Haight Street, 1968

sans idéaux et sans complaisance, elaine mayes a photographié les hippies de haight-ashbury

À la fin des années 1960, Elaine Mayes est partie immortaliser les pionniers du rock et les adolescents énamourés qui ont occupé Haight-Ashbury, l'épicentre des contre-cultures en Californie. Une exposition propose de redécouvrir ces portraits...

par Emily Manning
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13 Juin 2017, 8:55am

Haight Street, 1968

La semaine prochaine, les Etats-Unis fêteront le cinquantième anniversaire du Monterey Pop Festival. Le premier rassemblement d'ampleur américain dédié au rock avait réuni au mois de juin 1967 entre 25 000 et 90 000 personnes trois jours durant. Un ode à l'amour et à la musique libre qui a anticipé le succès de Woodstock deux ans plus tard. Monterey est le festival qui a initié la jeunesse américaine aux riffs de Jimi Hendrix, The Who et Janis Joplin. Mais ce festival a surtout pavé le chemin au mythique Summer of Love. Implantées à Monterey, les contre-cultures ont déferlé sur la côte californienne jusqu'à San Francisco où plus de 100 000 jeunes se sont réunis, dans le quartier de Haight-Ashbury exactement. 

Haight-Ashbury est devenu l'éden de ceux qui refusaient de s'assujettir aux idéologies politiques et culturelles de l'époque. Ce quartier adjacent de Golden Gate Park s'est vite empli d'une foule hédoniste et hétéroclite mêlant dieux du rock, poètes et radicaux, artistes et junkies, activistes, pacifistes et misfits. La photographe Elaine Mayes a documenté ces journées folles et levé le voile sur la réalité amère du flower power - drogues dures, taux de criminalité délirants et Guerre du Vietnam en toile de fond. L'exposition Elaine Mayes: Summer of Love réunit quelques-uns de ses portraits iconiques à la Joseph Bellows Gallery et revisite cette époque, cinquante ans plus tard. 

Rebel, 25 ans, Golden Gate Park, 1968

Elaine Mayes s'est familiarisée à la photographie en étudiant à la Sanford University et au San Francisco Art Institute. C'est à cette époque qu'elle est devenue photojournaliste indépendante et a immortalisé dès 1967 le Monterey Pop Festival. Sur place, la photographe réalise des portraits sur le vif des groupes sur scène, s'attarde sur les enfants présents dans le public, les fans à la déroute et ceux absorbés par la musique. 

L'exposition fait dialoguer ces portraits avec ceux, plus connus, des résidents de Haight, pris au lendemain des festivités du Monterey. Pour The New Yorker, ces portraits présentés dans l'exposition sont « sous-estimés car dépourvus de sentimentalisme mais remarquables. Comme si August Sander s'était retrouvé en plein Summer of Love. » Ces clichés réalistes ont capturé une autre facette du rêve hippie, plus dure et complexe. 

Linda, Haight-Ashbury, 1968

« Très vite, j'ai compris que le Summer of Love était un concept alimenté par les médias et les médias étaient en réalité responsables de la situation à Haight, explique Mayes. Je savais que je voulais faire des photos qui montrent une autre facette de Haight-Ashbury que celle véhiculée par les médias. C'est là que je suis passée d'une approche photo journaliste et des commandes pour les magazines à des portraits formels des gens que je rencontrais dans les rues. » Mayes réalisait ses portraits partout où elle rencontrait ses sujets : surtout ses les perrons des maisons et dans les parcs. 

Au détour des clichés en noir et blanc d'Elaine Mayes, le spectateur découvre une jeunesse de tous horizons, se rassembler pour créer de nouvelles manières de vivre à plusieurs, en rupture avec les modèles traditionnels et dans l'optique d'oeuvrer à un futur meilleur. L'exposition au Berkeley Art Museum Hippie Modernism explorait d'ailleurs récemment la lutte des communautés hippies dans les années 1960, leur quête d'utopies sociales. Cinquante ans plus tard, les problématiques sociales et politiques qui les animaient sont toujours valables et d'actualité : justice sociale, conscience écologique, égalité des genres et manifestations créatives. Elaine Mayes, pour sa part, nous rappelle que l'idéalisme et l'expressivité d'une certaine frange de la jeunesse a changé l'histoire de la culture américaine, à tout jamais. 

'Elaine Mayes: Summer of Love' se tient à la Joseph Bellows Gallery du 10 juin au 26 Août 2017. Plus d'informations ici 

Couple in Park, San Francisco, 1968

Grateful Dead, Golden Gate Park,1967

Krishna Devotee, 1967

Janis at the Fillmore, 1967

Haight-Ashbury, 1968

Steve Miller, 1967

Two Friends, Haight Street, 1968

Haight-Ashbury, 1968

Haight-Ashbury, 1968

Credits


Texte : Emily Manning
Photographie : Elaine Mayes, courtesy of Joseph Bellows Gallery 

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