voici les 10 finalistes photo du festival de hyères

Dix finalistes, venant de neuf pays, ont été sélectionnés parmi 66 présélectionnés pour le Prix photographie de la 32ème édition du Festival International de Mode et de Photographie d'Hyères qui se tiendra du 27 avril au 1er mai prochains. La Tchèque...

par Malou Briand Rautenberg
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04 Avril 2017, 8:45am

Le prix du public de la photographie Hyères 2017 est désormais ouvert au vote en ligne à cette adresse.

Présidé par Tim Walker, le jury photo du festival de Hyères devra départager, comme chaque année, les 10 candidats originaires de 9 pays différents. Epaulé par la mannequin Edie Campbell ou les créateurs Charles Jeffrey et Molly Goddard, le photographe de mode britannique désignera celui ou celle qui repartira avec le Grand Prix soutenu par Chanel ou le Prix de la photographie American Vintage (Et d'une dotation de 15 000 euros). Qu'ils épousent les formes de la photographie documentaire, détournent celles de la mode ou renouent avec leurs ainés, les surréalistes, les fauvistes ou les impressionnistes, les 10 artistes sélectionnés redéfinissent les limites de leur cadre et de la photographie. Voici leur travail. 

Daragh Soden

La série de Daragh Soden, Young Dubliners, s'intéresse à la jeunesse de son pays natal. À travers ces portraits, l'étudiant en photographie documentaire au Pays de Galle a souhaité retranscrire la réalité socio-économique de l'Irlande et la manière dont elle affecte la jeunesse locale au quotidien. Un texte autobiographique signé des mains de l'artiste accompagne la série dont il justifie l'ajout en ces termes : « Mis côte à côte, le texte et les images ne forment plus qu'un seul et même récit intentionnellement microcosmique : partir d'une expérience personnelle pour en extraire les thèmes universels propres à la jeunesse. » Une façon d'entremêler la petite et la grande histoire.

Lucie Khahoutian

La démarche de Lucie Khahoutian a part liée avec son histoire personnelle. Franco-Arménienne, la photographe utilise la technique du collage pour façonner son univers surréaliste et introspectif. Deux collages issus des séries Pomegranate et With All this Darkness Round Me I Feel Less Alone (le titre interminable est emprunté à Samuel Beckett) seront exposés à Hyères. Le recours à l'absurde permet à Lucie Khahoutian de soulever des problématiques actuelles et politiques : le multiculturalisme et la place des femmes en Arménie, parmi d'autres : « Les interprétations sont libres mais j'indique un effacement de la femme par rapport à son mari, comme pour mettre en lumière un choix de vie trop souvent imposé aux arméniennes : être mère et au foyer. »

Luis Alberto Rodriguez 

Danseur de formation et originaire des Etats-Unis, l'artiste Luis Alberto Rodriguez présente Patina, Otramitad et Scratch, trois séries en mouvements, animées par la dissolution des corps. La déstructuration et la disparition du visage chez ses sujets servent la soif du photographe à capturer l'état de transe où s'entremêlent l'extase, mais aussi les sensations d'abandon et de vide : « Ma série est une retranscription de la décomposition comme force motrice, à la fois destructrice et créatrice, » explique le photographe. C'est autour de cette dichotomie qu'il construit chacune de ses images, où les univers de la danse, de la mode et du cinéma entrent en collision.

Paul Rousteau

Diplômé de l'école de photographie de Vevey, Paul Rousteau fabrique des images qui révèlent son penchant pour les courants fauvistes et expressionnistes. Les deux séries qu'il présente, Strawberry Fields et Eurythmy Unfolds, révèlent sa volonté de transcender la banalité du réel à l'aide de divers procédés (le flou, la superposition, la juxtaposition de couleurs éclatantes et complémentaires) et renouent avec l'héritage pictural qui hante la jeune-garde photographique actuelle : « Je cherche à montrer l'invisible, faire émerger ce que j'appelle 'les mondes subtils' » explique Paul Rousteau dont l'univers séduit de nombreuses marques parmi lesquelles Agnès B dont il a signé la dernière campagne.

Themba Mbuyisa

Originaire d'Afrique du Sud, Themba Mbuyisa est un photographe autodidacte (et styliste à ses heures), qui s'est attaché à capturer tout ce qu'il avait à sa portée : les membres de sa famille dans un premier temps, puis les rues de Johannesburg et ses habitants, pris sur le vif. Les portraits et paysages exposés à Hyères mettent en lumière les aspirations contradictoires d'une génération qui lutte pour concilier la célébration de ses racines et le rejet des traditions : « La photographie me permet de faire cohabiter la mode, la culture jeune et la religion comme garants de nos identités, » confie-t-il. Autant de manières d'appréhender les multiples identités de l'Afrique du Sud, sa jeunesse, ses croyances - qu'il s'agisse de mode ou des dieux. 

Nolwenn Brod

Chez Nolwenn Brod, corps et paysages se confondent. Fragmentés ou dérobés à notre regard, les modèles qui posent sous son objectif dialoguent avec les environnements qu'ils côtoient ou arpentent. La jeune photographe française donne à voir des corps organiques et des natures qui font corps. À mi-chemin entre le romantisme et l'abstraction, l'esthétique de Nolwenn Brod s'inscrit dans une démarche sensualiste : à travers ses images se dessinent les contours d'un monde intérieur, poétique et impénétrable. 

Cordula Heins et Caroline Speisser

Le duo de photographes allemandes, diplômé de l'université des arts de Brême, brouille les pistes entre les genres et refuse de s'y assujettir. Fascinées par les possibilités infinies de mise-en-scène, Cordula Heins et Caroline Speisser, nées en 1986, réalisent d'étranges images au sein desquelles les hommes et les femmes se cachent, montent au plafond et jouent à défier les lois de la gravité. Un décor absurde, certes, mais dans lequel rien n'est laissé au hasard. Chaque objet détourné, malmené ou retourné occupe une place bien précise dans le cadre - comme au théâtre. Leur série Ali, présentée à Hyères, est également une satire sociale qui dénonce les politiques d'immigrations actuelles et la place réservée aux migrants dans nos sociétés. 

Sofia Okkonen

Sofia Okkonen n'est ni Française, ni Hollandaise. Elle est Finlandaise et pourtant, sa palette de couleurs et son esthétique pictorialiste rappellent celles des maîtres d'hier, de Vermeer à Renoir et du réalisme au baroque. Mais derrière l'apparente délicatesse des poses que prennent ses modèles féminins, se dévoile une critique de la vision commune de la féminité. La photographe de 31 ans explique qu'à travers sa série Rose, présentée à Hyères, elle souhaite : "décrire la performance féminine, m'intéresser aux qualités qu'on considère comment étant typiquement féminines : la beauté, la gentillesse, la sensualité, la timidité, le charnel, la faiblesse". La mise-en-scène lui permet une certaine distance et donc, un discours critique sur une société encore très (trop) binaire.  

Roos Quakernaat

Rien n'effraie Roos Quakernaat. À tout juste 28 ans, la jeune photographe néerlandaise connait bien la mode et s'amuse à en détourner tous les codes. Un sens de l'autodérision forcément délectable puisque ce n'est plus le corps féminin mais le vêtement porté qui se retrouve sexualisé. Pour sa série A proper Dish, dont elle présente quelques images au festival de Hyères, la diplômée de la Gerrit Rietveld academie d'Amsterdam s'est inspirée d'un manuel de savoir-vivre pour les femmes dont elle a suivi à la lettre les injonctions. Galipettes, acrobaties, contorsions : ses modèles acceptent tout et à travers eux, la photographe tourne en dérision la majorité de nos rituels quotidiens. 

Nancy Newberry

Dès 2012, la photographe américaine basée au Texas s'immisce dans le quotidien d'une certaine adolescence : celle de l'Amérique du milieu, des bals de promo et des rituels de beauté, qu'elle immortalise dans sa série "Mum". Ces quelques thématiques parcourent les images de la série "Halfway to Midland" exposée au festival de Hyères. Le spectateur y découvre des adolescents, filles et garçons en tenues de majorettes qui effectuent leurs mouvements calibrés face à l'objectif. Un drôle d'univers où les enfants jouent aux adultes, où rêve et réalité ne font qu'un et où l'esthétique des westerns spaghetti, dont la photographe raffole, se dessine en filigrane. Ses photographies ont séduit de nombreux festivals et remporté quelques prestigieux prix, dont le PhotoEspaña Prize à Madrid. 

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg

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