une journée avec ahn seo-hyeon, nouvelle star du cinéma coréen (et antispéciste)

i-D a rencontré la fabuleuse actrice de 13 ans qui vous a fait fondre dans le déjà culte Okja.

par Tish Weinstock
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24 Août 2017, 9:33am

Ahn Seao Hyeon est actrice depuis plus de dix ans. Agée d'à peine 13 ans (14 en âge coréen), elle a donc déjà joué plus des trois quarts de sa courte vie. Nul besoin de la connaître intimement pour saisir à quel point le jeu la définit de manière intrinsèque. Et pourtant, enfant (ce qu'elle est encore), Ann est très timide. Son père pense pouvoir l'aider à sortir de sa coquille à l'incitant à faire du théâtre. Et l'efficacité du remède est fulgurante. Sa timidité disparaît, elle quitte l'école et les jeux sont faits : elle tombe amoureuse du métier d'acteur.

Elle commence par de petites apparitions avant qu'un réalisateur ne la remarque et ne commence à lui donner de petits rôles dans ses productions. « Ce qui rend le fait de jouer si unique, c'est l'idée qu'une personne normale vit une seule vie alors qu'un acteur peut en traverser des centaines, confie-t-elle à i-D. Je peux vivre ma vie en étant moi-même, mais j'ai aussi la possibilité d'explorer la vie des autres. »Très rapidement, elle se fait un nom à la télévision sud-coréenne et au cinéma, mais c'est son récent rôle dans la production Netflix Okja qui l'a révélée au grand public. Réalisé par le légendaire cinéaste coréen Bong Joon-ho (Memories of Murder, The Host, Snowpiercer), Okja est une fable à la fois crue et enchantée qui raconte l'improbable amitié entre Mija, jeune fille de 13 ans et Okja, énorme cochon génétiquement modifié.

Conçu par Lucy Mirando, diabolique magnat de l'industrie alimentaire interprétée par Tilda Swinton, pour révolutionner l'élevage de bétail, Okja est envoyé dans un petit village de Corée du Sud pour être élevé par le grand-père de Mija, déjà en charge de l'éducation de sa petite fille. 10 ans après, l'équipe de Mirando dirigée par un animateur télé zoologiste (incarné par le très drôle Jake Gyllenhaal) vient récupérer le cochon pour l'emmener dans un abattoir new yorkais. Décidée à sauver son meilleur ami, Mija se met en route pour la ville qui ne dort jamais, aidée par un mystérieux groupe d'activistes défenseurs de la cause animale. « Je me suis sentie très honorée de pouvoir participer à un film aussi incroyable, explique An. J'ai adoré toute l'expérience, le fait d'apprendre à connaître ces acteurs extraordinaires et bien évidemment, la chance de travailler avec Bong. C'est un réalisateur tellement respecté. Etre associée à sa vision est un honneur inouï. »

Si elle a joué tout le film en Corée du Sud, Ahn est pourtant parvenue à nuancer la palette d'émotions de son personnage et a réussi à rendre son lien avec Okja si réaliste qu'on en oublie qu'il est le fruit de savants effets spéciaux.« Quand j'ai lu le scénario, j'ai eu le sentiment que Mija était la maman d'Okja, explique An. Quand Okja est séparé de Mija, c'est comme si son instinct maternel se manifestait soudainement. Elle quitte sa petite ville de campagne coréenne pour aller à Manhattan afin de le sauver. Il y avait une force et un sens de la protection que je voulais vraiment réussir à transmettre en jouant Mija. »

Sorti il y a quelques semaines, le film s'est instantanément imposé comme un classique. Visuellement saisissant, le film allie une interprétation pleine d'émotion à une maîtrise des effets spéciaux qui suscite l'admiration. Mais le succès n'a pas évité la controverse. Présenté en avant-première lors du festival de Cannes, le début du film a déclenché les huées de spectateurs peu enclins à la présence du géant du streaming dans le marché du cinéma. Mais lors du générique final, même les critiques les plus revêches semblaient conquises. Et la fougueuse héroïne d'Okja y est pour beaucoup.

Alors, que réserve le futur à la jeune Ahn ? « Je veux incarner un certain genre d'actrice, celle avec qui aucune équipe, aucun acteur ne se lasse jamais de travailler, songe-t-elle . Dans ce métier, il y a une part importante de jeu mais aussi une dimension humaine. Je veux être perçue comme une actrice talentueuse et comme quelqu'un de bien. Lorsque les gens parlent de moi, j'aimerais qu'ils disent 'J'ai envie de travailler avec elle' ».

Des étoiles plein les yeux et déjà le monde à ses pieds, une chose est certaine : Ahn n'a certainement pas fini de faire parler d'elle.

Credits


Texte Tish Weinstock
Photographie Finn Constantine