Ming Smith, Dakar Roadside with Figures, Dakar, Senegal, 1972. Courtesy Steven Kasher Gallery 

les clichés surréalistes de l'une des plus grandes photographes documentaires

En 1975, Ming Smith est devenue la première photographe noire à être plébiscitée par le MoMA. La première véritable rétrospective de son travail s’est ouverte il y a quelques jours à New York.

par Emily Manning
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17 Janvier 2017, 11:15am

Ming Smith, Dakar Roadside with Figures, Dakar, Senegal, 1972. Courtesy Steven Kasher Gallery 

En 2016, i-D sortait le « Female Gaze Issue », le premier numéro depuis 37 années d'existence du magazine présentant uniquement des photos prises par des femmes. Nous avons discuté avec certaines de nos photographes préférées - de Ronan McKenzie à Collier Schorr - de leurs vies et de leurs pratiques, mais aussi de leur réaction face à la dominance masculine dans la photographie. Il était important pour nous de parler de la nécessité pour la photographie de mode de mieux représenter la diversité du monde. Et alors que nous soutenons ces nouvelles perspectives dans la photographie et dans l'art, il est aussi important de réexaminer l'histoire pour mettre en lumière celles qui ont ouvert la voie. Ming Smith fait partie de ces pionnières. 

Ming Smith, James Baldwin, James Van Der Zee and Eubie Blake in the sky, Harlem, New York, 1979. Courtesy Steven Kasher Gallery 

Dans les années 1970, la photographe née à Détroit et élevée dans l'Ohio, poursuivait une carrière de mannequin à New York lorsqu'elle a rencontré Anthony Barboza, membre de l'influent collectif Kamoinge. Cette union formée d'artiste Afro-Américains avait pour but l'égalité dans l'art et la remise en cause de la représentation négative des noirs. Malgré le fait que Ming Smith a évolué et exposé aux côtés du collectif dont elle a été le premier membre féminin, son travail s'éloigne de l'axe documentaire propre à Kamoinge. Son style ancré dans la vitesse et ses techniques de post-production ont laissé place au surréalisme et à des visions oniriques dans des doubles, voire des triples expositions. Le travail de Smith est saisissant, évocateur et tout à fait à part.

Ming Smith, Auntie Esther (issue de la série August Wilson), Pittsburgh, PA, ca. 1993. Courtesy Steven Kasher Gallery. 

À l'époque des expositions du collectif Kamoinge, le travail de Smith commence à être publié - d'abord dans le Black Photographer's Annual en 1973 - et plébiscité par de grandes instances culturelles (comme le MoMA, lorsque Smith présente ses photos lors d'un appel ouvert aux photographes en 1975). Smith a été la première femme Afro-Américaine photographe à être soutenue par les institutions, même si sont travail ne sera exposé que 35 ans plus tard. 

Ming Smith, Goghing with Darkness and Light, Singen, Allemagne, 1989. Courtesy Steven Kasher Gallery

Ming Smith, la première rétrospective du travail de la photographe a ouvert ses portes le 13 Janvier à la galerie Steven Kasher de New York. Avec plus de 75 tirages monochromes, l'exposition rassemble des photos représentant l'entièreté de la carrière de Smith. On peut y trouver les portraits de géants comme l'écrivain James Baldwin et le musicien jazz Sun Ra, ou encore des clichés pris dans la rue à Harlem ou Coney Island. La photographe a souvent immortalisé ces quartiers de New York dans les années 1970, mais la rétrospective présente aussi des photos prises en Belgique et au Sénégal quelques années plus tard. Toutes ces photos sont à la fois hypnotiques, romantiques et vraies. Et toutes, sans exception, méritent d'être célébrées. 

La rétrospective « Ming Smith » est ouverte au public du 13 janvier au 18 février 2017, à la galerie Steven Kasher, à New York. Plus d'informations ici.

Ming Smith, Sun Ra space II, New York City, New York, 1978. Courtesy Steven Kasher Gallery

Ming Smith, Mother and Child, Harlem, New York, 1977. Courtesy Steven Kasher Gallery

Ming Smith, Here it is!, Coney Island, Brooklyn, New York, ca. 1972. Courtesy Steven Kasher Gallery 

Ming Smith, Prodigal Son (for Oprah) (issue de la série Invisible Man), Harlem, New York, ca. 1991. Courtesy Steven Kasher Gallery

Credits


Texte : Emily Manning
Photographie : Ming Smith, courtesy Steven Kasher Gallery, New York

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