zer0, le groupe anti-brexit que vous devez connaître

Au-dessus de la Manche, le pianiste français Sasha Rudy et le rappeur londonien Uzzee construisent une musique à la charnière de tout. Une alliance scellée dans un tout premier EP, sobrement intitulé «​ 0​ ».

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07 novembre 2018, 2:42pm

Il existe des conneries d'adolescents dont on restera toujours fier - parce que les secousses hormonales qui caractérisent cette période de vie génèrent parfois des bouleversements d'ordre cosmique ou des revirements de destinée qui valent bien toutes les heures de colle du monde. Le jeune musicien français Sasha Rudy peut en répondre. En 2015, il n'a que 14 ans lorsqu'il parvient à ruser l'un des videurs du Wanderlust et se faufiler dans le club parisien. Il y fait la rencontre du rappeur et guitariste londonien Uzzee, repéré parmi la foule grâce au koufi bolivien « hyper chelou » qu'il arbore, vissé sur la tête. Ensemble, ils forment aujourd'hui le duo Zer0, une nouvelle fédération musicale perchée en équilibre au-dessus de la Manche dont le premier EP, « 0 », vient de sortir.

Aussi obscur soit-il, leur nom symbolise la promesse de l'infini. Zer0 est un éternel recommencement, un accident on repeat. Si l'urban dictionnary voit en ce patronyme un aveu de faiblesse (celle de ne pas pouvoir s'accorder sur un nom), les musiciens qui se cachent derrière le duo l'expliquent tout autrement. Pour eux, il s'agit de poser les contours (invisibles) d'une liberté créative, de se donner le droit d'errer et de muter autant que voulu dans des sonorités anachroniques. Du hip-hop ils ont hérité un certain sens du storytelling, du jazz une propension à l’improvisation, de l'électro un amour inconditionnel pour les synthé. « Nous vivons à l'époque du collage, explique Uzzee à ce sujet. On redéfinit en permanence les référents passés. Il n'y a pas de création ex-nihilo à proprement parler, il s'agit désormais d'associer ». De combiner, de bidouiller, de tordre le passé sans pour autant rétrograder.

Quelque part entre The Streets, Miles Davis, BadBadNotGood et Cosmo Pyke, Zer0 trace sa route dans les couloirs du temps. « Nous sommes d'une génération rompue à la pratique du shuffle, explique Sasha . J'ai toujours adoré écouter Fela Kuti, un morceau de musique brésilienne puis un classique du rock des années 1970, à la suite les uns des autres. » Pas d'horizon figé donc ou de pythie-en-chef, les deux musiciens cumulent les héros mais ne les classent pas, ne hiérarchisent rien et voguent jusque dans les recoins musicaux les plus reculés. « Si l'on y regarde bien, en filigrane se dessinent quelques référence heavy metal dans notre musique, c'est un genre qui nous unit et que l'on compte aussi investir un de ces quatre » explique Uzzee, sans crainte de se faire taxer de songe-creux.

Dans « Orpheus », le morceau qui nous a fait planer tout l'été, ou sur leurs titres « Sun » et « Inner Demons », Sacha et Uzzee content les mythologies refoulées de notre monde qui oublie ses légendes. Eux, les embrassent, les chérissent. « L'homme a cru qu'il pouvait vivre sans mythologie, sans histoires, expliquent Sasha et Uzzee à deux voix. On a cru qu'il était possible de vivre dans un monde purement économique mais il est évident que l'on se rend tous les jours un peu plus compte qu'il nous manque une autre dimension, il nous manque des histoires communes, des fables. On nous a répété toute notre jeunesse que c'est en tant que personne que nous devions nous révéler, nous accomplir. Mais notre génération tente de rétablir une destinée collective. » Oui. Un truc qui nous dépasse et qui nous fait du bien justement parce qu'il nous dépasse. On est d'accord.


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