n'allez pas au burning man, instagram a tout gâché

Dans un récent article, la directrice du festival déplore la marchandisation de l'image de Burning Man et l'influence néfaste de la culture Instagram.

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20 Février 2019, 9:25am

« Burning Man ». La simple évocation de ce festival fait naître en chacun des fantasmes inavouables (ou des angoisses de mort, au choix). Dans l’imaginaire collectif, ce rendez-vous annuel planté dans le désert de Black Rock au Nevada est une utopie hallucinée d’une semaine, basée sur l’inclusion, l’expression de soi, l’effort en commun, l’affranchissement des lois du marché… Sauf que non. Ou en tout cas, de moins en moins.

Il y a quelques jours, Marian Goodell, la Directrice générale de Burning Man, s’exprimait dans un long article sur The Burning Man Journal. À l’heure des préparatifs de l’édition 2019 dont les tickets s’apprêtent à être mis en vente, elle y adressait l’influence néfaste de la culture Instagram sur l’essence même du festival. Depuis quelques années, Goodell constate une marchandisation et une exploitation grandissantes de l’image de Burning Man et de Black Rock City, cette ville éphémère organisée en camps.

« L’une des tendances les plus alarmantes est l’augmentation des participants qui n’ont plus aucun intérêt à construire collectivement Black Rock City, et qui viennent en tant que consommateur, » explique-t-elle. Un comble pour un festival qui tente justement de jouer hors des règles capitalistes. Malheureusement Instagram n’a pas de frontières. Aujourd’hui, sous l’impulsion d’une culture qui s’intéresse d’avantage à montrer une expérience qu’à la vivre réellement, Burning Man est devenu le décor parfait pour des shoots commerciaux ou des échanges de bons procédés entre influenceurs et marques en quête d’une transgression confortable. « Récemment, j’ai appris que plusieurs lancements de produits avaient eu lieu pendant le festival l’an dernier. Sérieusement ? »

« Dans certains cas, des camps ou des entreprises offrent des expériences du festival encadrées et toutes faites, affirmant pouvoir anticiper les moindres besoins de leurs clients. Mais Burning Man est tout sauf confortable et prévisible, » continue Goodell. Résultat : des troupes d’influenceurs sponsorisés par des marques s’installent dans des « camps de luxe » à Burning Man. Dernier en date, le camp Humano, dont le prix et l’organisation alarmante lui ont valu d’être comparé au Fyre Festival. Pour cause : certaines tentes du Camp Humano coûtent jusqu’à 100 000$... Pour rappel, le prix pour une place au Burning Man varie entre 190 et 1200$. « Après avoir reçu de nombreux retours négatifs des participants et de presque tous les membres de l’équipe Black Rock City, nous avons désinvité camp Humano de l’édition 2019, » annonce la directrice dans son texte. Jamais une telle décision n'avait été prise depuis la création du festival.

L’idée de Burning Man réside dans la construction collective d’un moment – « Burning Man n’est pas construit pour vous. Il est construit par vous, » précise Marian Goodell. Comment maintenir ne serait-ce que l’illusion de cet idéal si les participants viennent profiter de leurs followers pour une image vendeuse et une collaboration avec une marque en vogue, où s’ils restent entre eux dans le confort d’une tente de luxe ? Cet été sous le soleil brûlant du désert du Nevada, une nouvelle étape du combat entre utopie et désillusions capitalistes se jouera, et Burning Man devra garder la tête froide pour ne pas devenir... Coachella.

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