en france, l’été du rap ne se fera pas sans oboy

Aujourd'hui sort « Omega », premier album du jeune Oboy, qui s'annonce d'ores et déjà comme l'événement rap de l'été.

par Brice Miclet
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12 Juillet 2019, 8:54am

« Ça s’est fait naturellement. » Cette phrase, Oboy la prononce à qui veut l’entendre. Ce qui pourrait passer pour du désintérêt aux questions des journalistes n'est que la stricte vérité : le rappeur originaire de Villeneuve-Saint-Georges fonctionne complètement à l’instinct, en vase clos avec son équipe. Avec Omega, son premier véritable album, il confirme que cette spontanéité lui sied à merveille, et que le perfectionnement de son univers musical est en marche.

Il y a un an, lors de la sortie de son précédent projet, Southside, Oboy donnait ses rendez-vous au studio où il travaille sa musique, à Rosny-sous-Bois. Cette année, c’est en plein Paris, au label 6&7, que se font les rencontres. Un changement de lieu qui témoigne d’une volonté de l’artiste, de son équipe et de la structure qui l’épaule de transformer l’essai. Pourtant, c’est bien à Rosny que tout se passe, aujourd’hui encore. Là-bas, il est entouré de son collectif de beatmakers attitré, Le Side, qui a entièrement composé Omega. Fidèle à ses gars, il explique : « J’ai essayé de bosser avec d’autres gens, mais les mecs du Side me connaissent par cœur, on travaille même les prods ensemble. Dans les instrus que m’envoyaient d’autres beatmakers par mail, il y avait tout et n’importe quoi. Ils envoient au hasard en espérant que ça passe. Mais la plupart d’entre eux ne parviennent pas à me cerner. »

Pour cerner Oboy, il faut tendre l’oreille, et penser à son évolution artistique récente. Sur Southside, il avançait dans l’ombre, menaçant, l’instru et le pas lourds. Les titres « Cobra » ou « Hot Sauce », fers de lance du projet, symbolisaient cette patte sonore. Des samples en reverse pour le côté angoissant, des mélodies de piano simples et graves pour alourdir l’environnement… Et puis, au milieu du sombre, beaucoup de romantisme, comme sur l’apaisé « Nuit ». Alors, sur Omega, on prend les mêmes et on recommence, mais pas seulement, et c’est bien là le grand intérêt de ce nouvel album.

Après s’être cherché, avoir longuement expérimenté, le rappeur de 21 ans s’est finalement trouvé. « Il fallait que j’essaie, que je tente des choses en studio pour arriver à maîtriser ma voix. » L’aspect mumble rap, catégorie dans laquelle on l’a bien souvent rangé, est ici moins pertinente. Certes, il lui arrive de faiblement articuler (c’est aussi sa façon naturelle de parler). Mais il sait aussi relever le menton et aller chercher la voix dans sa poitrine pour s'affranchir de l'étiquette qu'on lui a associée. Il y a « Roots », morceau volumineux, plus haut perché, chanté, qui reste tout de même fidèle à ses domaines de prédilection (« J’fais crier le bolide depuis l’Espagne / Monte sur Paname puis j’dispatche »), mais aussi le single de l’album, « Je m’en tape », avec Aya Nakamura et le néerlandais Dopebwoy.

Un trio improbable en apparence. : Oboy ne fait jamais de featuring, il ne fréquente que peu ses confrères et les têtes d’affiche du rap français. Mais il a l’avantage de partager son studio de Rosny-sous-Bois avec l’interprète de « Djadja ». Leur point commun, c’est Le Side, qui a produit les plus gros tubes de l’album d'Aya Nakamura (« Djadja », donc, « Pookie », « Pompom »). « L’instru de "Je m’en tape" était pour moi, mais Aya est passée au studio et l’a entendue. Elle a adoré, et finalement, c’est elle qui a posé dessus en premier lieu. » L’évolution du son d’Oboy va d'ailleurs dans des directions qu’Aya Nakamura n’aurait pas reniées (« R10 », « Rien à fêter »). Un peu comme si le travail du Side avec la chanteuse déteignait sur la musique du rappeur. « Je pense que ça déteint aussi sur elle. Inversement, je ressens mon délire dans les prods qu’ils lui ont faites. Parce que c’est leur délire à eux, quand ils évoluent, tout le monde évolue dans le studio, y compris Aya et moi. » Si on était un peu fleur bleue et naïf, on parlerait d’une grande famille qui compose main dans la main. Parlons plutôt d’une équipe, d’un noyau d’artistes qui s’influencent mutuellement.

Alors oui, la recette qui a permis à Southside d’avoir un écho tant auprès du public que de certains médias se retrouve dans Omega. Les titres « Wu-Tang » ou encore « Ma$$a » sont là pour rappeler qu'un changement radical de direction artistique aurait été illogique et préjudiciable. Il faut entendre Oboy, retrouver ce qui l’a fait. Cela ne va pas sans essayer d’envoyer des ovnis en orbite, comme le fascinant « Avec toi ». Un peu comme sur « Nuit » il y a un an, il y raconte l’envie d’escapade et d’échappée (avec une) belle, nocturne de préférence. Sauf que cette fois, l’instru rappelle un certain Kavinsky, synthé eighties et beat simpliste pour accompagner ce superbe drive musical. Il faut l'écouter à l’aube d’une journée d’été, en voiture, sur une route déserte. Et enchaîner avec tout l’album qui regorge de pépites, comme « Olympe », le second single, ou « Boy », dans lequel il règle visiblement des comptes : « J’étais dans les galères / Toi t’étais pas là / Fallait détaler / J’ai dû détaler ». À qui s’adresse ce titre ? « Il se reconnaîtra », répond Oboy. Laconique et efficace, comme toujours.

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