la mode pure et dure

Ce week-end, aux défilés printemps/été parisiens, Comme des Garçons a réclamé sa simplicité. Haider Ackermann et Andreas Kronthraler pour Vivienne Westwood quant à eux avaient une approche différente de la pureté.

par Anders Christian Madsen
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03 Octobre 2016, 10:30am

En plus des références historiques, les collections printemps/été 2017 auront pour beaucoup développé une certaine idée de la pureté. C'est exactement ce que disait Miuccia Prada après son défilé, en déclarant que sa collection dépouillée faisait appel à l'élégance et la simplicité. C'est ce qui qui a poussé Christopher Kane à référencer la Seconde Guerre Mondiale, un aspect fonctionnel. Et c'est ce dont parlait Rick Owens lorsqu'il affirmait que ses robes - l'élégance pure ! - étaient une réaction au(x) déclin(s) auquel nous faisons tous face - celui de la nature, du genre humain, le nôtre… Samedi soir à Montmartre, Rei Kawakubo a suivi, avec sa collection Comme des Garçons la plus austère depuis nombre d'années. Ce qui paraît étrange quand on en regarde les photos. Sur plusieurs saisons, Kwakubo s'est exprimée par l'énormité et des créations gigantesques, à tel point que la taille n'était plus le sujet. C'était ce qu'elle en faisait, ou dans ce cas, ce qu'elle n'en faisait pas. 

Version la plus pure et la plus extrême de Comme des Garçons, la collection tendait à refléter l'idée de vêtements invisibles - des vêtements dont on ne voit ni le début ni la fin. Cette idée d'une deuxième peau, des pièces si pures et personnelles que l'on fusionne avec. Peut-être que la pureté ici était l'expression d'un besoin d'isolement, une manière de réagir à un mode qui nous force à réagir, et où cette réaction se doit d'être forte, visible et entendue. 

Le travail de Kawabuko est toujours une réponse au statu quo social et politique, mais ne nous emportons pas en analogies. Après tout, le message derrière l'affinité de cette saison pour la pureté et l'élégance, c'est la simplicité, ce qui sous-entend de retenir notre incessant besoin de trouver de la complexité où il n'y en a pas toujours. Et si l'on s'imagine difficilement porter ces vêtements, leur simplicité réside dans le fait qu'ils sont chacun une seule pièce, un look complet qui s'absout de stylisme. À l'inverse, il n'y avait rien de simple dans la collection d'Haider Ackermann, à part peut-être le message optimiste qu'il a si souvent fait passer. 

Il l'a souvent dit : ses collections sont les rayons de lumières que les temps sombres lui imposent. Il en allait de même pour sa cacophonie de couleurs, samedi matin. Typiquement Haider Ackermann, mais encore plus fou, plus fantastique, plus tout. La collection présentait tellement de silhouettes qu'on croyait voir plusieurs collections en une. Alors le choix revient à celui qui porte les vêtements ? C'est peut-être ça, la simplicité. Pour son défilé Vivienne Westwood, Andreas Kronthraler déclarait, dans ses notes, son amour pour les femmes à qui il doit sa carrière - dont sa femme Vivienne, bien sûr. Elles lui ont inspiré cette collection, au même titre que ses vacances, ce qui explique l'air méditerranéen et ce sens de l'exubérance. 

Kronthraler ne s'est pas jeté bras ouverts dans cet élan de pureté, mais dans l'honnêteté et la bonté qui traversent son travail - à défaut de la pureté, de la création pure - réside un message de liberté d'expression, de neutralité du genre et célébration de l'humain. 

Credits


Texte Anders Christian Madsen
Photographie Mitchell Sams

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