on veut tous faire partie du gang ferrari concept

La créatrice Paige Horinek réconcilie androgynie et hyper-masculinité, mode et grosses voitures. Rencontre avec celle qui se cache derrière l'une des nouvelles marques les plus cool du moment.

par Lisa Riehl
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18 Avril 2016, 1:05pm

Ferrari Concept débarquait à Paris lors de la dernière fashion week parisienne pour présenter sa nouvelle collection : sous un éclairage tamisé, des strip-teaseuses se déplaçaient dans un "American Dream Strip Club" accompagnées de mannequins vêtus d'une collection sous licence Ferrari, comme le nom le laisse entendre. Des mini-jupes (beaucoup), des costumes et des vestes en cuir, agrémentés de mailles, d'imprimés léopards, de t-shirts camouflages et de fourrures. Malgré les clichés que draine une marque de voiture tape-à-l'oeil dans son sillage, ils ne s'appliquent pas forcément à cette marque, un soupçon moqueuse. En effet, la collection ne se rapproche en rien de ce qui pourrait être pensé pour des propriétaires de voitures de sports. C'est une collection plus nostalgique que futuriste. Encore plus lorsque l'on sait que des références ironiques à la marque de voiture apparaîtront dans la collection suivante - comme sa fondatrice Paige Horinek a pu le déclarer. On a discuté avec elle de ses mannequins, du genre et de Ferrari bien sûr.

Comment transposer la silhouette, la forme et la vitesse d'une voiture dans la mode ? Est-ce que tu penses à une Ferrari quand tu crées des vêtements ?
Notre approche du design est assez ironique. On associe Ferrari à une certaine notion du cool, que l'on connaît mais à laquelle on n'adhère pas forcément. Le nom d'une marque de voiture attire l'attention et offre quelque chose d'aussi bête que sexy, d'aussi inattendu que familier.

Pour continuer dans les clichés relatifs à Ferrari, que t'évoque la couleur rouge et que signifie-t-elle pour Ferrari Concept ?
Le rouge, c'est osé, marrant, sexy et puissant. Et le rouge jouera un rôle majeur chez nous dans le futur, sans aucun doute. Je trouve que le rouge se rapproche beaucoup du noir - le rouge est le noir des courageux.

Les gens courageux, c'est votre coeur de cible ?
Notre coeur de cible, c'est tous les gens qui apprécient ce que l'on crée. Je pense à quelqu'un - un homme, une femme, un trans - qui n'a pas besoin de s'exprimer via son style, mais qui l'utilise comme une critique du monde qui l'entoure, comme une aide pour évoluer dans ce monde fou.

Quels étaient tes critères de casting pour les mannequins qui apparaissent dans le premier look book ?
J'aime croire en mon instinct. En même temps je suis très fière de la famille qu'on a créée avec les mannequins. C'est vraiment important pour nous de rester loyaux à certains d'entre eux.

Jusqu'où cette famille peut être diversifiée ; jusqu'où doit-elle l'être ?
Je pense que les créateurs d'aujourd'hui se doivent de souligner la diversité culturelle et ethnique. Je pense qu'il y a encore beaucoup de progrès à faire, même si je ne sais pas à quoi ressemble une représentation parfaitement correcte de la diversité. Je ne sais même pas si elle est possible. Mais je suis clairement prête à apprendre, pour qu'on puisse se trouver une façon de faire positive et consciente.

Quelle est ton approche de l'unisexe ? Est-ce qu'il y a un concept pour chaque genre, ou est-ce que les vêtements peuvent être portés par des hommes comme par des femmes ?
Je préfère le terme "ambisexuality", il résume mieux notre concept. Notre collection contient des pièces féminines et masculines et nous aimerions qu'il y ait une connexion harmonieuse entre les deux. Cela n'a rien de politique. Je pense que le seul rôle que doit jouer le genre dans la mode, c'est justement de questionner nos préjugés en rapport au genre pour en extirper un dialogue ironique. 

Les voitures belles et rapides sont encore un hobby très masculin. D'où puises-tu l'inspiration pour les pièces féminines ?
Question intéressante. Comment se créé une pièce, féminine ou non ? J'aimerais aussi le savoir. Je pense que les nouvelles interprétations de noms ou de symboles sont toujours très excitantes.

Tu as appelé ta première collection The Atomic Collection - qu'est-ce que ça veut dire ?
Le mot "atomic" est à la fois violent et insignifiant. Il ne décrit pas la collection, mais plutôt l'indisputable attraction qui émane des choses, des gens et des éléments.

Qu'est-ce qui est plus important dans les collections Ferrari Concept, le concept dans son entièreté ou les vêtements pris individuellement ?
Les deux sont aussi importants. On n'est pas le genre de marque sur laquelle tu peux tomber par hasard. Nos images sont envahissantes et c'est fait exprès. Elles sont censées être évaluées, critiquées. En suivant cette logique, les vêtements ne peuvent pas être séparés du concept. Si vous en achetez, vous achetez aussi le concept qui est derrière.

Ferrari Concept est décrit en contrastes - minimalisme et expression forte, intemporalité et modernisme. Comment cela transparait dans la collection ?
J'aime bien m'accrocher à l'aspect intemporel de la modernité. Je pense que c'est la seule manière de rester pertinent. C'est synonyme de la modernité du milieu du siècle dernier ; le début du moderne, si on veut. J'essaye d'allier cette notion à des éléments de style plus rétro.

Ferrari c'est Italien, tu es Américaine et le siège de Ferrari Concept est à Berlin. À quel point les différents pays et cultures t'influencent ?
Je pense que la nature humaine et sa manière de s'intégrer au sein de différents endroits est plus intéressante que les endroits en eux-mêmes. Aussi, je ne peux pas me détacher des expériences que j'ai vécues, alors Ferrari Concept est un mélange de tout les gens qui ont marqué ma vie.

Que peut-on attendre après cette première collection ?
On a déjà reçu un tas d'offres pour des événements et des collaborations avec des magazines d'art et de mode. On nous a aussi proposé des collaborations exclusives avec certains concept stores. Mon équipe et moi, on est de retour à Berlin pour bosser sur la nouvelle collection. 

ferrariconcept.com

Credits


Texte Lisa Riehl 
Photographie Yulya Shadrinsky
Stylisme Erik Raynal 
Production Margo Kirlan, Oleksandra Knyr

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