la révolution russe de gosha rubchinskiy est en marche

Gosha Rubchinskiy continuer à secouer la mode homme en présentant son défilé à Florence, créant des ponts entre le post-soviétisme russe et l'histoire de l'Italie.

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juin 17 2016, 9:20am

Gosha Rubchinskiy spring/summer 17

Dans la terre contrastée qu'est devenue l'Italie, le voyageur a tendance à oublier que le pays fut, jadis, dirigé par le régime fasciste. D'où cette sensation d'étrangeté qui nous a saisie lorsque Gosha Rubchibskiy a annoncé qu'il défilerait à Florence cette saison. Qu'est-ce qu'un jeune créateur russe, dont les créations flirtent avec la nostalgie du Moscou underground des années 1990, ferait dans la cité de Da Vinci et Michelangelo ?

Quand on est arrivés au lieu de rendez-vous, une ancienne usine de l'ère mussolinienne à tabac, choisi pour son défilé, tout a soudain fait sens. "J'ai trouvé l'endroit fait pour Gosha, ici, à Florence. On a réalisé un livre photo, une vidéo et une collection ici. Cette usine à tabac, c'est un peu ma maison. Une pièce rapportée de Russie, une pièce de Gosha, au cœur de Florence," a-t-il confié, après le show, fidèle à son esthétique normcore de la Russie post-soviétique. "Les choses qui se sont passées en Russie à cette époque sont en quelques points similaires à ce que l'Allemagne ou l'Italie vécurent. C'est pourquoi les bâtiments sont les mêmes chez nous, en Russie," note Gosha, en référence aux systèmes communistes, nazis et fascistes des années 1930 et 40 ainsi qu'à l'Europe divisée qu'ils ont laissée au peuple. "La première fois que je suis venu ici, je me suis senti chez moi, à ma place. Dans un endroit que mes yeux et ma mémoire ont reconnu tout de suite. Et du même temps, l'ère fasciste du pays a résonné dans ma tête. Il faut se souvenir de son histoire."

Gosha Rubchinskiy spring/summer 17

Ce débat enflamme les consciences de l'industrie de la mode depuis que le bloc de l'Est a fait son irruption en son sein, il y a deux ans de ça, avec à sa tête, la styliste Lotta Volkova - elle-même enfant de l'Union soviétique - son fidèle ami, Gosha Rubchisnkiy et Demna Gvasalia, le cerveau de Vetements, dont l'adolescence s'est passée derrière le Rideau de Fer. De quoi s'agit-il ? Est-ce de la nostalgie ? La romance imagée d'un communisme dictatorial ? "C'est une esthétique," rappelle Rubchinskiy en backstage qui entend avant tout

Questionner le monde d'aujourd'hui : « Qu'est-ce que l'Europe ? L'Italie ? La Russie ? À mes yeux, c'est comme un film de Pasolini, Saló par exemple," explique-t-il, en faisant référence au film communiste très controversé du réalisateur iconique italien, dont l'esthétique dérangeante le conduira à la mort, en 1975. "Je m'interroge sur le devenir du monde, je regarde ce qui se passe autour de moi — ce qui va advenir. Les gens sont libres d'aimer ou de détester. Je ne fais que poser des questions."

Gosha Rubchinskiy spring/summer 17

Le paysage politique occidental et les tensions chez les jeunes générations l'inspirent, sans aucun doute. Le terrorisme, la crise des réfugiés, les politiques d'austérité, la guerre, sont une réminiscence de la crise que l'Europe traversait déjà dans les années 1930 ainsi qu'à l'ascension fulgurante des extrêmes, à droite comme à gauche en politique — une tendance qu'on retrouve avec amertume chez Donald Trump aux Etats-Unis. "Je ne parle que de maintenant. Tout reflète le maintenant. Mes créations reflètent mes réflexions du moment. Toutes les idées dingues que le 20ème siècle a enfanté renaissent aujourd'hui, gagnent en popularité et je pense qu'il est sage de questionner ce retour", martèle Rubchinskiy. À l'image de son casting juvénile, Gosha est le créateur d'une nouvelle génération en marche, instagrammée, snapchattée, mondialisée. Celle qui n'a pas connu les nineties mais qui est née dans un monde en crise. Rubchinskiy est leur leader. Et comme l'a prouvé son défilé de mercredi, son esthétique n'est pas que le reflet d'un sursaut de nostalgie.

Gosha Rubchinskiy spring/summer 17

Gosha Rubchinskiy spring/summer 17

Gosha Rubchinskiy spring/summer 17

Credits


Text Anders Christian Madsen