la rappeuse little simz n'a besoin de personne pour réussir

i-D et G-Star Raw ont rencontré la jeune rappeuse londonienne, indépendante et sereine, à l'issue de sa tournée aux États-Unis.

par i-D Staff
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04 Mai 2016, 1:20pm

En 2016, le rap et le Grime anglais vivent un second souffle. Stormzy et Skepta, les fers de lance de cette renaissance, commencent sérieusement à s'exporter outre-Atlantique - comme en témoignent leur passage remarqué au festival SXSW ainsi que leur tournée sur tout le territoire. Beaucoup a été dit sur ces quelques MCs britanniques dont l'Amérique ne peut plus se passer. On parle moins des filles : pourtant, Little Simz n'a rien à envier à ses homologues masculins. Depuis trois ans, elle s'investit dans le paysage musical américain et avance en solo. Elle a joué dans trois SXSW et vient d'achever sa seconde tournée - tout ça, sans l'aide de personne, puisque la jeune musicienne a toujours refusé d'appartenir à un label. À 22 ans, Simz est l'une des rappeuses les plus talentueuses de sa génération et une conteuse hors-pair. Elle ne fait pas qu'assembler des mots qui vont bien ensemble, elle peint le monde qui l'entoure avec une justesse inégalée, à l'image de son premier album, A Curious Tale Of Trials + Persons. Aux côtés de G-Star Raw, i-D a retrouvé Little Simz pour parler de son départ de Islington pour Los Angeles, de son refus de l'étiquette et de sa musique qui ne tardera pas à mettre tout le monde d'accord…

Tu es de retour ! C'était comment, cette tournée?
C'était génial, je me suis éclatée. 

Pendant ta tournée, quels étaient tes essentiels ? 
1). La bande-son de ma tournée, c'était  Choose Your Weapon de Haitus Kaiyote. Pour chaque vol, chaque terminal. Avant de me rendre à l'aéroport, sur le chemin déjà, je savais que cet album me suivrait pendant toute la tournée.

2). Et pour contrer la solitude des chambres d'hotel la nuit, j'écoute How To Get Away With Murder. J'adore Viola Davis.

3). Mon indispensable est une bouillotte que je trimballe dans mon bagage à main : je déteste avoir froid !

4). Et pour les fringues, j'avoue que pour la première partie de la tournée, j'ai porté la même tenue. J'avais juste un costume de scène, un mix de G-Star et de Zara, et un costume noir. J'adore la coupe et l'esthétique pensées par G-Star. J'aime ce qu'elles revendiquent. G-Star c'est une marque, mais c'est avant tout un état d'esprit : ce qui importe, c'est d'être soi et bien dans ses baskets. Certaines marques essaient trop de vous pousser à pénétrer leur univers. Le style pour moi, c'est une question de subjectivité, d'identité. Il faut le faire sien.

Little Simz a recréé le style de son clip Dead Body pour sa tournée, un mélange de G-Star RAW et de Zara.

En quoi l'identité est importante dans l'industrie de la musique ?
C'est la seule chose que personne ne pourra jamais prendre. On ne peut pas me la voler. On ne vole pas l'identité des gens. On peut leur piquer leur musique, leur flow, mais pas leur aura profonde. C'est pourquoi l'identité est si importante. C'est la seule chose qui nous appartient, vraiment.

Tu joues aux États-Unis depuis trois ans maintenant. Tu as commencé très jeune, comment ça s'est fait ? Tu dirais que ce parcours atypique a lancé ta carrière ?
Depuis mon arrivée, il y a trois ans, les choses ont bien changé. Mon premier concert aux États-Unis, c'était en 2014. À Los Angeles, je crois. Ou pour le festival SXSW, je ne sais plus. Quoiqu'il en soit, ça a fonctionné parce que je m'étais trouvé une agence, ICM, en 2013 à LA. C'est grâce à eux que j'ai eu mon premier festival SXSW. À cette époque, personne ne me connaissait. La seconde fois où je m'y suis rendue, pareil. Cette année, les gens sont venus pour moi. Donc en trois ans seulement, je suis passée de 'personne' à 'quelqu'un'. Quelqu'un qui a un public, un vrai, qui se déplace pour venir la voir. 

Qu'est-ce qui s'est passé ?
J'ai porté un message. Sans rentrer dans le deep, porter un message et l'intégrer à son univers pour ensuite inviter le public à s'y rendre. Je savais que ça arriverait un jour, ce déclic. Je me souviens [on m'a dit ça tout récemment], que les meilleures choses mettent du temps à se faire. Je savais que ce serait bientôt le bon moment. Enfin, ce n'est pas fini, je ne suis pas encore assez fière de moi mais au moins, je sais que ça peut changer et que ça prendra du temps. 

Tu es plutôt du genre spirituelle ? 
Carrément. Mais pas du genre 'Enfant indigo' ! Au fond de moi, je sais que je suis quelqu'un de profondément spirituel et de très connecté à son environnement. Je crois complètement à ce genre de trucs. Mais j'en parlerais pas avec n'importe qui. C'est une énergie que je ressens au fond de moi. C'est ce qui me rend spirituelle, en un sens. C'est en moi, j'en parle un peu dans mes chansons mais ça s'arrête là. 

Pourquoi t'es-tu très vite intéressée aux Etats-Unis, en tant qu'artiste, alors que tu es originaire d'Angleterre ? C'était une stratégie ?
Absolument pas, je pense réellement que c'était mon destin. Je ne me suis jamais sentie 'pleinement' londonienne. Enfin, disons que je n'ai jamais eu envie de me restreindre ni de m'imposer des limites. Au fond de moi, c'était une évidence, il fallait que je fasse mes trucs là-bas, que je construise quelque chose. Et c'est toujours ce que je suis en train de faire. Aujourd'hui, je pense sérieusement à m'installer aux Etats-Unis parce que je sais que ça marchera. En même temps, j'ai plein de trucs à accomplir à Londres. J'essaie de me poser les bonnes questions. C'est plus facile à dire qu'à faire mais j'ai la chance d'être bien entourée. J'ai mes amis, ma famille, qui me rappellent que tout est possible. Ils me soutiennent au quotidien. Si les gens que j'admire et que j'aime me disent que je fais le bon choix, je n'ai rien à perdre. Si ça ne marche pas, je rentrerai à la maison. Elle sera toujours là.

Tu dirais que le public américain comprend mieux ta musique ?
Oui, clairement. Ça a changé, de façon assez dingue. Je ne saurais pas dire à quel moment exactement, mais je me suis sentie comprise et entendue. Plus que n'importe où. Je me sens toujours un peu incomprise en tant qu'artiste mais je trouve que les gens font plus attention et je sens qu'ils cherchent à me comprendre. C'est particulièrement vrai aux Etats-Unis.

D'après toi, pourquoi les gens ne comprennent pas toujours ta musique ?
Je pense que les gens ne savent plus où donner de la tête. Vu que je fais les choses de mon côté, sans avoir de label pour justifier ou étiqueter ma musique.

On est en 2016 quand même… Le public sait que certains artistes font tout par eux-mêmes, non ?
Je dirais que c'est mon identité qu'ils ne comprennent pas - le fait que je fasse ce que je fais, en étant une jeune femme, sans être signée chez aucun label. Ça irait si elle avait vu d'autres faire comme elle, Simz ou JME. Je pense que les gens ne comprennent pas ce que je fais, ni le fait que je sois exigeante. Mais c'est normal, je place mes pions. Je ne fonce pas sans réfléchir, rien n'est impulsif. Je ne dis pas oui comme ça. Et je n'ai jamais eu peur de dire non.

Comment te décrirais-tu en tant qu'artiste ?
Je suis vulnérable, hyper-sensible. Intègre et imparfaite. Prudente, aussi. Je fais très attention. Et puis de l'autre côté, je suis très je m'en-foutiste. Je me situe à la charnière entre ces deux états.

Tu penses que le grime et le rap anglais vont s'imposer aux Etats-Unis ? Est-ce qu'on doit réellement s'en soucier ?
Je pense qu'on a une chance à saisir. Alors pourquoi pas ? Il reste pas mal de boulot à accomplir mais on a une chance. La preuve, j'ai joué au SXSW cette année et sur SBTV…(plateforme médiatique anglaise de la scène musicale underground, ndt)

Oui, c'est rare d'entendre des femmes sur ce genre de plateformes, ça fait du bien.
C'est sûr.

Mais ça reste difficile de faire ce que tu fais - j'aime pas trop parler de la condition des rappeuses mais à mon sens, c'est plus dur pour une femme de percer aux Etats-Unis dans le rap, non ?
Mais quand bien même, je déteste les étiquettes. Quelles qu'elles soient. Si un mec me demande 'C'est quoi ce truc ?' Ce sera comme ça, et pas autrement. Les labels, je les laisse aux autres. Dans un an, j'aurais peut-être envie de faire un album influencé par le rock'n'roll. Donc, quoi ?

Tu es musicienne.
Voilà. Je suis musicienne, c'est tout. Si tu te penches sur mon répertoire, tu remarqueras qu'il est très divers. Le rap est prédominant, bien sûr, c'est mon territoire, un langage que j'ai fait mien. Je suis une fille qui aime apprendre et qui aime grandir. J'adore être une éponge, observer. Lors des enregistrements, j'adore observer les ingé son faire leur travail, sans rien dire. La musique me permet de prendre des risques, d'essayer de nouveaux trucs sans avoir peur. J'aime tellement ça et je m'y sens si bien que je pourrais rien faire d'autre de ma vie. 

Mais tu ne veux pas qu'on t'étiquette et tu ne veux pas d'un label non plus. 
J'aimerais mieux pas, non. Mais je comprends tout à fait qu'on en ait envie ou besoin. Je ne suis pas du tout contre les labels. C'est juste qu'aujourd'hui, j'ai besoin d'aller à mon rythme. Quand je regarde le parcours de Chance The Rapper, je me dis qu'on peut parvenir à de grandes choses, seul. Il faut observer les gens pour pouvoir s'imprégner de leur expérience et l'appliquer à son parcours à soi. En ce moment, je me répète que je n'ai rien à perdre.

Quels sont tes projets, en ce moment ?
Je viens de finir ma tournée, là je reviens d'Israël où j'ai joué pour l'événement 30 Under 30 de Forbes. C'était incroyable, vraiment. J'ai emmené ma mère avec moi. Sa venue représentait beaucoup de choses, parce qu'elle pouvait enfin me voir dans mon élément. Je suis triste que la tournée se termine - enfin, heureuse et triste en même temps. Entre les deux mon coeur balance ! Là, je m'engage dans un nouvel enregistrement. J'ai besoin de travailler sur de la matière nouvelle. J'ai été sur la route tellement longtemps que le studio en a fini par me manquer. J'avais besoin qu'il me manque pour qu'à mon retour, cette sensation me pousse encore plus loin. Au cours des derniers mois, j'ai rencontré des tonnes de gens et j'ai eu de super discussions avec un grand nombre d'entre eux. Donc j'ai plein de choses à raconter, c'est un bon début pour un album. Je suis pleine, tellement pleine ! De mots, d'idées. C'est ça qui m'importe, là tout de suite. Ça et rien d'autre.

Little Simz est habillée en G-Star RAW. Elle porte le G-Star 5620 Elwood, à l'occasion du 20ème anniversaire de la marque.

@LittleSimz