on vous présente petite meller, l'ovni suédois et kawaï de la pop française

i-D a rencontré la chanteuse aux couettes blondes emmêlées pour parler de Rohmer, de Lacan et du Festival d'Hyères, juste avant sa montée sur scène lors de son concert organisé par Stage of the Art et Converse.

par i-D Staff
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04 Mai 2016, 5:25pm

Petite Meller vient d'une galaxie lointaine. Son style kawaï, ses origines suédoises, sa peau laiteuse et sa voix enfantine viennent d'ailleurs, d'une planète peuplée de petits aliens blonds aux joues roses. i-D l'a rencontrée alors qu'elle rendait visite aux terriens présents pour le Festival International de Mode et de Photographie d'Hyères. Perchée dans les jardins suspendus de la villa Noailles, la chanteuse donnait son concert sur la scène de Stage of the Art et Converse, avec tant d'énergie que l'écho de sa voix pouvait s'entendre dans toutes les ruelles de la ville. Rencontre du troisième type. 

Tu viens de partout et as fait le tour du monde. C'est ou chez toi ?
Pour le moment je vis à Londres. Un manager anglais m'a repéré sur Internet alors qu'il voulait s'informer sur Google de la météo à New York. Il est tombé sur ma première vidéo faite-maison, "NYC Time", que j'ai fait avec deux amis rencontrés en ligne, Napoleon Habeica et A.T.Mann. Depuis que j'ai déménagé à Londres, tout est devenu beaucoup plus sérieux. J'ai enregistré avec des producteurs anglais, africains et suédois. J'ai l'impression d'être un personnage sorti d'un film d'Hitchcock. J'essaye aussi de finir ma thèse de philosophie à la British Library.

Si tu devais résumer ton univers musical en quelques mots, ce serait quoi ?
C'est du Nouveau Jazzy Pop. Un cocktail, un mélange de tout ce que j'écoutais quand j'étais petite. Les disques de jazz de Dizzy Gilepsie ou Duke Elington, les rythmes africains de l'album Graceland de Paul Simon et la chanson française de Brel et Aznavour que ma mère avait l'habitude de me chanter de manière très dramatique, comme si c'était une question de vie ou de mort. J'ai créé mon propre genre, en combinant des bongos, du saxo et des chœurs africains. C'est la marque de tout l'album.

Tu as dit à plusieurs reprises infuser ta musique d'une philosophie deulezienne et de références freudiennes. Peux-tu nous parler de cette dimension de ta musique ?
Je travaille sur mon master en philosophie en même temps que je travaille sur cet album. Les idées qui émanent de ces études transpirent dans mes paroles. Les psycho-analyses de Freud, Lacan, et leur connexion avec Kant sont au cœur de mes études. J'aime emmener les gens dans des réalités différentes avec mes vidéos. Dans un endroit où mon inconscient est la réalité. La réalité me semble tellement absurde. Bien plus que les rêves. Il y a quelque chose de magnifique dans la manière que nous avons de nous créer nos propres réalités. Et elles peuvent toutes cohabiter.

Qu'est-ce qui te fascine tant dans l'enfance ?
J'en parle beaucoup dans ma chanson Backpack. Backpack, c'est une métaphore pour parler des bagages qu'on se traine depuis l'enfance. Genre, "Sois fière de ce que tu portes". Avec Backpack, je me suis servie de tous mes traumatismes d'enfance pour en faire quelque chose de beau, d'unique et d'accompli. Ça m'a libéré, vraiment. Je me suis sentie plus forte après ça. C'est ce que j'essaie de montrer dans mon clip, dans lequel je fais du ski nautique en Auvergne. C'est d'ailleurs un hommage à L'Enfer de Georges Henry Clouzot. Je porte toujours un bandeau sur la tête dans mes clips. Ça me donne de la force.

Tu penses que la musique se doit de parler de choses sérieuses ?
Il existe un terme lacanien, la jouissance, qui évoque un plaisir sans limites. C'est ce que représente la musique pour moi. Quelque chose qui te met dans tous tes états et te donne envie de danser.

Il y a quelque chose de très complet dans ton univers, tu investis également la vidéo. C'est important pour toi d'avoir une patte visuelle ?
J'aimerais que le monde entier me rejoigne dans ce voyage à travers les méandres de ma conscience et pénètre mon univers. Juste après avoir écrit un morceau, j'imagine toujours où les sons m'emmènent, souvent il s'agit d'un continent lointain. Le Kenya, New York, la France… Mon esprit est hanté par des milliers d'images qui me viennent des chansons que j'écris. Je suis très chanceuse de pouvoir leur donner vie à travers ma musique. 
Ce qui est incroyable, c'est que je rencontre des tonnes d'artistes qui collaborent aux projets que je crée : les réalisateurs, les photographes, les stylistes, les peintres qui m'écrivent de partout dans le monde pour collaborer avec moi. C'est une chance inouïe. Du coup, c'est comme un territoire magique qui se crée par le biais des réseaux sociaux, ils dessinent une nouvelle carte du monde.

En parlant d'images, tu fais souvent référence au cinéma. Qui sont tes maitres en la matière ?
Le cinéma classique m'inspire depuis toujours. Je m'en suis toujours imprégnée, jusque dans ma manière de m'habiller. Je lisais souvent Les Cahiers du Cinéma et j'étais obsédée par les films de Godard, surtout La Chinoise, et par le cinéma de Clouzot, avec L'Enfer et Le Genou de Claire de Rohmer. Et puis L'Effrontée ou La Boum, même ; tous ces films portent en eux une esthétique qui me rappelle les vacances de mon enfance, que je passais aux côtés de mes grands-parents.

Que représente le festival de Hyères pour toi ?
Le Festival de Hyères, à mes yeux, c'est un voyage à travers les sens. C'est le charme de ce festival : être sur scène là-bas, c'est comme être le personnage d'un des films que j'admire depuis toute petite.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour le futur ?
J'aimerais devenir ma propre muse. 

Credits


Photographie : Andréa Montano

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