nos 10 meilleurs films de la berlinale

Le festival hivernal met le documentaire à l'honneur. Le jury de cette année, présidé par Meryl Streep, a auréolé Fuocoammare, un film poignant sur la crise des migrants au loin, sur l'île de Lampedusa. On a compilé nos coups de coeur.

par Michael-Oliver Harding
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25 Février 2016, 11:35am

Las Plantas
Une perle du cinéma chilien. Ce premier film de Roberto Doveris met en scène les errances adolescentes et les premiers états de conscience propres à la jeunesse. Alors que ses parents sont à l'étranger, Flor, 17 ans (interprétée par la chanteuse argentine Violeta Castillo) doit s'occuper de son petit frère comateux, lui changer ses couches et lui lire des passages de Las Plantas, une BD sur un esprit végétal qui ensorcelle les gens les soirs de pleine lune. Quand elle quitte son rôle de grande soeur, Flor s'embarque dans des histoires dangereuses et attire des hommes sur internet jusqu'à la porte de la maison familiale. Le film renverse sans cesse les dynamiques de pouvoir et rend hommage à l'adolescence féminine, voguant tranquillement entre realité, fantasme et onirisme. 

Curumim
Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, le président indonésien Joko Widodo fait fi de la pression internationale qui demande que le gouvernement revoit les peines infligées aux étrangers pour traffic de drogue sur son territoire. Ce documentaire poignant éclaire d'une lumière froide les émotions qui traversent un prisonnier qui attend la mort - le brésilien Marco "Curumim" Archer, arrêté avec 13,5 kgs de cocaïne à l'aéroport de Jakarta en 2004. Alors qu'il doit être exécuté cette année, Curumim s'est tourné du côté du réalisateur Marcos Prado pour raconter son histoire. Coups de téléphone, lettres écrites à la main, séquences dans la cellule de Curumim dans sa prison ultra-sécurisée et interviews avec ses avocats et les trafiquants, rythment le film. Curumim, qui n'est pas un tendre, livre son témoignage avec beaucoup de sincérité et d'audace - la seconde et dernière chance d'un condamné à mort.

Avant les rues
Un nouvel élan dans le cinéma indigène que l'on pourrait qualifier, en toute objectivité, de sommaire. Ce premier film signé Chloé Leriche est une fable à la fois sombre et onirique qui retrace les aventures d'un ado solitaire qui, après avoir tué un homme lors d'un braquage, cherche à se repentir à tout prix. Tourné en atikamekw, la langue locale, le film présente un casting d'amateurs époustouflant et célèbre les notions de pardon, de justice et de sagesse. Les panoramas des forêts sacrées sont à couper le souffle et donnent une nouvelle vision des terres indigènes. 

Kate Plays Christine

En 1974, l'invitée sur le plateau de télévision Christine Chubbuck, a commis un suicide sur la chaine news, en direct. Il s'agit du premier suicide télévisuel de l'histoire. Kate Plays Christine, le docu-fiction qui s'empare de ce fait divers met l'actrice Kate Lyn Sheil (House of Cards) à l'honneur, elle qui parcoure la ville où il s'est produit, pour s'immiscer dans l'imaginaire de Christine. Mais les frontières entre l'actrice et le personnage finissent par devenir poreuses. On se sait plus quoi voir ni quoi comprendre : Kate est-elle devenue Christine, joue-t-elle le rôle d'une actrice qui prétend être Christine ? Du méta-cinéma comme on en voit rarement.

Don't Call Me Son
Dans ce drame réalisé par Anna Muylaert (après le sublime Une Seconde Mère), le monde de Pierre, adolescent des banlieues un peu punk, s'écroule après qu'un test ADN révèle que sa mère est adoptive. Alors qu'il retrouve sa famille biologique, son frère et ses deux parents qui l'appellent tous par son nom de naissance, Felipe, Pierre est face à son identité, devenue friable. Pierre, personnage omniscient et lucide, semble plus fasciné par la quête de sa propre identité que par la nature de ses parents. Le film fait jouer la même actrice pour les deux mamans, un choix de casting on ne peut plus confessant qui reflète le trouble de Felipe/Pierre. 

Chi-Raq
Spike Lee attire l'attention sur la violence des gangs de Chicago. Si ce prétexte scénaristique ne plait pas à tout le Chicago, le réalisateur amène néanmoins quelques chiffres inquiétants sur la table : au total, 7356 homicides (pour la grande majorité, entre hommes noirs) ont été commis entre 2001 et 2015 au sein de la ville. Au delà des statistiques, Lee délivre son film le plus abouti, sincère, sobre et poignant. Il signe une adaptation moderne de la comédie grecque d'Aristophane Lysistrata en focalisant son attention sur un groupe de femmes qui s'organise pour apaiser les tensions et faire taire la violence des quartiers de Chicago. Versifié, rythmé, ce film qui pourrait paraître anachronique, prend le recul nécessaire pour parler d'un sujet bouillant et plus que jamais actuel. 

Kiki
Kiki, le documentaire présenté à Sundance cette année, met à l'honneur une nouvelle génération de la scène queer : contrairement à leurs ainés de Harlem dans les années 1970, la jeunesse LGBTQ de couleur ne fait plus que danser ou concourir aujourd'hui. La scène kiki de New York est une vraie communauté, une famille alternative où ses membres se retrouvent autour de la danse. La jeunesse LGBTQI de couleur fait face, encore aujourd'hui, aux mêmes problématiques que leurs ainés : discrimination, manque de ressources, homophobie, transphobie, VIH… Normal donc que les kids de kiki aient besoin de la danse pour se défaire d'un quotidien pas toujours facile. Au delà de la danse, c'est tout un système de valeurs, d'entraide et de solidarité qui se déploie à travers cette scène et ce film. 

P.S. Jerusalem
Dans un contexte aussi inextricable que celui de la crise migratoire, l'intimiste documentaire P.S. Jerusalem met (gentiment) les barrières géographiques, linguistiques et religieuses en pièces. La réalisatrice, Danae Elon, a passé 3 ans à documenter sa propre famille, arrivée à Jerusalem en 2010. Un quotidien perforé par les bombes, les alertes, les attentats et les masques à gaz. Les enfants balbutient, alternent arabe et hébreu, se lient d'amitié aux kids palestiniens et tentent de s'adapter à une ville aux identités multiples et friables. 

Quand on a 17 ans
La rencontre entre l'adolescence et l'homosexualité s'explore à travers les désirs troublés des personnages d'André Téchiné et Céline Sciamma (qu'on ne vous présente plus). Camarades de classe, Damien et Thomas se déchirent et se combattent, se méprisent, comme pour malmener le scénario qu'on s'était déjà fabriqués dans nos têtes étroites. Dans la hauteur des Pyrénées, les jeunes acteurs déploient, face caméra, tous leurs sentiments contraires. Étendu sur trois trimestres scolaires, le film suit la dernière année sur les bancs de l'école de Tom et Damien et leurs bifurcations amoureuses. 

Hotel Dallas
Dans la Roumanie communiste des années 1980, le seul show américain autorisé à la télévision s'appelle Dallas. Il met en scène le capitalisme à outrance, les cow-boys et le destin d'une jeune femme, partie pour l'Amérique. À l'aune de ce docu-fiction on ne peut plus nostalgique, le couple de réalisateurs Sherng-Lee Huang et Livia Ungur, esquissent les désirs contradictoire d'un peuple et sa fascination pour l'ailleurs. Entre rêve et réalité. Le héros de Dallas, Patrick Duffy, fait même une brève mais inimitable apparition). Cerise sur le gateau, les réalisateurs sont parvenus à retrouver la réplique du manoir de Dallas, construit dans le Sud de la Roumanie dans les années 1990. Sublime. 

Credits


Texte : Michael-Oliver Harding

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