Image extraite du film Breakfast Club de John Hughes 

10 films en huis-clos à (re)voir de toute urgence

Terreur, séquestration et crises de nerf.

par Julien Homere
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16 Mai 2019, 1:32pm

Image extraite du film Breakfast Club de John Hughes 

À l’occasion du programme exceptionnel au Jeu de Paume sur le huis clos dans le cinéma français des années 60, i-D fait un inventaire du genre et a vu les choses en grand. On s’est arrêtés sur 10 fleurons de la discipline, éparpillés aux quatre coins du monde, cultes pour certains, bizarres pour beaucoup mais toujours pionniers et essentiels. C’est cadeau !


Breakfast Club de John Hughes (1985)

Comme vous allez le constater, la plupart des huis-clos appartiennent au genre drame/thriller/horreur. Par son espace confiné oppressant, le concept pousse les protagonistes à se révéler d’une manière brutale et honnête. Mais le huis clos n’est pas à l’abri de quelques exceptions notables. Même si le film possède pléthore d’éléments dramatiques, Breakfast Club reste avant tout une teenage comedy bien de son époque. Aussi iconique que La Folle journée de Ferris Bueller, elle raconte la colle que subissent plusieurs élèves isolés dans leur lycée un week-end. On y retrouve des profils aussi variés que le nerd, le garçon manqué, la fille populaire, le sportif et le rebelle. De nos jours, ces caractérisations semblent grotesques mais sans The Breakfast Club, pas de Brat Pack dans les années 80 ou de Frat Pack dans les années 2000 avec le courant des comédies potaches de Judd Apatow. Même si certaines coiffures et vêtements ont pris un coup de vieux, il respire encore la modernité dans sa peinture d’une jeunesse perdue, pressée par les codes parentaux, sociaux et sexuels. Une autopsie à cœur ouvert aussi touchante que drôle. Shout out au passage à Pump up the Volume avec Christian Slater, sorti cinq ans après, aussi surnommé (par moi) le-meilleur-film-que-John-Hughes-n’a-jamais-réalisé. Si Breakfast Club écoute les jeunes, Pump up les pousse à brûler leur quartier. Voilà un beau programme qu’i-D soumettra à Jean-Michel Blanquer pour les collèges en 2019-2020.

Nid de guêpes de Florent Emilio Siri (2002)

Quand la France réussit un actioner, on bombe le torse et on hurle « Cocorico ». Surtout lorsque ce dernier n’a pas eu le succès mérité à sa sortie. À déterrer d’urgence, Nid de guêpes demeure jusqu’à aujourd’hui l’œuvre la plus aboutie de son auteur. Florent Emilio-Siri raconte l’histoire d’un braquage d’entrepôt qui tourne mal dans la banlieue de Strasbourg. Le casse est perturbé par le siège d’un convoi militaire escortant un parrain de la mafia albanaise qui se réfugie dans le lieu. Hors-la-loi et officiers vont devoir s’entraider pour repousser les assassins venus délivrer le prisonnier. On aurait pu prendre le film d’origine, Assaut de John Carpenter. On aurait aussi pu parler du film d’origine du film d’origine, Rio Bravo d’Howard Hawks. Mais mettre la lumière sur une œuvre inconnue au bataillon vaut tous les classiques. À noter les performances impeccables de Samy Naceri, Nadia Farès, Pascal Greggory et Benoit Magimel, crédibles en flics et gangsters tantôt émouvants tantôt bad ass. L’intelligence de la mise en scène de Siri fait le reste : romantique dans ses morceaux de bravoure ampoulés et maitrisée dans ses cruelles explosions de violence. Bref, un bullseye total. Ou comme le dirait un grand philosophe français, « sur ton cœur j’fais trou d’bullet ».

Bug de William Friedkin (2007)

« C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. » Une expression bien gratuite, tout ça pour dire que le huis-clos peut aussi être un bain de jouvence. Lorsque William Friedkin, 72 ans, montre Bug à Cannes, c’est une renaissance car le film bouscule, choque et perturbe comme à ses débuts. La géniale Ashley Judd y interprète une serveuse vivant dans un motel miteux, à l’abris de son ex-mari violent. Elle y fait la connaissance d’un vétéran d’Irak qui lui révèle que des insectes s’introduisent sous leur peau pour diriger le monde. Délire paranoïaque héritier des textes de William S. Burroughs, le film marque autant la révélation de Michael Shannon que le début d’une superbe collab entre le cinéaste et le dramaturge/scénariste lauréat Pulitzer Tracy Letts ( Killer Joe <3). Sur le papier, adapter une pièce de théâtre est toujours casse-gueule mais Bug prend son sujet à bras-le-corps pour ne plus te lâcher durant ses 100 minutes. On aurait pu croire à une œuvre institutionnelle, plate et robotisée mais Friedkin use de tous les angles, mouvements et couleurs dans son cadre pour vivifier sa folie horrifique et suintante. Coup de poing oui, mais coup de maître avant tout.


Je t’aime, Je t’aime d’Alain Resnais (1968)

Au premier abord, Nouvelle Vague et science-fiction ne font pas bon ménage. Ce serait oublier qu’Alain Resnais, sous ses airs professoraux, était un grand défenseur de la pop culture. Le réalisateur d’ Hiroshima mon amour avait notamment un projet de film avec Stan Lee. RIP à ces deux légendes et à Claude Rich qui interprète dans Je t’aime, Je t’aime un suicidaire placé au cœur d’une expérience scientifique : le cobaye pourra revivre une minute de son passé après avoir reçu une injection dans le bras, endormi dans un caisson isolant. Le projet tourne mal lorsque Claude dérive dans ses souvenirs, perdus dans les limbes de son bonheur brisé. Sorti en pleines révoltes étudiantes de mai 68, Je t’aime, Je t’aime n’a pas su trouver son public ou un tremplin critique au Festival de Cannes, annulé cette année-là. Peut-être l’un des films les plus accessibles du cinéaste avec On connaît la chanson, il reste un voyage sensoriel qui tente de reproduire la mécanique intime du souvenir. L’idée peut paraître floue mais grâce à un montage non-linéaire, Resnais construit une œuvre bouleversante sur les amours perdus et l’Eden impossible, influençant Michel Gondry pour son chef-d’œuvre Eternel Sunshine of the Spotless Mind.


The Strangers de Bryan Bertino (2008)

Qui aurait pu croire qu’un petit invasion movie tiendrait la dragée haute à Funny Games de Michael Haneke ? Pas votre serviteur ! Et pourtant… Là où le cinéaste autrichien filmait ses victimes comme de la chair à pâtée désincarnée, l’inconnu Bryan Bertino nous pousse, spectateurs, à une identification bouleversante dès ses premières minutes : une femme rejette la demande en mariage de son conjoint. Un tour de force qui en remontre à tous les apprentis scénaristes du cinéma d’horreur. Les deux sont alors assaillis par une famille hostile en pleine nuit qui les piège dans leur maison de campagne. Autre parti pris de génie : la volonté de ne rien justifier, de ne pas connaître la motivation de ces « étrangers », entités démoniaques abstraites, symboles d’un amour mourant entre un homme et une femme. La beauté tient aussi dans le cadrage soigné et le découpage précis de Bertino, à l’opposé des effets chocs habituels. Graduelle, la peur s’installe progressivement au sein d’une compo soignée pour mieux te prendre aux tripes. Une leçon.

Gerald’s Game de Mike Flanagan (2017)

C’est la nouvelle sensation du cinéma d’horreur ! Mike Flanagan n’a pas eu l’impact d’un James Wan sur le box-office mondial mais s’est créé une place durable dans le cœur des cinéphiles branchés épouvante, depuis l’explosion de sa série d’Halloween The Haunting of Hill House sur Netflix. Alors que beaucoup de cinéastes confondent sursauts et virtuosité, Flanagan opte pour des atmosphères où l’angoisse monte par strates, dans des plans-séquences aux compositions terrifiantes. Une bouffée d’air frais qui le destinait logiquement aux adaptations de Stephen King au cinéma. Ce n’est pas pour rien que le bougre a été choisi pour réaliser la suite des aventures de Shining ( Docteur Sleep) prévues en octobre 2019. L’univers de King a vraiment fait passer un cap à Flanagan et il est temps de vous replonger dans son galop d’essai, Gerald’s Game. Adapté du roman Jessie, l’intrigue raconte l’escapade coquine d’un vieux couple sur le déclin qui s’isole dans une maison de campagne. Lors d’une partie de jambes l’air, l’homme prend du viagra et meurt d’une crise cardiaque sous les yeux de sa compagne. Problème : cette dernière a les deux mains menottées au lit et personne pour l’aider. Commence alors un calvaire croisant hallucinations mortifères, visions effrayantes et démons du passé. Tout ça dans une chambre où chaque élément de décor est autant un outil de survie que de peur. Un tour de force mené par la brillante Carla Gugino <3.

Phone Game de Joel Schumacher (2002)

C’est toujours bon de noter lorsqu’un mauvais réalisateur pond un bon film. Après, si on veut être honnête deux secondes sur Joel Schumacher, sa mauvaise réput tient surtout à sa fin de carrière qui sent bon le collant BDSM ( Batman & Robin) voire le thriller à la ramasse ( Le nombre 23). Mais à ses débuts, le bonhomme nous a livré quelques classiques tels que Chute Libre, Génération Perdue et L’Expérience interdite. Phone Game représente à ce titre le dernier sursaut de créativité d’un artiste fini. Basé sur un excellent script de Larry Cohen (génie disparu en mars dernier), le film narre l’histoire d’un petit publicitaire imbu de lui-même qui trompe sa femme. Alors qu’il appelle sa maîtresse depuis une cabine téléphonique, un sniper sociopathe le prend à partie. Ici démarre une prise d’otage se muant petit à petit en confessionnal bouleversant. Comme tout bon huis clos qui se respecte, la réussite de ce thriller revient avant tout à un casting quatre étoiles, avec un Colin Farrell dans une de ses meilleures perfs. Un film sous côté qui mérite plus d’amour.


Goto l’île d’amour de Walerian Borowczyk (1968)

Avant qu’il ne tourne des pornos intellos, Walerian Borowczyk est d’abord un plasticien accompli. Plus peintre que metteur en scène, ses films ont tous une forme unique à défaut d’avoir une narration classique travaillée. Si l’on ne devait retenir qu’un scénario de son répertoire, ce serait celui du superbe Goto l’île d’amour. Rien que sa forme « huis-clos » est atypique. Elle se déroule à ciel ouvert, sur une île perdue dans l’océan, à la fin du XIXème siècle, sous une dictature menée par le tyran, Goto. Un triangle amoureux va se créer au moment où Glossia, la femme de Goto, va tomber amoureuse d’un soldat et que Grozo, un serviteur du dictateur, va tomber amoureux de Glossia. Plus complexe que son épiderme, Borowczyk brasse un nombre hallucinant de thématiques sur la raison d’État, l’amour, le vice, le désir et la trahison avec une dextérité bluffante. À contre-courant de la Nouvelle Vague, le film emprunte autant au théâtre absurde de Samuel Beckett ou Eugène Ionesco qu’à la pureté abstraite du cinéma muet. Outre un Pierre Brasseur impérial, c’est à travers la musique que Borowczyk ajoute un degré de lecture supplémentaire à son conte fataliste. Pinacle du métrage : la séquence de la plage entre Goto et Glossia, portée par le spleen et la partition fantastique d’Haendel qui vous hante très longtemps après être sorti de la salle.


Canine de Yorgos Lanthimos (2009)

On va finir sur du sale avec nos deux dernières entrées dans la liste. Deux œuvres très importantes du XXIème siècle. La première est la naissance d’un cinéaste prometteur et son meilleur film jusqu’à The Lobster. Dans une maison isolée à la campagne, un père et une mère élèvent leurs enfants en tordant leur réalité pour mieux les couper du monde : ils mentent sur les avions dans les nuages en les appelant des « jouets », changent le sens des mots et leur interdisent de quitter la propriété. Seule une bonne a le droit de venir à leur maison pour faire le ménage et assouvir les besoins sexuels naissants de la fratrie. Un joyeux point de départ fucked-up prétexte à une enfilade de scénettes sur les pires travers de l’âme humaine à base d’humiliation, d’inceste, d’abus et autres tortures/mutilations inventives. Avec ce deuxième long-métrage, Lanthimos impose sa patte acide à la Terre entière et métaphorise en quelques symboles économes l’asservissement d’un pays sur son peuple avec une famille chtarbée : la crise économique grecque avait démarré un an plus tôt, mettant le gouvernement à genoux devant l’Europe. Un beau film de Noël, à regarder cet hiver avec les cousins-cousines, grand-mère et un bon chocolat chaud.

Dogville de Lars Von Trier (2003)

Le dernier et pas des moindre ! Inutile de présenter Lars Von Trier à ce stade. Le type reste encore aujourd’hui une institution, aussi vénérée que controversée. Une figure polarisante mais victime d’une filmographie en dent de scie comme tous les provocateurs de festival de son calibre (Gaspar Noé, Michel Franco) qui souffrent de la comparaison avec leur père spirituel : Pier Paolo Pasolini. Attendus au tournant, ces artistes rabâchent à longueur de pelloche la même rengaine misanthrope, comme des vieux rockeurs lancés dans un éternel Viagra Tour. Du coup, remontons en 2003, là où Von Trier torcha son meilleur opus, Dogville, premier volet d’une trilogie américaine qui ne verra jamais le jour. Nicole Kidman y interprète une femme fuyant la mafia dans un petit village reclus de l’Amérique rurale des années 30. Au début accueillante, la bourgade va petit à petit lui montrer son vrai visage. Souvent réduit à un « sale gosse nazi », le prodige danois n’arrange pas son cas avec ce récit à la conclusion explosive. Pour l’anecdote, Dogville inspira le sérial-killer Anders Breivik pour son massacre de 2011, faisant regretter à Lars Von Trier de l’avoir tourné. Reste un huis clos expérimental avec tout un village tracé à la craie en studio et une histoire de vengeance implacable. Soulignons que le film a reçu la palme dog pour son chien Moses ! Si ça c’est pas un prix suprême qui témoigne de sa qualité, je ne sais plus quoi dire.

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