la série girls est-elle vraiment féministe ?

Alors que la dernière saison vient tout juste de débuter, i-D s'est replongé dans la série de Lena Dunham : l'occasion de célébrer et questionner le féminisme qu'elle revendique haut et fort.

par Nick Levine
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15 Février 2017, 1:30pm

Alors que la sixième et dernière saison de Girls vient de débuter, le temps est venu de rendre compte de l'héritage de la série. Contrairement à Sex and the City, l'autre série « féministe » signée HBO à laquelle on la compare souvent, la série Girls n'est jamais devenue « grand public ». On connaît tous quelqu'un qui n'a jamais vu un seul épisode de la série de Lena Dunham, et peu importe. Il est par ailleurs très peu probable que l'on revoit un jour Hannah, Jessa, Marnie et Shoshanna dans des spin-off cinématographiques - Liza n'aura donc pas besoin d'apprendre une nouvelle chanson de Beyoncé. Voilà pourquoi l'héritage de cette série ne se résume probablement qu'à ce que nous, spectateurs, en retenons aujourd'hui.

L'attractivité de Girls peut se résumer à un seul et unique moment charnière dans le premier épisode. Après un dîner pénible au cours duquel Hannah (Lena Dunham) ne parvient pas à persuader ses parents de continuer à financer sa vie new-yorkaise, elle s'évanouit dans leur chambre d'hôtel. Le lendemain matin, elle se réveille après qu'ils soient partie et qu'ils aient pris soin de lui laisser deux billets de 20 dollars sur la table de chevet : un pour elle et l'autre pour la femme de ménage. Elle prend finalement les deux. Aussi répréhensible que cela puisse paraître, on peut malheureusement tous se retrouver dans le comportement d'Hannah. Je sais - ou du moins je pense savoir - que je n'aurais pas pris cet argent. Cependant, je suis pratiquement sûr que l'idée de le prendre m'aurait traversée l'esprit. Lena Dunham a réussi dans cette scène, à capturer les privilèges de la jeunesse dans un simple dilemme.

Cette scène est importante parce qu'elle met en lumière une des plus grandes qualités de la série : celle-ci ne se pose pas la question de savoir si ses personnages sont appréciables. La série Girls a largement (et justement) été encensée parce qu'elle montre le corps féminin sous toutes ses formes. Particulièrement celles traditionnellement ignorées dans les films et à la télé, où il est quasi systématiquement sexualisé et désirable. Mais Girls a aussi le mérite de montrer que les premiers rôles féminins n'ont pas forcément à être des « gentilles ». Malgré le fait qu'aucune des actrices principales ne ressemble à Joan Collins dans Dynasty, toutes ont des élans égoïstes, sournois et superficiels. Comme le disait Marnie (Allison Williams) dans la saison 3 lorsqu'elle organisait une escapade en bord de mer : « Notre groupe est tellement décousu. Je pensais que ce weekent serait l'occasion de se retrouver, s'amuser et prouver au monde, grâce à Instagram, que l'on peut encore faire des sorties en groupe. » Même le personnage le plus intentionné, Shoshanna (Zosia Mamet), ressemble parfois à cette vieille amie perdue de vue et qu'on n'a plus trop envie de voir : « Mon plus gros fardeau, c'est que je n'aime pas vraiment ma grand-mère. » Aucune autre série ne s'est jamais permis ce genre de propos déviants.

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Défaire les personnages féminins de leur irréductible gentillesse est un des moyens que la série a choisi pour affirmer son féminisme. Durant les cinq dernières années, Dunham et ses collaborateurs se sont attaqués à des sujets comme l'avortement, le sexisme et la pression du mariage. Dans l'un des épisodes de la saison 4, Mimi-Rose (Gillian Jacobs) révèle qu'elle a interrompu sa grossesse, un événement rare dans une série télé américaine - même pour une série HBO. « Je ne peux pas faire de jogging car j'ai avorté hier, » dit-elle calmement au personnage d'Adam Driver. Et lorsque ce dernier perd son sang froid et demande si c'était un garçon ou une fille, elle reste impassible et répond : « C'était une boule de cellules. Plus petite que des perles de culture. Ça n'avait ni pénis, ni vagin. »

Cependant, il est impossible de louer le féminisme de Girls sans en dénoncer l'aspect réducteur. Dès le début, la série de Lena Dunham a été critiquée car elle se focalisait exclusivement sur les vies de quatre jeunes femmes blanches et privilégiées, issues de la classe moyenne. Pour une série autour de la jeunesse new-yorkaise, le manque de diversité était décevant, voire irresponsable. L'arrivée de Donald Glover, en tant qu'amant d'Hannah dans la saison deux, ressemblait fort à une tentative de rédemption. Mais cette histoire, qui s'étend sur deux épisodes - Hannah accusant finalement Sandy (Donald Glover) de la « fétichiser » en tant que femme blanche - n'était finalement qu'une réaction, aussi timide que brève, à cette polémique. Depuis, Dunham n'a eu de cesse de s'excuser sur le manque de diversité de la série. « J'ai tellement réfléchi à la représentation de femmes originales, bizarres, rondes, et peu représentées, que j'en ai oublié la quantité de femmes diverses et variées qui existent dans ce monde et qui auraient mérité d'être représentées. » disait-elle dans une interview pour The Hollywood Reporter en 2015.

Malgré l'humilité de Dunham, Girls n'a jamais véritablement réussi à surpasser cette absence de diversité. Ne serait-ce que la semaine dernière, la femme d'affaire et top modèle Iman remarquait ce problème lorsqu'elle suppléait la réalisatrice-actrice tombée malade, au gala amfAR de la Fashion Week de New-York. « Je ne suis pas Lena Dunham. Je sais qu'il est difficile de nous différencier, disait-elle à la foule avec humour. J'ai joué dans Girls, mais vous ne m'avez certainement pas reconnue parce que je jouais une femme blanche. »

Malgré tout, la dernière saison de Girls possède un potentiel énorme qui pourrait bien refaçonner l'héritage de la série. Avant d'anéantir certaines qualités de la série avec des spin-off très moyens, la dernière saison de Sex and the City avait exploré de nouveaux horizons. Illustrant notamment la bataille de Samantha contre un cancer du sein, ou encore l'altruisme de Miranda qui s'occupait de la mère de son partenaire, victime de démence sénile. Quoi qu'il arrive à Hannah, Jessa, Marnie et Shoshanna lors des 10 prochains épisodes - de bon ou de mauvais - Girls restera une série importante pour notre génération. Nous commençons tous à réaliser les différents niveaux de privilèges que nous pourrions avoir ou ne pas avoir, à nous éveiller. La série de Lena Dunham, malgré elle, a reflété une partie de notre existence. Elle a agi comme un miroir tendu à tous.

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Texte : Nick Levine

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