le futur du streetwear français s'appelle nattofranco

Entre Marseille, le 78 et la rive nord du Japon, la jeune créatrice de 24 ans, Noémie Aiko Sebayashi (ré)invente le streewear à la française.

|
déc. 9 2015, 10:20am

photographie carlijn jacobs

Nattofranco est la marque de Noémie Aiko Sebayashi. C'est aussi le nom de son goûter japonais préféré, le natto, un concentré de soja fermenté à déguster avec du riz. "Le Natto, c'est comme le roquefort, explique-t-elle. Tu le manges pour la première fois et tu te dis 'C'est horrible' et puis après tu ne peux plus t'arrêter."

Je cherches des images sur mon Iphone. Je ne suis pas convaincue par l'apparence du Natto (beurk) mais puisque 32 500 japonais l'ont adoubé, le jeu doit en valoir la chandelle. Et j'ai confiance en Noémie - elle a bon goût : elle porte ses bottes intergalactiques Margiela, un jean d'homme et un col-roulé brun de sa dernière collection printemps/été 2016 (sa quatrième aussi). Pas n'importe quel col-roulé puisqu'il dispose d'un scratch velcro détachable sur le devant. Le genre de pull qu'on trouverait porté par un petit garçon dans les rues de Tokyo.

L'autre moitié de la marque de Noémie, "franco", est une référence à son côté français. Son père est japonais - et elle y va tous les deux ans - mais sa mère est française. Noémie a donc passé son enfance dans le 78, loin de la capitale. "Ma marque ne parle pas de Paris ni de Tokyo, précise-t-elle. C'est une histoire de banlieue française et d'Hokkaido. C'est de là que je viens."

Il y a deux ans, son diplôme de stylisme et un stage aux côtés du créateur mongole Tsolo Munkh en poche, Noémie se lance dans la création de t-shirts imprimés où se dessinaient des koalas entre deux lignes de lettres graphiques. Quelques magazines s'en sont épris et la marque a grandi. "Les gens n'arrêtaient pas de me demander ces t-shirts et je n'en avais plus aucun à vendre! C'est tellement français."

Maintenant qu'on peut trouver ses pièces chez Opening Ceremony à New York, il est plus simple de convaincre le monde que sa marque en vaut la peine. Mais dans une ville amoureuse de la haute couture, le streetwear, les jeggings et les col-roulés nagent à contre-courant. (Noémie se plait d'ailleurs à rappeler que ses silhouettes sont les uniformes des mecs qui ont découvert le jogging dans les années 1980). Pourtant, elle insiste sur le fait que Paris est sur le point de changer. "Enfin!" sourit-elle, je pense que c'est juste le commencement. Quand on voit l'essor de Jacquemus ou Vetements... Aujourd'hui je suis très fière d'être créatrice à Paris."

Noémie est également très excitée à l'idée de produire sa prochaine collection en France. Ses dernières pièces ont été conçues à Marseille, là où elle peut se rendre à l'usine si un problème se présente à elle - impossible de se rendre tous les deux jours dans une usine du Pérou, par exemple. "À Marseille, ils ont les meilleurs artisans du Sud de la France, ajoute-t-elle, et c'est très important pour moi de soutenir l'artisanat français." Les marseillais sont aussi les pros de la sérigraphie, tout ce qu'elle aime. "Ce sera toujours une question de graphisme, pour moi." 

Les motifs et imprimés sont les éléments qui font de Nattofranco une marque streewear à part. Dans l'une de ses collections, la créatrice a investi une esthétique des années 1980 et créé des dessins point-à-point (vous savez ces nuages de points numérotés qu'il faut relier pour voir apparaître une forme) qui laissaient entrevoir la poitrine de Stephanie Seymour. "Mais attention, il est impossible de savoir que c'est sa poitrine à moins de véritablement relier les points entre eux !" Une autre de ses inspirations a été tirée de vieilles photos de son père encore enfant, vêtu de son uniforme d'école japonais dans une collection mêlant écussons, joggings à pinces et bombers en nylon.

Pour sa collection automne / hiver 2016, Noémie compte explorer et réinterpréter le packaging de son snack japonais préféré le "natto". Ce qu'elle aime, c'est le mariage entre le doré et des tons orangés que l'on retrouve sur l'emballage de sa marque de natto préférée. Et son logo noir est tout aussi iconique que celui de "Kellogg's aux Etats Unis" explique-t-elle. Elle étirera probablement les lettres et les étalera sur des tops jusqu'à en faire des rayures. Elle n'est pas encore très sûre. Mais une chose est sûre, elle ne se contentera pas de revisiter un logo pour l'ériger en élément de design. "J'aime que les gens reconnaissent des logos et connectent avec leurs histoires, la plupart sont hyper pop et marrant - par contre je veux toujours que mes imprimés s'en inspirent mais soient différents." 

Noémie nous parle également de sa prochaine collection pour homme : "J'ai toujours pensé les vêtements comme étant unisexe". Pour sa collection automne / hiver 16-17, la créatrice voit les choses en grand et compte produire la plupart de ses pièces en oversize. "Tu sais, je suis du genre garçon-manqué". 

nattofranco.com

Credits