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swen en jean, en short ou en djellaba

Comme on le dit ici, baby Inch'Allah.

Malou Briand Rautenberg

Steven et Swann font des vêtements qui parlent d'amour. Lovés sur la banquette du bistrot où on les retrouve à deux pas de République, les deux créateurs de swen (jeune marque créée en 2015) nous parlent de leur rencontre et des étreintes ratées sur le quai d'une gare, où ils se rejoignaient en plein hiver quand l'un habitait Londres et l'autre Paris. Paris, ils y sont nés et y ont grandi. Pourtant, leur travail ne s'attarde pas sur le sempiternel chic parisien.

Swen fait des djellabas raffinées, des kufis en lin - ces chapeaux traditionnels africains que seuls les hommes sages portent car ils "se retrouvent partout dans le monde. Chez les juifs c'est la kippa, chez les turcs, le fez. C'est un symbole unificateur entre les cultures " - et des vestes ouvertes à l'arrière qui célèbrent l'étreinte entre hommes. La collection homme printemps/été 2016 s'inspire des paysages tendres et poudrés de l'orient : les couleurs, entre ocres chauds, douceur du rose pâle et bleu roi évoquent les tons matissiens du siècle dernier, rapportés par le peintre français d'un voyage au Maroc. Jusque dans les fonds des poches de leurs vestes et de leurs pantalons, Steven et Swann font dialoguer les contraires. "Ce jeu sur les couleurs jusque dans les coutures est un écho aux différences de chacun, celles qu'on ne peut comprendre qu'en faisant attention à l'autre."

Capverdien et sénégalais pour l'un, portugais et algérien pour l'autre, Swen trimballe son héritage culturel avec une élégance nonchalante. Déclinée en tuniques ou en chemises, la djellaba Swen s'émancipe de ses carcans sans une once de désinvolture. Les vestes ouvertes et leurs manches libérées du dos scellent leur désir de voir les hommes s'enlacer librement - et simplement. "Nos collections sont une prolongation de nous-mêmes et le vêtement, le medium tangible pour transmettre les valeurs auxquelles on croit : le partage, l'hospitalité et l'échange."

Si leur esthétique déroge aux lois de la bienséance française, elle fascine par son déni de la provocation. Ce sont des vêtements traditionnels orientaux pensés pour le présent. Mais dans un paysage français saturé par la peur de l'autre, l'engrenage du communautarisme et de l'homophobie, on pourrait presque parler d'une révolution esthétique. Malgré le scepticisme hexagonal ambiant, Steven et Swann ont choisi de réunir l'orient et l'occident dans leurs pièces : "nos origines métissées et le chic à la française."

Ce n'est pas une histoire de politique. Et malgré ce qu'on voudrait leur faire dire, Steven et Swann ne se revendiquent d'aucun parti. "Nous parlons de solidarité. Et si la solidarité est devenue une valeur politique aujourd'hui, pour nous, c'est une valeur intrinsèquement humaine."Je leur dis que j'aimerais bien porter leur djellaba mais que je ne me sentirais pas très légitime. Ils me toisent avec une extrême bienveillance et une ingénuité presque redoutable: "Ah bon? Pourquoi?" Parce que je suis blanche, d'origine juive et que je suis une fille. Redoublement d'amour, ils me répondent en choeur :"Et alors? Ça t'irait très bien."

Qui disait quoi sur le communautarisme en France ? On ne se souvient plus très bien mais on a terriblement envie de serrer Steven et Swann dans nos bras sur le quai d'un train.

AMINE - SWEN SS16 de SWEN sur Vimeo.

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg
Photographie : Campbell Addy
Vidéo : Loïc Ougier
Mannequin : Amine @rockmen