers temps ?
Il a une Dj, Clementine qui a à peine 20 ans, qui est déjà incroyable et qui marche hyper bien en France et en Europe ! Elle joue de la super house et de la funk - j'espère qu'elle ira loin. Et puis j'ai un grand pote à Grenoble qui a une collection de vyniles inimaginable et un talent fou - il n'est pas très connu, ce qui est très dommage. Ça arrive trop souvent. Je pense aussi à plein de producteurs qui produisent des choses merveilleuses et qui ne font pas parties de labels. La plupart du temps, ces artistes n'ont jamais la considération qu'ils méritent. Donc j'essaie d'aider en organisant des soirées et en les faisant jouer. C'est quelque chose que j'aimerais faire davantage dans le futur. Il existe plein de pépites en dehors du classement proposé par Resident Advisor. Des artistes bourrés de talent qui ne cessent de m'impressionner par leur savoir-faire et leur connaissance très pointue de la musique et qui se foutent d'être connus. Ce sont à eux qu'il faut s'intéresser. 

Credits


Texte : Gabriel Szatan

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