on ira tous au paradis, non ?

Pourquoi les palmiers et les cocotiers continuent inlassablement de fasciner les urbains occidentaux ? Les artistes Varia Mhitarian et Imogen Parry à l'origine de l'exposition "Exotica" tentent d'y répondre.

par Lily Bonesso
|
03 Décembre 2015, 5:30pm

mayan view by Isabella Eickenhorst

En ce moment même à Londres, un pont ferroviaire de l'Est londonien a été reconvertit en paradis hédoniste pour une nuit seulement. Bienvenue à l'exposition Exotica de Varia Mhitarian et Imogen Parry avec palmiers, DJs et cocktails - l'alchimie parfaite pour une soirée tout à fait irresponsable. 

Les deux curateurs voulaient créer une atmosphère artistique complètement immersive où la musique devient la clé pour comprendre le sens caché du travail des neuf artistes autour du thème de "paradis" - une oasis artistique en pleine capitale qui engage à repenser notre rapport aux photos parfaites de nos vacances sur les réseaux sociaux. Leurs oeuvres sont là pour révéler notre soif d'avoir toujours plus et notre insatisfaction chronique. 

Specter by Roger Spy

Méfiez-vous des apparences. Faites avec de la farine les photographies de Simon Woolf nous emmènent sur la lune. Le monde animé de Sophie Rogers en technicolor et à l'esthétique Nintendo s'expose sur ce site web : Brainchild Festival. Les films ultra synthétiques de Roger Spy mettent en scène des coiffures holographiques délirantes sous la main habile de Johanna Cree Brown, et offrent une nouvelle version du film The Beach de Dany Boyle. i-D a rencontré les deux filles derrière cette exposition autour d'une part de gateau à l'ananas. 

Nova by Imogen Parry

C'est quoi le paradis pour vous ?
Varia: Pour moi c'est un endroit tropical mais une plage seule n'est pas suffisante. L'idée du paradis est géniale en soi parce qu'elle est intime, très personnelle. On ne peut pas la partager avec tout le monde. 
Imogen: Je pense que le paradis n'est pas sur terre. C'est un mélange de fantasmes, d'envies et de désirs cachés. 

La recherche du paradis sur terre est illusoire ?
Varia: Dans un sens oui, parce qu'on est toujours à la recherche d'un idéal qui n'existe pas. En voyage, j'ai rencontré beaucoup de gens qui n'avaient pas trouvé le bonheur alors qu'ils vivaient dans des lieux paradisiaques pour nous. Et je crois que certaines personnes ont peur d'en rêver et rejettent l'idée même idéalisée du paradis. Il ne faut pas s'en tenir à une routine : si on n'est pas heureux, on doit tout faire pour changer les choses.

Imogen: Cette question me rappelle vraiment une des oeuvres de l'expo. Elle s'appelle Nova, la nova est une étoile qui devient temporairement plus brillante et retourne à son état normal ensuite. La pièce montre un écran sur lequel on distingue des palmiers et des petits cristaux incrustés sur papier. J'aime beaucoup jouer sur l'idée du fantasme ; prendre quelque chose de naturellement beau pour le "kitschiser". Je pense que l'idée du paradis mène à recréer l'artifice. 

Paris Ackrill, Celestial Party

Quelle oeuvre d'art aimerais-tu transporter sur ton île déserte?
Varia: J'adore le Nova d'Imogen ! 
Imogen: Oui, cette pièce me rappelle de bons souvenirs. Nous étions en voiture, on roulait à travers l'Inde, en bus de nuit. Rien que regarder par la fenêtre était idyllique. C'était Hampi, un endroit magique avec des palmiers qui se dressaient dans la nuit... J'ai toujours voulu recréer cette image dans mon travail. 

Vous pensez qu'on cherche une échappatoire à tout prix aujourd'hui ?
Imogen: Depuis 5 ou 8 ans, avec la montée des réseaux sociaux, de Facebook ou d'Instagram je pense qu'on a de plus en plus besoin de s'échapper de la réalité. Tout ça nous rend fous ! 

Imogen Parry, Bikini

Alors... L'herbe est-elle plus verte ailleurs ?
Varia: Je ne pense pas en fait. Le concept d'exotisme en lui-même est si personnel qu'il peut nous amener à nous défaire de l'ennui et de ce qui nous rend malheureux. L'idée suffit parfois. 

Exotica sera présentée à la 402 Gallery, Cremer Street, E2 8HD, ce soir. 

Credits


Texte : Lily Bonesso
Image : Isabella Einckenhorst, Mayan View

Tagged:
Culture
Londres
exposition
Paradis