« je ne sais pas si on peut encore parler d'underground aujourd'hui » - chloé

La productrice et Dj parisienne sort son troisième album ce mois-ci, un rêve vertigineux dont elle livre en exclusivité à i-D un extrait, en collaboration avec Alain Chamfort. Rencontre.

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oct. 17 2017, 11:23am

Confinée dans un studio parisien, petit mais douillet, où chaque parcelle des murs est utilisée pour caler un synthé, faire passer des fils ou déposer une boîte à rythme, Chloé Thévenin, la chef d'orchestre souriante de cet attirail créatif déroule une partie de sa carrière, dévoile les coulisses de son nouvel album, Endless Revisions, et finalement le secret d'un succès de 20 ans : la simplicité.

Chloé est rare dans la musique électronique. Une perle un peu schizophrène qui a secoué de sa techno les parquets du Pulp et du Rex il y a de ça plus de dix ans, et qui a emporté des tonnes d'avertis dans des textures sonores toujours plus innovantes et éthérées pendant ses lives expérimentaux. C'est cette double facette qui fait tout le talent de Chloé : Dj qui continue de transpercer l'international de sets côtés et productrice gourmande de la performance qui, récemment, réinterprétait Steve Reich au studio Venezia de Xavier Veilhan avec la percussionniste Vassilena Serafimova ; à la fois la cofondatrice du label Kill the DJ qui a remué les nuits françaises les plus sauvages avec Ivan Smagghe, et l'artiste qui s'est entichée de l'IRCAM pour délivrer des concerts interactifs ébouriffants de technique.

Chloé est rare, parce que son parcours est simple, à la fois naturel et surnaturel. Surdoué. Une carrière faite à l'instinct qui explique certainement l'efficace irrégularité de ses disques. Trois albums, pour une carrière que l'on remonte à 1995, ça semble peu. Mais avec The Waiting Room (2007), One In Other (2010) et le dernier né, Endless Revisions, Chloé a su bâtir une forteresse complémentaire. Une cathédrale sonore plus lente que ses Dj sets, plus contemplative, plus texturée, bien évidemment plus personnelle. Une oeuvre qui se nourrit de son expérience aux platines. Endless Revisions s'écoute comme un mix auquel on aurait rajouté toute la sensibilité de Chloé, toute la sensorialité de sa musique, à laquelle Alain Chamfort ou Ben Shemie viennent parfois prêter leur voix. L'album est un voyage, un rêve vertigineux impressionnant de précision d'où s'échappent quelques morceaux de bravoure, notamment un « The Dawn » dont on fantasme déjà la version live.

Pendant l'interview, Chloé me rappelle à plusieurs reprises l'équilibre qu'elle cherche constamment, entre ses deux visages, club et production ; entre le mix dansant et l'enfermement solitaire en studio. Ça la concerne. Nous, on prend des deux sans hésiter. Et on attend la suite, parce qu'on est convaincus qu'elle continuera de nous surprendre et de se surprendre.

Tu te souviens de ton premier émoi musical ?
Ça a commencé dans les discographies de mes parents. De mon père, surtout, qui avait une grosse collection de disques, très variée. Il nous les faisait écouter en prenant le temps de nous expliquer l'histoire derrière chaque disque. Ça a été une bonne influence, je pense : prendre le temps d'écouter, de comprendre la musique.

Tu penses que tu fais aussi de la musique pour reproduire cet émoi chez les gens ?
Complètement. Je n'ai jamais pensé la musique comme un métier, un plan de carrière. Plus tu te dis ça, moins tu y arrives... Tu mets tout en œuvre pour que ça se passe, mais si ça ne se déroule pas exactement comme prévu, tu entres dans une forme de frustration qui peut casser la créativité. Moi j'ai toujours fait ça comme un hobby, en tout cas à mes débuts. Avant même d'être dans la musique électronique, je m'amusais à bidouiller des sons avec des quatre-pistes, j'essayais de reproduire ce que j'entendais à l'oreille. Je n'ai pas eu de formation musicale particulière, ça s'est fait vraiment comme ça.

Tu es devenue Dj à un moment où ce n'était pas considéré comme un métier. Comment, avec ta carrière, tu regardes l'évolution des mentalités sur la musique électronique ?
À l'époque, j'ai pris les choses de façon très simple et naturelle, vu qu'il n'y avait pas énormément d'exemples autour de moi. Si je voulais faire entrer la musique électronique dans ma vie, je devais aller chez le disquaire spécialisé pour acheter des vinyles, ou aller en soirée pour vivre le truc en direct. Avec les vinyles sont venues les platines, et naturellement j'ai eu envie de me mettre à mixer. Cette musique te stimule tellement que tu ne peux que la jouer. Quand j'ai découvert la musique électronique, je ne comprenais pas pourquoi elle n'était pas plus connue, pourquoi elle n'était pas partout. Donc je suis forcément très contente d'avoir grandi en la voyant se démocratiser. Je ne pensais pas que ça prendrait une telle ampleur. Et puis surtout, je ne pensais pas avoir un métier là-dedans. Je suis la première surprise, si je puis dire (rires) !

La musique électronique a été marquée de plein de préjugés à son arrivée en France. Toi qui fais beaucoup de projets transversaux, vers d'autres styles, il t'arrive encore d'être mise face à ces préjugés ?
Il y a encore des préjugés. Quand je dis que je suis Dj à des gens qui ne connaissent pas la musique électronique, ils ne comprennent pas. Pour eux, un Dj c'est un mec cerné, tatoué et édenté. Moi je suis Dj, mais pas seulement. Je fais de la production, des morceaux clubs, fonctionnels et techno mais je vais aussi chercher ailleurs. Et ça déstabilise encore un peu. On aime bien mettre des étiquettes sur les gens, c'est plus facile pour assimiler les choses, et je le comprends complètement. Mais j'ai toujours abordé la musique électronique de façon très simple. J'ai vu très rapidement comment on la composait, et j'ai trouvé ça génial, j'ai compris que ça allait me permettre de composer des morceaux très divers, d'être ma propre chef d'orchestre. Économiquement, c'était assez facile, mais quand même moins accessible qu'aujourd'hui. Beaucoup de gens se disent Dj, beaucoup le sont, et beaucoup de gens se mettent à la production. Il y a une accessibilité énorme, qui ne veut pas forcément dire que c'est mieux. Ni moins bien. Mais ça interroge.

Justement, pour revenir sur cette image stéréotypée du Dj mec, est-ce que tu as ressenti une forme de sexisme en entrant dans cette scène ?
Je ne l'ai pas senti au départ. Je n'ai jamais fait les choses en me disant « Je suis une fille, donc je fais des trucs de fille. » Je ne me suis jamais posé trop de barrières ou de questions. Quand j'ai commencé, j'ai appris un peu toute seule. Alors quand tu arrives dans une boutique spécialisée, un endroit où les filles n'ont pas l'habitude de traîner, que tu poses des questions, il y a des gens que ça déstabilise, d'autres qui sont très cool. Mais oui, j'ai parfois ressenti une certaine condescendance à mon égard, et j'ai capté après coup que c'est parce que j'étais une fille. Après, je ne pense pas que ce soit une problématique propre à la musique électronique. C'est à l'image de la société. La place de la femme évolue, mais on parle d'une égalité hommes-femmes depuis des générations entières. Ça a été très lent à se mettre en place. Ça a beaucoup évolué, dans le bon sens, mais il y a encore beaucoup de travail à faire, et pas qu'en France. C'est un phénomène mondial, qui n'est pas propre de la musique électronique. Il y a beaucoup plus de femmes aujourd'hui, avec qui je suis ravie de partager les mêmes plateaux. Il y a une nouvelle génération de femmes Dj hyper créatives.

Peut-être aussi parce que les profils comme toi, Miss Kittin, Jennifer Cardini ou d'autres les ont inspirées à une époque.
Tant mieux si ça a pu se passer dans ce sens-là. Moi je n'en avais pas vraiment, de références féminines. Mais j'ai toujours mis la musique au premier plan. J'ai été tellement passionnée et emportée par cette musique et les soirées que je ne me suis pas trop posé de questions.

Qu'est-ce que tu gardes, justement, de cette époque Pulp, la résidence du Rex, toute cette histoire des soirées parisiennes qui vit encore très fort même chez des jeunes qui ne l'ont pas vécue ?
Il y a plein de jeunes qui n'étaient pas là, mais la scène électronique française actuelle est géniale. Il se passe plein de choses, tout le temps, partout. En fait c'est un peu ce qu'on voulait il y a hyper longtemps, ce qu'il se passe maintenant. Il faut se remettre dans le contexte. À l'époque il y avait moins de soirées, il y avait toujours un peu le même style de musique. Le Pulp et le Rex proposaient justement une ouverture d'esprit musicale qu'il n'y avait pas ailleurs. Il se trouvait que je jouais dans ces soirées-là, à la fois ouvertes et assez radicales. À l'époque c'était purement underground. Je ne sais pas si on peut encore parler d'underground aujourd'hui. Peut-être que si, il y a une nouvelle jeunesse qui fait des soirées, qui se veut elle aussi underground, qui ne communique pas forcément dessus, qui revient au vinyle... Il y a une volonté de recréer une espèce de cocon, un renfort.

Avec tes projets à l'IRCAM ou plus récemment au Studio Venezia de Xavier Veilhan, tu as montré qu'un Dj pouvait aller ailleurs qu'en soirée.
Oui, du coup je ne suis pas que Dj ! Il y en a qui ne font « que » Dj et qui peut-être ne pourraient pas faire ça. Là, tu parles du côté production et performance. Je m'intéresse à la production musicale depuis mes débuts. Je suis toujours allée chercher un peu ailleurs que sur la scène club. Avec mon premier disque en 2002 [Erosoft, ndlr], j'avais déjà un peu cassé le format « club ». Mes albums et certains morceaux ont renforcé une facette un peu différente de mon profil. J'aime la musique club, j'aime faire danser les gens, j'aime cette prise de risque. On construit le set avec le public, en même temps on impose quelque chose, on partage, c'est très intéressant. Mais j'ai besoin de ces moments où je me renferme, seule dans mon studio. Ces moments d'introspection, où je n'ai pas de limite. Si je ne faisais que de la musique club, je pense que j'étoufferais. J'ai besoin d'aller voir un peu ailleurs, m'amuser. Et j'aime bien la performance, j'aime bien les lives un peu différents. J'avais fait un live pour le dernier film muet de Hitchcock, qui m'avait été demandé par la Cinémathèque de Paris. C'était une commande, mais en même temps ça me mettait un peu en danger, sans non plus me mettre en avant, on ne peut pas se permettre d'être en avant face à l'oeuvre de Hitchcock. C'était un vrai challenge, avec un cahier des charges à remplir. C'est très intéressant ce genre de collaboration, parce que ça met en péril, c'est ça le plus amusant et le plus créatif.

Ton dernier album a 7 ans. Au milieu de tous ces projets, du travail de Dj, comment tu abordes l'exercice de composition d'un album ?
Après mon album précédent, je ne voulais pas me replonger dans ce moment de production, très solitaire et parfois un peu étouffant. Et puis j'ai une petite problématique avec ce refrain : « Tiens, il faut que je fasse un nouvel album ». Non, il ne « faut » pas. C'est super de faire un album, mais je n'aime pas l'obligation. Je fais ce métier pour ne pas m'obliger. J'avais envie de me laisser porter. J'ai toujours tourné en Dj de façon assez régulière depuis très longtemps, puis j'ai eu des propositions de collaborations, avec Nova Materia, par exemple, un groupe franco-chilien qui m'a proposé de bosser avec eux sur leurs morceaux. J'aime bien cette position, un peu en arrière mais bien là. J'avais besoin d'aller voir ailleurs, et plus le temps passait, plus j'avais envie de faire un nouvel album. J'avais envie de demander à des gens de venir travailler dessus. Nova Materia, justement, je trouvais ça sympa, après avoir travaillé sur leurs morceaux, qu'ils viennent travailler sur un des miens. J'adore Suuns, j'adore la voix de Ben Shemie : hop, je lance une bouteille à la mer, ça se fait... J'aime bien ce genre de rencontres improbables. Je n'avais pas d'obligation, de deadline, alors je l'ai fait vraiment avec plaisir, au milieu de tout ça, sans trop me prendre la tête.

La création de ton label c'était aussi pour ça : t'auto-gérer ?
Oui, mais le label c'est aussi et surtout parce que je rencontre beaucoup de producteurs, de jeunes producteurs, et je reçois beaucoup de démos. Je me disais que parfois je passais au travers de morceaux que j'adorais jouer, donc ça, c'est aussi une manière de se les garder pour soi ! Le Dj, c'est ça : on fouine pour jouer ses morceaux, et avoir un label, c'est une manière de signer ces morceaux-là, pour lesquels j'ai des coups de coeur. Et de les garder pour moi, dans ma maison.

L'album s'écoute très facilement d'un coup, il a quelque chose de très cohérent. Tu l'as travaillé comme un mix ?
Oui, un peu. En fait, je travaille chaque morceau en pensant à une architecture spécifique au morceau, mais aussi à l'architecture globale de l'album, que je pense comme un mix. Je mixe tous les week-ends, et quand je mixe, je construis un set. Il y a des moments plus forts, des moments où il faut redescendre pour remonter, des moments de lumière, des moments plus sombres. Ce sont toutes ces étapes qui parviennent à raconter quelque chose. J'aime bien faire des albums pour ça, c'est comme ce puzzle dont je parlais juste avant, ça construit quelque chose. De la même façon qu'après, mettre en ordre les morceaux, c'est un travail que je trouve très intéressant, très amusant.

On retrouve un côté assez sombre, planant, éthéré et parfois mélancolique qu'il y avait déjà dans tes deux précédents albums.
Le seul lien qu'il y a entre tout ça, c'est peut-être le côté éthéré, oui. Après, la mélancolie je ne la vois pas. Ce n'est pas vraiment de la mélancolie selon moi. Mais c'est très personnel, tout ça. Ce que toi tu peux trouver mélancolique, moi je peux le trouver joyeux. On ne peut pas contrôler les émotions de chacun, donc libre à toi de trouver les termes. Mais ce n'est pas mon idée première en tout cas, de faire des morceaux sombres ou mélancoliques. Ce sont des morceaux qui correspondent à un moment, et qui sont pensés comme des morceaux que j'avais envie de faire, parce que je ne les avais pas encore faits. Des idées de collaborations que je n'avais pas encore faites. Il y a des textures que je réutilise, certainement, mais les rythmiques sont très neuves. C'est normal d'évoluer, mais je ne peux pas te dire précisément ce que j'ai voulu dire. Ce que j'ai voulu dire, c'est ce que je t'ai raconté juste avant : construire un album avec une architecture propre. Je n'ai pas de fil conducteur intellectuel plus poussé que ça, je ne crois pas.

En parlant de collaboration, justement, comment ça s'articule, par exemple, le dialogue entre la voix d'Alain Chamfort et ta musique à toi ?
En l'occurence, pour Alain Chamfort, j'avais fait le remix d'un de ses morceaux qui avait marqué les années 1980, qui s'appelle « Traces de Toi », et qui est pour moi le slow absolu. Je lui ai proposé de collaborer sur un de mes morceaux, ça m'intéressait de voir ce qu'on pouvait faire ensemble. C'était un gros point d'interrogation, mais en même temps j'avais cette envie. L'idée c'était de trouver un dialogue entre la musique et la voix, sans que ce soit forcément un morceau pop. Je voulais un morceau qui casse ce format-là, un mélange entre le schéma de la musique électronique et d'une voix pop. Il y a des moments où sa voix est assez dominante, puis elle disparait et c'est plus la musique qui parle, etc. Je pense souvent mes morceaux comme ça, en essayant de voir quels sont les éléments du début, qui peuvent revenir plus tard. J'aime bien faire disparaître les choses et les faire revenir plus tard. C'est comme un jeu.

Est-ce que tu t'imagines le live pendant que tu composes un album ?
Non, ça vient après. J'y ai pensé, mais c'est compliqué. Il y a des morceaux que je fais en studio qui sont hyper durs à faire en live. Pour les lives, j'ai toujours un peu revisité les morceaux que j'ai faits en studio. C'est toujours différent, ça me permet de sortir de la version album du morceau. Même si c'est important d'en retrouver des éléments. Mais quand je le fais, je pense au disque, je pense au morceau, je ne me projette pas. En tout cas sur cet album je n'ai pas réussi à me projeter plus loin.

Et comment tu vis cette forme de dualité entre tes lives et les Dj sets ? Est-ce que c'est le même travail, les mêmes sensations, la même récompense ?
Le live, ça donne une autre durée à l'album. J'ai envie de proposer autre chose que le Djing, sinon ce n'est pas forcément intéressant pour les gens. J'ai travaillé avec des artistes visuels, qui font du mapping sur le live. C'est un format différent, assez satisfaisant, pensé de telle sorte que je puisse être créative pendant le live. Je sais un peu où je vais mais je le construis en direct. C'est une façon d'être plus créative. C'est ce que j'aime aussi dans le Djing : je ne prépare pas mes sets. J'écoute tout le temps des nouveautés, mais mon set n'est pas calé. Le live c'est pareil, il n'est pas super calé, même si je sais quel morceau je vais jouer. J'ai besoin de cette mise en danger. En live je joue ma musique, donc je peux me permettre de revisiter très loin mes morceaux. Dans le Djing, tu ne peux pas rentrer dans la production du morceau, ça a aussi ses limites. Mon live est aussi un peu plus lent que mon Dj set. J'aime bien le live parce que je mixe, et j'aime bien mixer parce que je fais du live. J'ai besoin de trouver à chaque fois ce mode de compensation, de balance, qui est psychiquement important pour trouver son équilibre et rester stimulé.

Dans le dossier de presse, tu parles de la « Chloé d'aujourd'hui, qui s'ouvre vers de nouveaux horizons ». Est-ce que ça n'a pas toujours été le cas, sinon ce sont lesquels, ces nouveaux horizons ?
C'est vrai. Peut-être que là c'était un peu plus affirmé parce que j'ai aussi monté le label, sur lequel j'ai créé mon disque ; j'ai sorti de nouveaux maxis d'artistes, donc c'était une année assez importante à titre professionnel. Il y a des périodes comme ça où on a besoin de se recaler, et là c'est comme si j'étais entrain de recaler quelque chose dans lequel je me sens bien. Je suis contente de ce que j'ai mis en place. Je pense que c'est ça, la... « Chloé d'aujourd'hui » (rires).

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ? Après 20 ans de carrière... pour les 20 prochaines ?
(Rires) On peut me souhaiter le meilleur ! J'espère surtout continuer à faire les choses avec toujours autant d'intérêt et de passion. J'aimerais continuer à me nourrir constamment de projets et de moments avec le public. Après on ne sait pas ce que ça va devenir dans les prochaines années, la musique électronique évolue avec les nouvelles technologies, donc c'est aussi un gros point d'interrogation. Je me projette, mais pas plus que ça. On verra.

Est-ce que, en tout cas, tu prends conscience d'un sacré parcours accompli, d'une notoriété, d'un public à toi ? Est-ce que les 20 dernières années sont satisfaisantes ?
J'espère donner toujours autant de plaisir aux gens. C'est super important, ce qu'on fait. C'est un don de soi, mais c'est un moment de partage. Les gens en ont besoin et ils en auront toujours besoin. Peut-être que j'idéalise un petit peu ce métier, et c'est ça qui fait que je reste là-dedans. Pour donner des bonnes choses aux gens. C'est comme ça que j'ai toujours envisagé la musique. Quand j'ai commencé dans la musique électronique, ce que j'aimais c'était ces moments de communion, qui faisait se rencontrer des gens de toutes les catégories socioprofessionnelles, de tous les genres. C'était très, très mélangé. C'était peut-être la seule musique, à l'époque, qui rassemblait autant de gens. Je le fais toujours avec cet idéal. J'ai l'impression en tout cas.