Zack Bia, le club kid de Los Angeles

À 23 ans, Zack Bia règne en maître sur les nuits de Los Angeles où il est devenu une figure incontournable de la jeune scène créative et murmure à l’oreille de Drake ou Kylie Jenner. Entre clubbing, mode et musique, son ascension ne fait que commencer.

par i-D France staff
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27 Juillet 2020, 1:01pm

Si Zack naît à New York, c’est à Los Angeles que le jeune étudiant d’origine française débute sa carrière en club à dix-huit ans pour arrondir ses fins de mois à l’université. Très vite, il se fait remarquer par son sérieux et sa capacité à rassembler les bonnes personnes. Avec Zack, la fête prend. Étudiants, skaters, acteurs, célébrités, on se passe le mot et on se se presse à ces nouvelles soirées qui change de l’ordinaire. Sa rencontre avec celui qui deviendra son mentor, John Terzian (Hwood Media), lui ouvre ensuite définitivement les portes de la Cité des Anges. Forts de leurs succès, les deux complices finissent par ouvrir le Delilah, un restaurant conceptuel où la soirée se poursuit après le dîner. En quelques mois, l’établissement attire toujours plus d’initiés et participe à changer la culture de la fête à Los Angeles.

Digital native, entre culture N.E.R.D et influence streetwear, Zack navigue aisément d’un univers à l’autre, d’une célébrité à une autre, tout en cultivant un goût pour la nouveauté et l’underground. En parvenant à rassembler cools kids, mannequins, musiciens et designers lors de lives instagram festifs durant le confinement, Zack Bia a su montrer une fois de plus l’étendue de son influence et sa vision de la fête.

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zhamakthecat at Zack’s LA home and Delilah

Rencontre entre Zack Bia et Claire Thomson-Jonville, directrice de la rédaction i-D France.

CTJ : Salut Zack, comment vas tu? Tu as fais un super playlist pour i-D que j’ai écouté en boucle durant le confinement. C’est la première fois que l’on se parle pour i-D France. Peux-tu nous en dire plus sur ton background , ta carrière, et comment tu en es arrivé là où tu en es aujourd’hui ? Je ne savais même pas que tu étais français !

Mes parents viennent de Paris , je suis né à New York, et quand j'avais douze ou treize ans on a déménagé à Los Angeles avec ma mère et mon frère. Ma mère était agent de mannequins et elle travaillait dans la mode, on n’avait pas beaucoup d'argent mais j'ai grandi avec des trucs super cools. Ma mère me faisait écouter de la musique, elle m'emmenait au musée, elle m'a appris beaucoup de choses. Quand on a déménagé à L.A. c'était un peu plus difficile, il fallait que je fasse les choses moi-même. J'ai été très chanceux car on m'a envoyé dans une bonne école publique et quand j'avais 18 ans, par hasard, j'ai eu l’opportunité de travailler dans une boite de nuit. C’était un moyen pour que je puisse commencer à me payer des choses. J’allais à l'école la journée et je travaillais le soir. J'avais une sorte de double vie. Je faisais une nuit ou deux par semaine, j'amenais des gens de l'université et mes amis mais je n’ai jamais eu le désir d'être sur le devant la scène. Ce n'était pas mon idée de fréquenter des célébrités donc je faisais les choses différemment. Les gens ont commencé à voir que j’étais trustworthy et que je connectais les bonnes personnes ensemble. Tout ça à dix-huit ans. J'ai fait ça pendant quelques mois, on a eu beaucoup de succès avec nos fêtes et avec l’entreprise pour laquelle je travaillais, on a ouvert un nouvel endroit. Après, je n'étais plus tellement en boîte tous les soirs mais je faisais un peu plus l'opérationnel, j'organisais les fêtes, j'embauchais des gens, des DJs… Et comme je venais d'une famille qui connaissait l'art, la musique et la mode, tout ça m'intéressait. Je ne faisais pas des fêtes traditionnelles, j'amenais les gamins qui faisaient du skateboard, tout le monde venaient : les acteurs, les skaters, les joueurs de basket, les gamins d'université. Tout le monde était ensemble. On sentait quelque chose de spécial : un chanteur lançait un album, ce n’était pas forcément une grande star mais on organisait une fête pour lui. Toutes les semaines on trouvait toujours des petites choses. Finalement, on a trouvé un moyen de créer une plateforme avec la boîte de nuit.

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zhamakthecat at Zack’s LA home and Delilah

CTJ : Penses-tu que le succès de ce que tu fais est aussi propre à ta génération ? D’ailleurs, as-tu même l'impression d’en faire partie d'une ?

C'est marrant parce que je ne suis pas vieux mais je commence à voir qu'il y a déjà une autre génération et pour la première fois, je réalise que, peut-être, je ne comprends pas tout. Il y a une communauté de gens à L.A., N.Y.C. ou ailleurs et on a trouvé un moyen d’être tous connectés et de pouvoir faire des choses créatives tout en faisant du business.

CTJ : Parle-nous de tes Lives Instagram pendant le confinement, c'était vraiment une obsession. Mannequins, musiciens, designers, cool kids... Des personnalités de tous les horizons s’y retrouvaient pour continuer à s’amuser en se connectant joyeusement malgré le confinement. Ce que je trouve très intéressant aussi, c’est que tu as décidé de ne pas les rendre disponible, il n’y a aucun moyen de revoir ces Lives.

C’est la seule façon d’être stimulé avec le digital, il fallait être connecté pour connaître l’expérience. On ne l’a pas fait pour une raison en particulier. C’était simplement une version digitale de ce qu’on faisait tous les weekends. Avec les mêmes personnes. La seule différence, c’est que tout le monde pouvait nous voir en live. La seule raison pour laquelle on l’a fait - je veux dire tous les fonds d’écran, les photos de restaurants etc. - c’est parce qu’on pensait à nos amis et à comment leur apporter une demi-heure de bonheur. On s’asseyait ensemble avec Max et Pedro chaque semaine et on faisait les plans : quels sont les visuels, quelle est la meilleure photo du garage d’Arthur, puis on demandait à tout le monde de nous envoyer un portrait. Quand c’est devenu un vrai truc, on a arrêté.

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zhamakthecat at Zack’s LA home and Delilah

CTJ : Penses-tu garder ce concept ou es-tu prêt à le partager avec des marques de mode pour produire des expériences digitales ? En ce moment, les conversations dans la mode tournent beaucoup autour du paysage digital actuel, ce qui marche et ce qui ne marche pas.

Le paysage de la mode est véritablement en train de changer et on a parlé avec Pedro de la possibilité de produire des expériences digitales mais pour citer le film The Social Network : « On ne sait même pas encore ce que c’est, on sait juste que c’est trop cool ». Pour nous, c’est simplement quelque chose de fun qu’on fait en dehors de nos métiers, quelque chose qu’on ferait de toute façon. Si on le fait dans une optique particulière, cela devient autre chose. La minute même où on a eu l’impression que les Lives Instagram étaient forcés, on a arrêté. Et c’est ok. Peut-être que plus de gens se seraient joint à nous, peut-être que ça aurait continué à grandir, mais whatever . On préfère passer à la prochaine étape, continuer de se réinventer.

CTJ : Pour revenir sur ta carrière, pour toi, le big break c'est quand tu as commencé à mixer ?

Je faisais du club promoting au sens traditionnel pendant quelques mois quand j’avais dix-huit ans. Puis j’ai rencontré John Terzian (Hwood Media) le propriétaire du club qui était en train d’étendre son business. J’ai vu en lui un mentor. Je suis devenu son bras droit vers l'âge de dix-neuf ans. On est devenu plus fort ensemble, je lui montrai les nouveaux trucs que je trouvais cools, il me présentait ses relations plus anciennes et puis on a ouvert le restaurant Delilah et là tout a changé. Delilah est à LA ce que le Chiltern est à Londres. Ce n’est pas une boite, il n’y a pas de trombinoscopes, pas de promoteurs, c’était juste John et moi qui gérions les réservations avec notre équipe. Et on a créé un restaurant où les gens voulaient rester après leurs repas.

Les six premiers mois, les gens venaient dîner et avant de partir ils nous demandaient « On fait quoi après ? On va dans quel club ? » et on leur répondait « Restez ici ». Il fallait seulement reprogrammer leurs habitudes. On organisait des soirées Jazz le dimanche et cette nuit est devenue la plus folle de toutes. Une légende pouvait s’emparer du micro pendant que les musiciens de Jazz jouaient et tout le monde dansait, puis le DJ passait de la musique des années 1980. On a reprogrammé les attentes de la nuit. On a changé la culture de la fête à Los Angeles. On a transformé tous nos amis en promoteurs. « Tu lances quelque chose ? Cool, on va te faire un petit flyer ». Notre business est devenu de rassembler les gens. J’ai tellement de chance car mon DJ favori, Pedro, est aussi l’un de mes meilleurs amis. C’est un mastermind en backstage. Genre, Virgil doit faire une soirée à Coachella et Pedro a dû y aller la veille pour regarder la setlist .

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zhamakthecat at Zack’s LA home and Delilah

CTJ : Expliquerais-tu davantage ton succès grâce aux réseaux sociaux et au digital en général ou bien grâce à tes relations ?

C’est fun le digital mais je n’ai jamais essayé de construire ma présence sur les réseaux sociaux. Peut-être que si j’avais essayé je serais plus influent aujourd’hui, mais mes relations ne seraient peut-être pas aussi fortes. Je n’essaie pas de capitaliser mes relations. Ce sont juste les choses qui fonctionnent dans la vie, tout est une question d’intérêts partagés. Les réseaux sociaux sont vraiment à double tranchant. Oui je poste des tenues cools ou des photos cools, mais parfois ça se retourne contre moi. Les gens pensent que je suis juste un gosse de riche etc.

CTJ : Comment nourris-tu ta créativité musicale ?

C’est une routine naturelle, un simple sujet de conversation entre amis, s’envoyer de la musique, c’est aussi très géographique. Si il y a ce nouveau mec qui est en train de monter à New York et qu’on trouve qu’il déchire, c’est cool de faire partie de ceux qui le mettent en valeur et c’est aussi historique. Comme quand on revient à notre culture N.E.R.D. et à nos influences streetwear . C’est l’idée d’avoir une carte du monde musicale, quelque chose que ma mère m’a donné, mais c’est aussi l’idée de casser la musique. On passe des trucs que les gens connaissent, on joue des classiques, on glisse de nouvelles chansons et d’abord les gens sont genre « Oh cool, qu’est ce que c’est ? » et puis deux semaines plus tard, ils connaissent les paroles par coeur. Faire partie d’un processus, c’est ça le plus excitant.

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