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non, kim kardashian n'a pas inventé le contouring

Et ouais. Les autres étaient juste plus discrets.

par i-D Staff
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09 Décembre 2015, 2:30pm

@kimkardashian

Le contouring est la nouvelle tendance beauté qui envahit nos écrans, nos feed Instagram et abreuve Youtube de tutos par milliers. La technique maquillage conçue pour souligner certaines parties du visage et en estomper d'autres, accentuer nos plus fiers atouts et redéfinir ceux qu'on souhaite camoufler aux yeux du monde compte désormais des milliers d'adeptes. À l'image de son clan Kardashian, fervent défenseur du selfie et du glamour 2.0, Kim se cache fréquemment derrière la fameuse recette magique du contouring. Mais doit-on réellement à la fratrie Kardashian l'invention de cette nouvelle esthétique ? Et bien pas du tout. Voici la vérité…

L'histoire du contouring remonte bien plus loin que la sex tape de Kim - ou même que sa naissance. Cacher sa peau sous des couches superposées de maquillag, c'était déjà un truc battait déjà son plein à l'âge d'or d'Hollywood et Marlene Dietrich, Marilyn Monroe ou Audrey Hepburn en étaient les plus fières adeptes. Celles qu'on considère encore aujourd'hui comme des icônes de beauté sont les ancêtres du contouring - sauf qu'à l'époque, ce qui était à Hollywood devait rester à Hollywood. Les secrets de l'industrie restaient tapis dans l'ombre et sans réseaux sociaux, il était bien difficile de se procurer les conseils beauté des stars. Jusque dans les années 1990, quand Kevyn Aucoin proposait un maquillage sculptural et théâtral pour ses couvertures Vogue, les chances de parvenir au même résultat à la maison étaient bien minces et le secret des backstages bien gardé.

Mais le contouring est surtout l'apanage des drag queens. Quiconque a vu ou connu RuPaul dans ses années Drag connaîtra le pouvoir transformatif du maquillage. RuPaul avait à ses côtés le terrible Mathu Andersen, son collaborateur de longue date et maquilleur professionnel. Mathu avait coutume de dire que "c'est en dehors des limites que se dessine la vraie créativité" et c'est à l'aune de ses maquillages pour la scène drag que se sont dessinés les looks de nos starlettes actuelles. "Tout disparaît, tout est éphémère," explique Andersen. "C'est superficiel, une simple question d'angles et d'ombres, un autre visage de soi. C'est une expérience qui parle de soi, ça n'a rien à voir avec la vraie vie, mais c'est en soi une métaphore de ce qu'on veut être". Lorsque Andersen parle du maquillage comme d'un jeu, on a envie d'y croire.

"Les femmes qui utilisent des cosmétiques manqueraient de confiance en elles? Je ne suis pas d'accord", enchaine-t-il. je n'essaie pas de rendre les gens malheureux, j'aime le faire. La tendance est à l'extrême, c'est ce qui me plait, ça fait partie du jeu, ça n'a rien à voir avec la réalité mais avec le rêve, l'idéal. Et pour être sûr que rien n'est vrai, rien ne vaut d'essayer à son tour. C'est comme de la peinture, rien de mal à ça."

Mais par quelle baguette magique sommes-nous devenues les reines du contouring ? Qui a ouvert les voies à la transformation faciale par la peinture à outrance ? Si l'école de maquillage de Max Factor proposait dans les années 1945 des formes primitives du contouring, 2012 a marqué un tournant sans précédent dans son histoire : Kim Kardashian dévoilait les photos "avant après" de sa routine beauté. Rayures blanches sur lignes oranges, le secret s'est répandu comme une trainée de poudre. Les grandes marques, jamais loin du buzz, commençaient à prodiguer leurs conseils cosmétiques à grand renfort de produits et de kits. Puis vint le règne des gourous du contouring sur les blogs et Youtube, dont les dizaines de tutos mondialisaient la technique Kardashian.


Hood By Air SS 2016 Photographie : Jason Lloyd-Evans

En 2015, la beauté est devenue un énorme business en ligne. Selon Marc Zapanta, une des jeunes starlettes masculines du make-up sur Youtube, les plus grandes tendances beauté de ces derniers mois viennent de Kylie Jenner (coucou clan Kardashian) ou des Vloggeurs Jaclyn Hill et Desi Perkins. "Chaque produit qu'elles mettent en scène dans leurs tutos sont achetés par milliers dans la seconde qui suit. Ces YouTubers et célébrités aux millions de followers ont un pouvoir gigantesque sur les gens et les marques." Alors pourquoi se déplacer dans son Sephora pour apprendre à se maquiller comme une star quand on peut tout simplement scroller sur Instagram et analyser le nombre de couches et de pinceaux nécessaires pour réussir son contouring ?

Quand j'étais adolescente, c'était par ma soeur et leurs magazines que j'obtenais les meilleurs conseils make-up. Comment faire un dégradé avec l'ombre à paupière, réaliser un smoky-eye, faire un trait parfait d'eyeliner, tout ça s'apprenait devant une glace après des dizaines de tentatives (ratées). La séance maquillage était bien ce rituel adolescent semé d'embuches et dont on ne sortait indemne qu'après un long apprentissage - inutile de démentir, il n'y a qu'à jeter un ?"il à vos photos Facebook d'il y a cinq ou six ans. Maintenant, il suffit de regarder un tuto YouTube pour apprendre. Et si vous voulez savoir comment Amber Rose se dessine une bouche parfaite au rose, il suffit d'aller sur Instagram et de suivre Priscilla Ono, la maquilleuse d'Amber et la star interplanétaire des réseaux sociaux. Elle est dans le métier depuis dix ans bientôt et voit la montée des gourous du maquillage en ligne comme une bonne chose. "Pour moi, le maquillage est l'instrument magique pour gagner en confiance, raconter une histoire, explique-t-elle. Certaines de mes clientes sortent plus heureuses, affirmées, au fur et à mesure qu'on les maquille. Ce n'est pas une fin en soi mais un instrument, tout simplement." A l'heure où les secrets beauté sont accessibles à tous et à toutes, le maquillage devient le symbole d'une affirmation de soi. Il ne s'agit pas forcément de se cacher derrière les couches de fond de teint mais de souligner ses plus beaux atouts.

Puisqu'on peut se connecter sur YouTube en moins de trois secondes et apprendre à resculpter son visage en quatre minutes, il semblerait que le pouvoir des cosmétiques soit parvenu à son paroxysme. Oui mais non. Parce qu'au même titre que la mode, la beauté est cyclique. Il y aura une tendance, un gros boom et l'éternel retour au "nude" (le fameux "less is more", bien sûr) avant de repartir de plus belle. Mais que nous raconte cette tendance actuelle ? Qu'a-t-on à apprendre de cette génération qui ne jure que par le contouring ? La make-up artist Bobbi Brown s'est élevée contre cette tendance à l'exagération et exprimé son refus de vendre des produits pour contouring; de son côté, Hood By Air a délibérément choisi l'outrance et fait défilé ses mannequins pour sa collection printemps/été 2016 en laissant apparaître tous les contours du maquillage : autant le dire, contouring ou pas, une chose est sûre, le maquillage sera toujours un jeu. 

Credits


Texte : Elizabeth Pankhurst Moffatt