ce qu'il faut retenir des défilés homme milanais

Milan s'appuie sur ses acquis avec assurance. Malgré quelques changements à la tête des maisons, pas de révolution dans la capitale italienne de la mode mais une constance finalement assez rassurante.

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janv. 17 2017, 3:10pm

Prada fait du Prada

On l'avait un peu perdue. Pas très longtemps, mais assez pour qu'elle nous manque. On l'a retrouvée cette saison dans un décor à la Vol au-dessus d'un nid de coucou, quelque part entre le carrelage, les draps en cuir et les bancs en Formica. Les années 1970 en lino de fond, le cuir orange et le velours camel en personnages principaux et un dénouement en forme de sermon pour un retour à la nature à base de bâtons de sourciers, de cristaux magiques et de coquillages. La folie de Miuccia Prada est un amour du goût impitoyable, un déploiement, saisons après saisons, de tout ce que la beauté et la laideur renferment de secrets. Du coup, personne ne comprend jamais rien, mais tout le monde adore. Et elle s'en frotte les mains.  

Fendi est une fête

« Avant d'agir, écoute. Avant de réagir, réfléchis. Avant de dépenser, gagne. Avant de critiquer, patiente. Avant de prier, pardonne. Avant d'abandonner, essaye » : pour sa nouvelle collection, Silvia Venturini Fendi a fait de la citation d'Ernest Hemingway son mantra. Vœux de sagesse chez Fendi mais aussi vent d'optimisme : les boys de la griffe italienne marchent avec des bandeaux dans les cheveux estampillés « LOVE », « TRY », « YES », on devine même un bracelet « FANTASTIC » au bras de l'un des mannequins. Couleurs acidulées, fourrure en lapin imprimé léopard, moufles de ski, haut de survêtement en vison, claquettes de plage en fourrure/peluche : tout va bien chez Fendi. On n'oublie pas qu'il faut vendre des sacs et il y en a pour tous les goûts : en croco noir, sac de rando, en mouton retourné orange rayé, en nylon… Depuis quelques saisons, Silvia Venturini est épaulée par le styliste anglais Julian Ganio, directeur de la mode du magazine Fantastic Man. Le duo a l'air de plutôt bien fonctionner.

Lendemains de soirées chez Marni

En octobre 2016, Consuelo Castiglioni quitte Marni, la maison qu'il avait fondée 20 ans auparavant. Et pour lui succéder : l'italien Francesco Risso. Le défi est de taille. Manteaux de fourrure longs poils façon cheveux en pagaille, pyjamas douillets matelassés, chapeaux/perruques XXL colorés qu'on a oublié d'enlever, vêtements froissés : Francesco Risso délivre ici un vestiaire « lendemain de soirée ». Et un vestiaire pour être vu. Parfois, prendre des risques, ça paye. Car son défilé détonne dans le paysage milanais. Et celui qui a fait ses armes chez Prada a bien compris la leçon de Miuccia « être capable de transformer du laid en beau » car il faut dire certains looks tirent leur charme de leur étrangeté.

Versace, le crime presque parfait

On aurait dit les années 80, quand le capitalisme était encore un truc à peu près fun - au moins on pouvait faire des orgies de cocaïne et prendre des jets privés pour aller s'acheter un costume Versace, et ce sans culpabiliser. Forcément, Donatella Versace sait de quoi elle parle. Sauf qu'elle le fait avec une intelligence et une conscience d'elle même (de sa marque et de sa famille) extrêmement brillante. Les traits sont forcés. Littéralement chargés. Pourtant, c'est drôle, et c'est moderne. Ça s'appelle l'intelligence du faste.

Marcelo Burlon County of Milan, retour de l'enfer 

Avec sa marque County of Milan, le créateur argentin fait bouger les lignes de la mode à l'italienne. Le DJ, PR, designer de mode a choisi le thème du post-apocalypse : c'est l'idée d'une tornade qui détruit tout sur son chemin. Il ne reste plus qu'à tout reconstruire. Ambiance électrique premier degré : des imprimés « explosions nucléaires » et des éclairs blancs sur fond noir ponctuent les créations. Sous un déluge de chassés croisés de sangles, les boys de Marcelo Burlon reviennent d'un voyage mouvementé. Des slogans « Cultural Armageddon », « New renaissance » se mêlent à des influences argentines : ponchos, chapeaux à larges bords, vestes en cuir, bandanas... On n'oublie pas ses origines.

Emporio Armani garde le cap

90 looks. Défilé prolifique pour la ligne de prêt-à-porter haut gamme de Giorgio Armani. Si on en doutait encore, c'est vraiment la fin du slim. Armani finit de l'enterrer. Les pantalons sont larges et fluides. De la fourrure, beaucoup de fourrure, on se croirait presque chez Fendi. Du sérieux : vestes à double boutonnage, velours strassé, jacquards psychédéliques, nœuds papillon. Du sport : capes façon doudoune, planches de surf de ski sous le bras, sneakers aux pieds. L'homme Emporio Armani fait le grand écart entre les styles. Quand c'est bien fait, c'est crédible. 40 ans de défilés pour Giorgio Armani, il sait de quoi il parle. 

MSGM, chacun sa route, chacun son chemin

La jeune marque a réussi l'exploit de s'imposer en très peu de temps dans le paysage de la mode italienne. Un fait rare dans un pays clanique où il est dur de percer avec de la nouveauté - et un nouveau nom. Depuis la création de la marque, le malicieux Massimo Giorgetti affronte les épreuves avec humour et bienveillance, comme si rien de grave ne pouvait lui arriver. Ça tombe bien il fait des sapes, pas décoller des fusées. Cette saison, un hommage à l'aristocratie. Coucou Brexit et les anglais ? Ne me quitte pas, à l'italienne. 

Ermenegildo Zegna fête le retour au bercail d'Alessandro Sartori

Vendredi 13 janvier, 20 heures : E. Zegna ouvre les hostilités de la fashion week milanaise. Alessandro Sartori, après un passage chez Berluti de 2011 à 2016 (cédant ainsi la place à Haider Ackermann) rentre au bercail. Il était directeur artistique de la ligne Z Zegna avant de rejoindre Berluti. Pour son retour, tout est dans le pantalon : pantalon beige en laine poilue élastiqué à la cheville, pantalon large matelassé, pantalon façon baggy à pli cassé, jogging façon pantalon de smoking. L'alliance du sport et du tailoring. 48 looks très travaillés, aux matières luxe : cachemire, alpaga, soie, nubuck… À la fin du défilé les mannequins stationnent sur le podium pour que les invités puissent venir toucher les vêtements. La mode est aussi une affaire de belles matières.

Chez Ferragamo less is more

Le français Guillaume Meilland signe sa première collection pour la maison florentine. Une prise de marque sans heurt, toute en douceur. Celui qui fut l'assistant de Lucas Ossendrijver, DA de Lanvin pendant 8 ans préfère la précision aux révolutions. En filigrane, la silhouette se renouvelle : des pantalons larges associés à des vestes de costume cintrées côtoient des pantalons plus près du corps couplés à des vestes de costume tronquées longueur teddy. Et du gris, toujours du gris : gris ardoise, gris souris, gris volcan, gris poudré… Perdues au milieu de ce nuage de fumée, de belles mailles camel torsadées qui sautent aux yeux. Côté chaussures - c'est quand même le nerf de la guerre chez Ferragamo - l'ancien étudiant d'ESMOD Paris (promo 2003) a tout donné : des boots massives aux semelles compensées en caoutchouc crantées. Des souliers tout terrain pour l'homme de demain. 

« War and love » chez Moschino

L'homme Moschino de Jeremy Scott fait son retour sur le podium milanais. Le défilé mêle la collection masculine hiver 2017 et la collection pre-fall femme. Le show s'ouvre sur des imprimés Transformers, continue avec des références militaires puis se termine avec des motifs all-over renaissance italienne. Autrement dit, des anges bien potelés côtoient des militaires au combat et des robots venus de l'espace. Sacré melting-pot. Anna Cleveland, béret kaki sur la tête, robe bouffante à imprimé fleurs de rose et sangles de parachutiste plaquées sur le torse, s'apprête à franchir la ligne de combat. Un autre mannequin s'en-va-t-en guerre mais revêt pour l'occasion une fourrure bleue aux colonnes zénith, orange et rouge. La guerre se mêle au kitsch chez Jeremy Scott. Tout un programme.

Cédric Charlier, avantage à la femme

Le créateur belge se lance dans la mode masculine et a choisi Milan pour l'occasion. Mais les silhouettes féminines sont encore nombreuses car l'ancien élève de La Cambre s'est lui aussi laissé tenter par le défilé mixte. Et il a joué la carte de la complémentarité : la femme est l'égale de l'homme et leurs vestiaires se complètent naturellement. Tant dans les teintes - jaune citron en total look ou en touches, orange vif, bleu ciel perçant - que dans la coupe - pardessus structurés, pantalons fluides chez l'homme et bonne maîtrise du flou chez la femme. Le design est efficace, sans fioriture. L'inspiration ? Des tableaux signés Kasimir Malevitch dont un en particulier : Les Sportifs, représentant 4 silhouettes abstraites aux visages et corps divisés en plusieurs éléments de couleur vives. La géométrie des lignes et les patchworks de couleurs se retrouvent dans les vêtements de la collection, sur du cuir en particulier. Résultat ? Un défilé énergique à la démarche conquérante. 

Missoni

Des mailles, des couleurs automnales fondues, des acidités pop, des tissus aux noms exotiques, des garçons raffinés et des démarches nonchalantes : Missoni rassemble tout ce que l'Italie connait du bon goût et de l'aisance. La rayure cette saison est fondue et horizontale. Apaisée, en cachemire zippé, elle semble annoncer des jours meilleurs.

J'veux du D, J'veux du G chez Dolce & Gabbana

Federico et Stefano n'ont jamais tué le père. Comprendre Dieu, le Roi, le Pape. Tous ceux qui ont besoin de majuscules. Du coup, chaque saison, c'est une déclinaison d'un épisode de l'Histoire - ou du moins dans sa version conte de Fées. Pour celle-ci ce sera la fête du Petit Prince. Celui qui traine sur Instagram, écoute PNL, raffole de logos XXL et a fait du second degré son langage. Celui qui rêve de bling, de baroque, d'ornemental. Mais pour rire. Du coup, le passage forcé du sartorial se fait sexy glitter et le casual force sur les grandes déclarations. Royal. 

Credits


Textes : Sophie Abriat et Tess Lochanski
Photos : Mitchell Sams