chanel au ritz, le retour au bercail

La nuit dernière, Chanel présentait sa collection Métiers d'Art dans le chicissime Ritz – le discret miroir d'une année 2016 tourmentée.

par Anders Christian Madsen
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07 Décembre 2016, 2:10pm

Dire que 2016 ne nous a laissé aucun répit est un doux euphémisme. Des attaques terroristes en France au Brexit en passant par l'élection de Donald Trump, l'année s'est déroulée dans la crainte et la tempête. La mode est, comme on le sait, le premier témoin des bouleversements politiques, économiques et sociaux qui agitent le monde - et Karl Lagerfeld s'est fait un plaisir de nous le rappeler. Présentée hier soir à l'occasion d'un diner au Ritz, à Paris, sa collection Métiers d'Art - la ligne artisanale de Chanel - était l'occasion de revenir avec élégance et esprit sur les tourments des 12 derniers mois.

Petit rappel historique : c'est en 1935 que Coco Chanel s'approprie le Ritz, qui rouvrait cette année après d'importants travaux. La créatrice y est restée durant la guerre, non loin des nazis qui en avaient fait leur QG. Les années folles reflétaient cet irrépressible désir de glamour, abreuvé par la peur, l'angoisse et la fureur qui n'allaient pas tarder à s'abattre sur l'Europe, quelques années plus tard. La situation politique actuelle en Europe et aux Etats-Unis n'est pas sans rappeler celle des années 1930. Ce n'est pas sans raison que Chanel, hier soir, proposait une collection en écho à l'entre-deux-guerres et à son élégance si particulière.

L'histoire de la mode peut se raconter à travers celle de Coco Chanel : les albums photo du Ritz recèlent de portraits de la créatrice, à son balcon, dans sa suite, vêtue des costumes qu'elle confectionnait pour d'autres. Lagerfeld marche dans ses pas, convaincu que la capitale française a besoin de se sentir dorlotée, aimée, chérie. Mais surtout, elle a besoin qu'on croie encore à sa magie. Quel endroit au monde, mieux que le Ritz, incarne cette élégance, ce charme à la française ? Le défilé de Karl Lagerfeld était un cessez-le-feu, une ode au merveilleux, portée par Cara Delevingne, Pharrell Williams et Lily Rose Depp, beaux et souriants sur le podium improvisé de l'hôtel parisien.

Mais plus que jamais, le défilé Chanel d'hier soir était un miroir - celui d'une société schizophrène - mais aussi, un manifeste - quelles meilleures leçons que celles que l'on tire du passé ? Lagerfeld sait trop bien que l'on apprend de ses ainé(e)s. La mode avait besoin de le dire haut et fort, sans doute parce que Paris est sa capitale, mais surtout parce qu'en tant que témoin, elle a besoin de se faire entendre. Avec Chanel et Lagerfeld, elle le fait sans crier, dans un murmure. Son message n'en est que plus fort.

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Texte : Anders Christian Madsen

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