Photographie courtesy of Gucci

contre les lois anti-avortement, gucci prend position

Extravagante et audacieuse, la dernière collection croisière de la maison italienne était une ode à la complexité de Rome mais aussi une prise de position pour le droit à l’avortement.

par Osman Ahmed
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31 Mai 2019, 2:29pm

Photographie courtesy of Gucci

Gucci entre en politique. Il y a quelques jours, lors du défilé croisière de la grande maison italienne, Allessandro Michele a critiqué la loi anti-avortement récemment votée aux Etats-Unis en Alabama. On pouvait lire « Mon corps, Mon choix » ou « 22 mai 1978 » - date de la légalisation de l’avortement en Italie - au dos de vestes parsemées de sequins, ou voir un utérus brodé sur le buste d’une robe en mousseline. Un message sans équivoque : Gucci soutient le droit des femmes à faire leurs propres choix.

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« Aujourd’hui, pour quelqu’un qui occupe la position qui est la mienne, il est important d’avoir un discours politique, affirme Michele après le défilé, se référant au contexte politique. Ce que j’ai récemment lu dans les journaux m’a donné envie de réaffirmer que les femmes doivent être respectées. Elles devraient pouvoir choisir, et interrompre une grossesse ne va pas leur arracher l’utérus. »

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La défilé se tenait au Capitole, connu pour être l’un des plus anciens musées du monde, abritant une collection d’antiquités des plus signifiantes. Par cette même collection, Gucci mettait aussi en lumière la dualité de Rome, qui avouons-le, n’est pas connue pour être la ville la plus progressiste du monde.

La semaine dernière, le Pape François déclarait que l’avortement était toujours inacceptable, comparant la procédure médicale à celle d’un tueur à gage. Dans toute l’Italie, les conservateurs désignent l’avortement comme le responsable du très faible taux de natalité du pays. Certaines villes italiennes (comme beaucoup d’autres pays et Etats) se sont d'ailleurs symboliquement déclarées contre l'avortement.

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Michele a grandi dans la banlieue de Rome. Aujourd’hui, il travaille et vit dans la ville – le siège de Gucci est à Milan mais les ateliers se trouvent dans un magnifique bâtiment Renaissance au cœur de la capitale. Traverser la ville à pied permet de mieux comprendre d’où Michele tient son inspiration : des fleurs s’épanouissent dans les allées, des touristes en tenues de sport se précipitent dans les magasins de souvenirs, des graffitis décorent les ruines anciennes. Rome fait coexister le passé et le présent : 7 générations de Romains cohabitent avec des touristes passionnés de photographie, le glamour et la décadence de Fellini et de La Dolce Vita côtoient la gravité de l’église catholique, les Starbucks et autres McDonalds, hérauts de la mondialisation.

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Les monogrammes Mickey Mouse frôlent donc le rouge pontifical, les amulettes païennes, les cuirasses, les toges et l’inquiétante grandeur de prêtres enveloppés de capes noires et de cols montés. Le défilé a eu lieu dans les galeries du Palazzo Nuevo – un endroit décoré de marbres grecs et plongé dans la pénombre, chaque invité s’étant vu remettre une lampe torche pour pouvoir éclairer les silhouettes.

« Parfois, mon travail se rapproche de celui d’un archéologue. Je découvre des choses. J’utilise une lampe torche pour découvrir des choses tapies dans l’obscurité, explique Michele, assimilant le show aux bacchanales d’un club berlinois. Je suis venu dans ce musée avec mon père parce que je n’aimais ni le football, ni les parcs à thème. J’étais obsédé par l’archéologie et c’est toujours le cas aujourd’hui. »

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À l’entrée du défilé flotte un drapeau décoré des mots de l’archéologue français Paul Veyne : « Seules les antiquités païennes réveillent mon désir, parce qu’elles sont le monde d’avant, parce que c’est un monde aboli. » Chaque symbole catholique renvoie donc à un mysticisme plus ancien, à des rêveries romantiques élaborées à partir de l’héritage glamour romain. Le monde des Studios Cinecittà s’est aussi imposé comme une référence – un endroit dont la mère d’Alessandro Michele, Eralda, a forcément du être familière en tant qu’assistante de production. Une femme que le designer décrit d’ailleurs comme l’une des premières romaines à avoir porté un pantalon.

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« Il est difficile de définir Rome, même lorsqu’on y est né, affirme Alessandro à propos de sa ville d’origine. Rome est un ventre énorme dont sortent beaucoup de choses. Je disparaitrai mais Rome demeurera. Ces lieux centenaires resteront, tout près des saints et des prostituées. »

Cet article a initialement été publié par i-D UK.

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